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AG de la Fédération nationale bovine (FNB) Les éleveurs restent sur leur faim

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Ils espéraient un grand plan « bâtiment d'élevage », ils ont obtenu une promesse de simplification administrative ; ils attendaient une date pour l'application de la réforme de la PAC, ils devront patienter encore quelques jours ; ils souhaitaient un « rappel à l'ordre » musclé sur la taxe d'équarrissage, ils devront se résoudre à attendre la sortie d'un décret qui s'est déjà trop fait désiré. Hervé Gaymard a laissé les éleveurs de bovins sur leur faim à l'issue de l'assemblée générale de la FNB organisée les 4 et 5 février à Metz. Les quelques annonces techniques n'ont pas suffi.

Les éleveurs se sont bien tenus, mais le coeur n'y était pas. Quelques huées ont meme cloturé l'intervention du ministre de l'Agriculture. Motif de la déception : le refus de l'Etat de s'engager dans un grand plan de modernisation des bâtiments d'élevage, un dossier jugé essentiel par les professionnels, une «  clé de voute pour l'installation des jeunes » selon l'expression de Christian Decerle, secrétaire général-adjoint de la FNSEA. Les interventions des sections régionales, au premier jour de l'AG, étaient venus le souligner et Pierre Chevalier, le président de la FNB, en avait fait une de ses priorités dans son discours général : « Il faut mobiliser des crédits nationaux, des crédits des départements et des régions, des agences de l'eau, et accéder aux crédits comunautaires du deuxième pilier (de la Pac, ndlr) ». La réponse du ministre fut plus modeste : dans un souci de simplification administrative un guichet unique sera créé à partir du 1 er janvier 2005 au sein des DDAF (directions départementales de l'agriculture et de la foret) pour accéder aux aides de modernisation des batiments d'élevage. Par ailleurs, les aides gérées par le ministère en ce domaine seront rapprochées afin de pouvoir solliciter un cofinancement communautaire plus important. Une annonce saluée par les applaudissements des éleveurs.

L’équarrissage toujours sous tension

Des applaudissements de courte durée. Car la très forte attente des éleveurs sur un autre dossier, celui de l'équarrissage, fut loin d'être comblée. Réaffirmant sa volonté de voir appliquer la répercussion de la taxe vers l'aval par le biais d'un pied de facture, Hervé Gaymard a assuré les éleveurs que le décret qui fait actuellement défaut était en consultation juridique au Conseil d'Etat ainsi qu'à Bruxelles, et allait «  bientôt sortir ». Aucun calendrier n’a cependant été avancé. Or, les débats de la matinée ont montré qu'il y avait urgence en la matière. Malgré les menaces de manifestations lancées il y a une dizaine de jours par les éleveurs, une partie importante de la filière (certains industriels privés ou coopératives d'abattage, les artisans bouchers, la restauration hors-domicile, certains centres Leclerc aux dires des éleveurs) est toujours récalcitrante à appliquer le dispositif. Jean-Michel Fritsch, le président des coopératives bétail et viandes (FNCBV) déclare lui-même à la tribune que «  si ce n'est pas à l'aval (que la répercussion parvient à se faire), c'est à l'amont qu'elle se fera ». Cette cacophonie, Laurent Spanghero, le président de la Fédération des industriels et commerçants en gros de viandes (FNICGV) ne la supporte plus : « L'interprofession bovine doit etre le pilier de nos organisations et parler d'une seule voix ! », martèle-t-il. Toute la filière doit «  se reprendre et chacun y mettre de la bonne volonté », avertit à son tour Denis Sibille, le président d'Interbev, jugeant incroyable qu'à ce jour les 12 membres d'Interbev n'aient toujours pas mandaté l'interprofession pour se saisir de ce dossier ! Les représentants des éleveurs auraient apprécié un discours ferme du ministre pour rappeler à l'ordre la filière.

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Les tests ESB passent à 30 mois

Si rien n'est encore réglé sur le dossier de l'équarrissage, celui de l'application des accords de Luxembourg reste lui aussi chargé de nombreuses incertitudes. La surprise ne viendra pas de la formule de découplage choisie par la France : le ministre a confirmé qu'il s'agirait d'un recouplage total des aides pour la prime à la vache allaitante (PMTVA) et pour l’abattage des veaux, associée à un recouplage à 40% de la prime à l'abattage (PAB). Le choix de la date d'application (2005, 2006 ou 2007) reste par contre toujours inconnu. Elle sera arretée dans les jours à venir a assuré le ministre, «  bien avant le salon de l'agriculture », dont l'ouverture est prévue le 28 février. Peu de réponses également concernant le futur dispositif de droits à paiement et de la réserve. «  Avant la fin du premier semestre j'en dirai davantage », a expliqué Hervé Gaymard en précisant que ses objectifs étaient les suivants : « Préserver notre potentiel de production, éviter la déprise des territoires, favoriser l'installation, et conjurer à tout prix les risques d'un système trop spéculatif ».

Parmi les autres sujets abordés, on notera que le dispositif de dépistage de l'ESB sera assoupli à compter du 1 erjuillet prochain, faisant passer de 24 à 30 mois l'age à partir duquel les bovins sont testés en abattoirs. Sur le dossier sécheresse, Hervé Gaymard a annoncé qu'il prolongeait jusqu'au 31 mars 2004 le dispositif d'aide au transport de fourrage mis en place par le gouvernement. Enfin, à partir de cette année, les éleveurs adhérant à la charte des bonnes pratiques d'élevage bénéficieront d'un bonus de 33% sur leur complément « femelle » de la prime à l'abattage par rapport à leurs collègues.