La Confédération paysanne tiendra son congrès du 25 à 27 avril prochain en Haute-Vienne, pour renouveler son comité national et adopter son rapport d’orientation. Alors que Nicolas Girod quittera le poste de porte-parole, les débats devraient affiner la stratégie du syndicat entre négociations institutionnelles et actions militantes sur le terrain.
En Bretagne, dans la Drôme, ou dans les Deux-Sèvres, le message est le même. Alors que la Confédération paysanne se réunira trois jours en Haute-Vienne du 25 au 27 avril pour renouveler ses délégués régionaux et son secrétariat national, les débats « ne seront pas un enjeu de personne, mais de méthode », expliquent les élus locaux interrogés. « Il est déjà suffisamment difficile de trouver des gens motivés pour occuper des postes, sans avoir besoin de chercher des poux à ceux qui en ont l’énergie », résume Vincent Paltéra, élu du comité départemental de la Conf' dans la Drôme.
Une chose est certaine : de nouvelles têtes devraient apparaître, puisque quatre des neuf secrétaires nationaux arrivent au bout des trois mandats que les règles internes du syndicat leur accordent. Nicolas Girod, actuel porte-parole, fait partie de ceux qui devraient en théorie quitter le secrétariat national à l’issue du vote des délégués nationaux qui se tiendra un mois après le congrès. L’éleveur jurassien espère cependant « rester au service du syndicat au niveau national », comme il le confie à Agra Presse. Il pourrait par exemple briguer un quatrième mandat en tant que suppléant, afin d’assurer un « tuilage » avec la nouvelle équipe. Pas question cependant de s’ériger en homme providentiel : « Sur la Pac, sur l’eau, sur la grippe aviaire, je ne peux pas me satisfaire de ce que nous avons obtenu. »
Comme la plupart des personnes interrogées, Nicolas Girod se refuse également à faire des pronostics quant au nom de la personne qui le remplacera. « L’élection d’une femme serait un signal important », glisse-t-il. Les noms des secrétaires nationales Laurence Marandola et Véronique Marchesseau font partie des plus fréquemment cités. La première se serait illustrée dans les négociations de la Pac par sa capacité à fédérer l’ensemble des filières, la seconde se serait imposée comme l’experte du syndicat sur les dossiers sociaux. Si l’une d’entre elles venait à être élue, elle deviendrait la seconde femme porte-parole du syndicat, après le mandat de Brigitte Allain entre 2003 et 2005.
Incarner l’opposition sans verser dans la réaction
Ce renouveau interviendra à quelques semaines d’écart de l’arrivée du nouveau président de la FNSEA, Arnaud Rousseau. Comment la Conf’ peut-elle répondre par ces élections au retour d’un céréalier à la tête du syndicat majoritaire ? Nicolas Girod écarte toute « volonté de calcul par rapport à ce qui se passe en face (...) Je ne le connais pas personnellement, mais Arnaud Rousseau renvoie en tout cas une image plus nette de la FNSEA par ses liens très clairs avec l’agroalimentaire et l’agriculture de firme. L’objectif pour nous restera de coller aux positions de notre réseau, et de fédérer. »
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Quid des attaques de Christiane Lambert contre la Confédération paysanne lors du congrès de la FNSEA ? Elles « sont un aveu que nos interpellations sont pertinentes, et que nous avons réussi à donner de l’importance aux sujets du climat et de l’eau », balaye Nicolas Girod. Dans son discours de clôture, l’ex-présidente de la FNSEA avait invité le ministre de l’Agriculture à ne pas considérer les antennes de la Conf' « comme des syndicats représentatifs ». Des accusations « grossières venant d’un syndicat qui a usé longtemps de méthodes de manifestations violentes, entre incendies et dégradations de bâtiments publics, grâce auxquelles il a obtenu sa cogestion », réplique l’actuel porte-parole.
Négocier ou agir
Sur le fond, ce congrès de la Conf’ devrait permettre aux adhérents de débattre de l’équilibre entre les négociations institutionnelles et les actions militantes sur le terrain. Comme le détaille le porte-parole régional breton Jean-Marc Thomas : « Sur la Pac ou la bio, la voie réformiste a été inefficace, alors que nous sommes assez cruellement méprisés par le syndicat majoritaire jusque dans les chambres. Parallèlement, nous voyons dans les manifestations des adhérents plus jeunes qui ne sont pas violents, mais qui ont envie de plus de mobilisation face aux urgences environnementales. » « Le congrès de 2021 en Isère avait déjà confirmé l’approche exigeant plus de fermeté dans les mobilisations », observe de son côté le délégué des Deux-Sèvres Benoit Jaunet, qui a battu le rappel des troupes Saint-Soline.
En tant que syndicat, la Conf' ne pourra cependant jamais abandonner complètement le champ institutionnel, martèlent toutes les personnes interrogées. « Ce n’est qu’en conservant nos sièges dans les instances que nous pouvons rester informés et peser sur des décisions », reconnaît Vincent Paltera, citant les comités des espaces naturels et agricoles qui accordent les autorisations aux projets de construction. L’autre enjeu du congrès, analyse-t-il, sera d’ailleurs « de renforcer l’échelon régional du syndicat, qui est très important, mais très dur à faire vivre ». Une réflexion qui permettrait notamment de faciliter « les luttes contre des projets locaux, qui prennent beaucoup de temps et d’énergie ».
Si elles représentent un investissement, ces luttes locales ont l’avantage de rendre le syndicat visible, souligne Benoît Jaunet. « De nombreux confédérés sont venus de toute la France pour nous soutenir à Sainte-Soline, et nous observons déjà une augmentation des adhésions. Des jeunes, et même des irrigants, ou des gens qui n’ont pas cette culture collective, nous rejoignent parce qu’ils voient notre mobilisation sur l’eau ou la grippe aviaire. » Et les adhésions comme les soutiens vont à nouveau devenir un enjeu de taille pour le syndicat, rappelle Laurence Marandola. « Il s’agit de notre dernier congrès avant les élections aux chambres. Nous avons tenu notre ligne à la fois exigeante et non-violente, et les gens constatent cette dynamique. »