Près de 230 entreprises auraient fermé temporairement leurs portes en Russie en réponse à la guerre en Ukraine. Parmi celles-ci, plusieurs géants de la restauration rapide, mais également le brasseur Heineken. Distributeurs et industriels laitiers, récemment implantés, ménagent diplomatiquement les deux parties.
Pour manifester leur opposition à l’assaut lancé en Ukraine, près de 280 grandes entreprises auraient à ce jour annoncé leur retrait provisoire de Russie, selon des chiffres tenus à jour par l’université de Yale. La fermeture temporaire de McDonalds, en particulier, a fait beaucoup de bruit. Installé depuis 1990 sur la place Pouchkine, le géant de la restauration rapide a décidé le 8 mars de tirer le rideau de ses 850 restaurants russes, tout en suspendant l’ensemble de ses opérations dans le pays. « Respecter nos valeurs signifie que nous ne pouvons pas ignorer les souffrances humaines inutiles qui se déroulent en Ukraine », a affirmé le directeur général de l’entreprise Chris Kempczinski. Citée par France Inter, une jeune femme nommée Tatiana s’agace de ce choix qui pénalise la classe moyenne urbaine russe, parmi laquelle se trouvent de nombreux opposants à la guerre. « Je ne comprends pas pourquoi moi, je suis punie. C’est comme si moi et le pays c’était la même chose. »
Comme Ronald, l’enseigne Starbucks a elle aussi annoncé fermer ses 130 cafés en Russie. Suivie par le géant Coca-cola, qui a lui aussi indiqué le 8 mars arrêter ses opérations en Russie, promettant « de surveiller et d’évaluer la situation à mesure que les circonstances évoluent ». Présent depuis soixante ans en Russie, Pepsico devrait également arrêter de vendre et produire ses boissons gazeuses en Russie. Mais le groupe estime en revanche avoir la « responsabilité de continuer à offrir » ses produits laitiers et le lait en poudre pour bébés.
Autant de fermetures de rideau totales ou partielles suivies, le 9 mars, par celle du brasseur Heineken, deuxième mondial derrière Ab Inbev, qui a indiqué à son tour, par la voix de son p.-d.g. Dolf van den Brink, « arrêter la production, la promotion et la vente de sa marque en Russie ». Avec environ 1 800 employés, l’entreprise prétend être le troisième plus grand brasseur du pays, où elle fabrique les bières Zhigulevskoe et Oxota pour le marché local. « Heineken n’acceptera plus aucun avantage financier net découlant de nos opérations russes », a souligné la société citée par l’AFP. Ajoutant qu’elle évaluait « les options stratégiques » pour l’avenir de ses opérations en Russie.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Prudence dans le lait et chez les distributeurs
Chez la plupart des entreprises qui gèlent leurs activités chez Vladimir Poutine, la politique est pour l’heure assez proche. « Surveiller et évaluer la situation à mesure que les circonstances évoluent », tout en continuant à payer au moins en partie les salariés. Mais d’autres entreprises de l’agroalimentaire et de la distribution refusent pour l’heure de faire des choix aussi drastiques. Le groupe Danone, dans un communiqué du 7 mars, a ainsi déclaré maintenir « pour l’instant » son activité de production et de distribution de produits laitiers frais et de nutrition infantile en Russie « afin de répondre aux besoins alimentaires essentiels des populations civiles ». Tout projet d’investissement sera cependant suspendu dans le pays.
Les deux autres industriels du lait français présents en Russie, Savencia et Lactalis, poursuivront eux aussi leurs activités de transformation et de distribution dans le pays. Savencia assure cependant observer l’évolution de la situation « en temps réel ». Le groupe, assure-t-on, respectera « les dispositions prises par les autorités françaises ». L’industriel français est notamment implanté dans le pays via sa filiale Belebey, acquise en 2017, et emploie 1 500 collaborateurs ukrainiens et russes. « Nous respectons les dispositions gouvernementales concernant la situation dans le pays », promet également Lactalis qui possède quatre usines en Russie et y réalise 1 % de son chiffre d’affaires (270 M€).
Le groupe Auchan refuse en revanche aujourd’hui de s’exprimer sur une éventuelle fermeture de ses 231 magasins russes. « Nous chercherons à être utiles à la population qui a besoin de se nourrir », indique à Agra Presse Antoine Pernod, directeur de la communication de Auchan Retail. Une position plus diplomatique que celles des autres entreprises qui prennent le risque de braquer Vladimir Poutine. Car, comme le prédit Iekatarina, autre Moscovite interrogée par France Inter : « Les sociétés qui partent seront remplacées par d’autres… beaucoup d’entreprises coréennes ou chinoises, qui n’avaient pas accès à notre marché jusque-là. »