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Sucre Les États-Unis achètent pour contrer la fonte du prix

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Le prix du sucre a fondu cette année aux États-Unis et pour tenter de contrer cette chute, les autorités ont dépensé près de 90 millions de dollars. Malgré cela, les producteurs restent en difficulté. Des voix s’élèvent pour contester la politique de soutien.

Traditionnellement plus cher que le prix moyen du marché mondial, le sucre américain a dégringolé de près d’un tiers entre les étés 2012 et 2013. En cause : une production proche de niveaux records aux États-Unis, de plus de 9 Mt, et des importations massives en provenance du Mexique. Le prix s’inscrit aussi dans le sillage de la chute des cours au niveau mondial, au plus bas en trois ans en raison d’une récolte record du premier producteur et exportateur de la planète, le Brésil.
Mais aux États-Unis, les producteurs de betteraves et de cannes à sucre sont soutenus par l’État: le ministère de l’Agriculture (USDA) est tenu par la loi d’agir pour garantir un prix minimum. Début juillet, le cours du sucre américain est descendu à 18,70 cents par livre, son plus bas niveau depuis que ce contrat a commencé à être échangé à la Bourse ICE de New York en 2008. Or, les autorités considèrent qu’il faut au moins 20,9 cents par livre pour que les sucriers puissent rembourser les crédits de fonctionnement accordés par l’USDA en début d’année. Pour éviter que trop de producteurs ne fassent défaut, le ministère a donc dans un premier temps abaissé au minimum les quotas d’importation et relevé ceux d’exportation. Puis en juillet, l’USDA a déboursé environ 50 M de dollars pour acquérir 107 000 t de sucre et les échanger contre l’engagement des raffineurs à réduire leurs importations, selon les chiffres publics du ministère. Les autorités ont aussi payé fin août 3,6 M de dollars pour 7 000 t de sucre, revendues dans la foulée à un producteur d’éthanol pour... 900 000 dollars. Les États-Unis n’avaient plus acheté directement sur le marché depuis 2000, année de récolte record aux États-Unis.
Et, début septembre, les États-Unis se sont retrouvés avec 85 000 t de sucre sur les bras, versés en échange de quelque 35 M de dollars de crédit de fonctionnement que plusieurs producteurs n’ont pu rembourser. Ces actions ont permis au prix du sucre de reprendre un peu de vigueur depuis mi-juillet.
 
Subventions d’« un autre temps »
L’industrie du sucre craint que si le gouvernement ne monte pas plus au créneau, nombre de producteurs ne doivent mettre la clé sous la porte. Mais le soutien du gouvernement n’est pas du goût de tous. Selon la Coalition pour une réforme du sucre, un organisme qui regroupe entre autres les producteurs de confiseries, sodas et autres produits sucrés, les « subventions » du gouvernement relèvent « d’un autre temps » et de la « manipulation de marché ». L’organisation milite pour une abolition de la loi qui oblige l’USDA à garantir un prix minimum. Mais « au moment où on réduit les programmes de soutien au maïs ou au soja, l’industrie du sucre reste politiquement très importante aux Etats-Unis », remarque Jack Scoville, spécialiste des produits agricoles à Price Futures Group. Les parlementaires représentant les principales zones de production « sont généralement en place depuis longtemps, ce qui leur permet d’obtenir plus facilement le maintien des aides », explique-t-il.

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