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Les États-Unis tentent de mettre la pression sur Bruxelles

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De passage à Bruxelles le 27 janvier, le secrétaire à l’Agriculture américain Sonny Perdue a appelé l’UE à d’importantes concessions en abaissant ses normes sanitaires et phytosanitaires afin d’importer du poulet chloré, du bœuf aux hormones et de s’ouvrir aux techniques de sélection végétale, dans la perspective de la signature d’un futur accord commercial entre l’UE et les États-Unis. À défaut, celle-ci serait fortement compromise. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, devrait se rendre « bientôt » à Washington pour poursuivre les pourparlers.

À peine une semaine après les déclarations de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du président américain, Donald Trump, en faveur de la signature prochaine d’un accord commercial bilatéral (1), les États-Unis veulent remettre au cœur des négociations commerciales transatlantiques la question agricole, qui a toujours été exclue des pourparlers par l’UE. Arrivé à Bruxelles le 27 janvier pour un voyage de cinq jours en Europe, le secrétaire à l’Agriculture américain Sonny Perdue a déclaré devant la presse, après une réunion avec les commissaires européens Janusz Wojciechowski (Agriculture), Stella Kyriakides (Santé) et Phil Hogan (Commerce), que « Washington et Bruxelles étaient tous les deux désireux de rétablir leurs relations commerciales mais avant d’aller plus loin dans les pourparlers, l’UE devrait modifier ses normes sanitaires et phytosanitaires afin de corriger un déséquilibre de 10 à 12 Mrds $ dans les échanges de produits agricoles avec les États-Unis », et ajoutant qu’« en matière d’alimentation, les responsables politiques européens doivent prendre des décisions fondées sur des données scientifiques ». Phil Hogan a admis que « l’UE pourrait faire des compromis sur des questions moins controversées en matière d’alimentation et d’agriculture, comme les restrictions à l’exportation des pommes et des poires tout en favorisant les importations de fruits de mer ». Mais pour le responsable américain, « ce n’est qu’une concession mineure et insuffisante pour arriver à la conclusion d’un quelconque accord à moins que l’Europe accepte de faire des concessions plus ambitieuses en ouvrant son marché à l’importation de volailles traitées au dioxyde de chlore et de bœuf aux hormones ».

Les biotechnologies au cœur du débat

Interrogé également sur les différences en matière d’innovation dans la sélection végétale, Sonny Perdue demande à l’UE de communiquer au public les avantages liés notamment au séquençage de l’ADN qui permet « d’obtenir un meilleur produit, plus efficace, plus sain et plus sûr », tout en invitant le Parlement européen à prendre conscience de l’utilité de ces nouvelles techniques. Et d’inviter aussi la Commission européenne à faire bénéficier les agriculteurs de l’UE des techniques de sélection des plantes par mutagenèse. Les États-Unis, encore une fois, tentent de faire pression sur les normes européennes en appelant indirectement l’UE à amender sa législation sur les OGM, pour que ces techniques innovantes puissent atterrir sur le marché européen.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devrait se rendre « bientôt », a confirmé la Commission le 27 janvier, à Washington pour poursuivre des pourparlers qui pourraient « mener à un agenda global, large et bénéfique » pour les deux blocs.

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(1) Voir n°3726 du 27/01/2020

États-Unis/Inde : un accord commercial en perspective

Après la Chine, et bientôt peut-être l’UE et le Royaume-Uni, c’est au tour de l’Inde d’être la cible des États-Unis en vue de signer un accord commercial qui permettrait aux Américains d’exporter davantage sur le marché indien de produits laitiers, de porc, de cerises et d’autres produits agricoles. Cet accord partiel pourrait également se concentrer sur les dispositifs médicaux et la protection de la propriété intellectuelle. Alors que l’administration Trump avait révoqué en 2019 le statut de l’Inde dans le système de préférences généralisées qui lui permettait de bénéficier d’une réduction de droits de douane sur les produits des pays en développement, l’Inde cherche aujourd’hui à rétablir ces avantages commerciaux dans le cadre d’un accord limité avec Washington. Le représentant américain au commerce Robert Lighthizer devrait se rendre à New Delhi pour rencontrer le ministre indien du Commerce Piyush Goyal le 10 février. Ensuite, Donald Trump devrait se rendre en Inde la semaine du 23 février.