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Commerce international Les eurodéputés agricoles s’inquiètent des négociations avec les pays tiers

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Les concessions agricoles offertes par l’UE dans les négociations commerciales avec les pays tiers sont jugées très préoccupantes par les membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen, qui préparent un rapport sur la question. En réponse, la Commission de Bruxelles explique que, dans ce domaine, les intérêts offensifs de l’Union se trouvent essentiellement dans la vente de produits à haute valeur ajoutée.

Lors d’un premier échange de vues en commission parlementaire, mi-juillet, sur son rapport consacré à l’agriculture de l’UE dans le commerce international, le député grec démocrate-chrétien (PPE) Georgios Papastamkos a rappelé que l’UE était, de loin, le premier exportateur vers les pays en développement dans ce secteur, ainsi que la première destination des produits de ces pays (83 milliards de dollars, soit 70 % des importations agricoles de l’Union). Dans ce contexte, il a jugé inquiétante la position de la Commission de Bruxelles, qui accumule les offres de concessions faites aux pays tiers dans le domaine agricole pour en obtenir sur les produits industriels et les services.
Le cas du sucre, secteur dans lequel l’Europe est passée de la position d’exportateur net à celle d’importateur net, est particulièrement préoccupant, a souligné M. Papastamkos : les quotas d’importation tarifaires proposés par l’UE excèdent les capacités de production des partenaires commerciaux, ce qui risque de créer un commerce triangulaire.

Karel De Gucht « m’a fait froid dans le dos »

Les commentaires des différents membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen ont porté en particulier sur la reprise de la négociation d’un accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, que les députés avaient vivement critiquée lors d’un débat en session plénière avec Karel De Gucht, le commissaire européen au commerce, le 8 juillet à Strasbourg (1).
La réponse du commissaire « m’a fait froid dans le dos » a commenté à ce propos le conservateur britannique (ECR) James Nicholson.
Le socialiste portugais (S&D) Luis Manuel Capoulas Santos a toutefois plaidé pour un débat ouvert, mettant en garde contre la tentation, s’agissant des pourparlers avec les pays tiers en général, d’être seulement sur la défensive, de ne lutter que pour les seuls intérêts des agriculteurs. Les échanges mondiaux ont reculé au cours de la crise économique, mais les pays émergents ont accru leur part et pourraient être un débouché essentiel pour les exportations européennes, a-t-il expliqué.
Le parlementaire italien Giovanni La Via (PPE) a estimé, de son côté, qu’il serait très difficile d’offrir une compensation aux agriculteurs européens pour les accords commerciaux bilatéraux passés par l’UE, compte tenu des limites du budget communautaire.

Les produits de qualité, fer de lance d’UE

Le député allemand Martin Häusling, du groupe des Verts, et l’Espagnol Gabriel Mato Adrover (PPE) ont, pour leur part, regretté le manque de transparence dans les négociations engagées par la Commission. L’Espagnole Esther Herranz Gracia a souligné que l’UE devait, dans les pourparlers avec les pays tiers, insister sur l’étiquetage d’origine et la qualité minimale des produits, ainsi que sur la durabilité et le respect des normes du travail.
Le Vert français José Bové a plaidé pour que soit mis fin à la spéculation sur les marchés agricoles. La structure du marché doit également changer, a-t-il dit, notant par exemple que quatre grandes compagnies dominent 90 % du marché mondial des céréales, dont Cargill, et que Tyson, le numéro un du poulet américain, a annoncé l’implantation au Brésil de trois sociétés qui serviraient de « porte-avions » pour vendre à l’UE.
En réponse, Nikiforos Sivenas, directeur dans les services agricoles de la Commission de Bruxelles, a rappelé que l’UE était un acteur important du commerce mondial, tant pour les importations que pour les exportations, et que les ventes de l’Union portaient essentiellement sur des produits finis, à haute valeur ajoutée, destinés à des consommateurs plutôt aisés, aux Etats-Unis, en Russie, en Suisse, au Japon, en Norvège et dans des pays émergents comme la Chine et l’Inde.
Les importations de l’UE portent surtout sur des matières premières provenant de pays en développement, telles que les aliments pour animaux et les produits tropicaux, a-t-il ajouté. M. Sivenas a surtout tenu à expliquer que les produits de qualité sont au centre des intérêts des Européens dans les négociations commerciales, d’où, entre autres, l’importance des indications géographiques.

(1) Voir n° 3261 du 19/07/10

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