Abonné

BOISSONS ALCOOLISÉES/RÉSOLUTION Les eurodéputés réclament avec insistance une nouvelle stratégie sur l'alcool

- - 7 min

Le Parlement européen a adopté une résolution appelant la Commission européenne à présenter une nouvelle stratégie sur l'alcool pour 2016-2022 afin de lutter contre les dommages liés à l'abus d'alcool. Il demande en particulier de mentionner sur les étiquettes des boissons alcoolisées la teneur en calories, ainsi que la liste des ingrédients. Les eurodéputés réclament aussi l'instauration d'un prix minimum de l'alcool afin de réduire la consommation d'alcool.

La résolution parlementaire adoptée le 29 avril en session plénière à Strasbourg appelle à une nouvelle stratégie de l'Union européenne en matière de boissons alcoolisées, afin de lutter contre l'abus d'alcool qui est la deuxième cause de maladies liées au mode de vie dans certains de ses États membres. Elle intervient une semaine après un appel similaire des ministres de la Santé de l'UE réunis à Riga (Lettonie). Les eurodéputés insistent notamment sur l'importance d'un meilleur étiquetage des boissons alcoolisées (vin, whisky ou cannettes de bière), y compris concernant les ingrédients et l'information nutritionnelle, notamment sur les calories. Sous la pression de l'industrie, les alcools ont en effet été exclus des nouvelles règles européennes sur l'étiquetage des aliments et boissons, entrées en vigueur le 13 décembre 2014. Un rapport sur l'inclusion des boissons alcoolisées dans ce règlement aurait dû être publié par la Commission en décembre 2014, mais ne sera sans doute pas prêt avant la fin de l'année 2015. Les eurodéputés demandent que la Commission européenne soumette une proposition législative en ce sens en 2016 au plus tard. Ils n'apprécient pas le laxisme de l'exécutif européen dans la mesure où la dernière stratégie européenne visant à réduire la consommation d'alcool en Europe a expiré en 2013, après sept ans d'utilisation, et n'a toujours pas été remplacée.

DÉPENSES DE SANTÉ : PRÈS DE 156 MILLIARDS D'EUROS PAR AN

L'abus d'alcool entraîne des risques majeurs à l'échelle de la santé publique, rappellent les eurodéputés dans leur résolution. Le coût social direct et indirect de la consommation excessive d'alcool dans l'UE est estimé à 155,8 milliards d'euros pour l'année 2010 à elle seule. Ils réclament une stratégie comprenant la collecte de « données scientifiques fiables » afin d'améliorer la prévention et le traitement des conséquences de l'excès d'alcool. Ils recommandent également l'instauration d'un prix minimum de l'alcool destiné à réduire la consommation d'alcool, ainsi que la nécessité de sensibiliser l'ensemble de l'UE au risque de la consommation d'alcool pendant la grossesse et au volant. À propos de la protection des jeunes, les États membres de l'UE sont incités à redoubler d'efforts en renforçant strictement la législation de l'âge limite pour consommer de l'alcool, à suivre les campagnes de publicité pour l'alcool et leurs effets sur les jeunes et à prendre les mesures appropriées afin de limiter leur exposition. « Les États membres devraient aussi envisager des mesures contre la vente de l'alcool bon marché », soulignent les eurodéputés. Selon eux, l'abus d'alcool provoquerait 3,3 millions de décès prématurés dans le monde chaque année (près de 6 % du total).

UNE RÉSOLUTION QUI N'EST PAS DU GOÛT DE TOUT LE MONDE

Comme on l'imagine, les exigences des eurodéputés ne sont pas appréciées de la même façon par les parties prenantes. Si le Royaume-Uni et les pays scandinaves sont favorables à cet étiquetage plus transparent, d'autres États membres, notamment les pays producteurs de vin, comme l'Italie ou la France, freinent des quatre fers. Les viticulteurs également ne voient pas d'un bon œil ces nouvelles étiquettes, tandis que certains géants de la bière se prononcent plutôt en leur faveur. A volume égal, la bière est moins calorique que le vin. L'organisation Brewers of Europe (Brasseurs d'Europe), qui fédère les associations nationales des brasseurs, a réagi à la résolution parlementaire en indiquant que « la stratégie européenne existante fait la différence entre différents comportements et cultures de l'alcool. Avec raison, elle se concentre sur l'excès et aide les États membres à faire face aux problèmes liés à la consommation excessive grâce à des activités ciblées et locales. Les Brasseurs d'Europe soutiennent donc le renforcement des mécanismes existants de la stratégie et la stricte application des législations nationales, plutôt qu'une nouvelle approche descendante ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
consommation
Suivi
Suivre

De son côté, Spirits Europe, le lobby de l'industrie européenne des spiritueux, note que l'adoption par le Parlement de cette résolution, et particulièrement son insistance à se concentrer sur les effets néfastes de l'alcool, et non sur la consommation d'alcool elle-même, est bienvenue. Tout comme le fait que les eurodéputés ont souligné les contextes et habitudes de consommation d'alcool. « Nous nous félicitons de l'intérêt du Parlement et de la majorité des propositions qu'il avance, a déclaré Paul Skehan, directeur général de Spirits Europe. Nous soutenons l'appel des députés européens pour des recherches plus poussées, pour une meilleure collecte d'informations et pour le partage des connaissances. Le secteur des spiritueux en particulier salue l'appel des parlementaires pour des stratégies adéquates afin de trouver une solution au problème des alcools de contrefaçon, ainsi qu'à la vente d'alcool illégale ».

LE PARLEMENT EUROPÉEN « À L'ÉCOUTE DES CONSOMMATEURS »

Pour sa part, le Bureau européen des consommateurs (Beuc) a salué la position du Parlement « qui a montré qu'il était à l'écoute des consommateurs ». Sa directrice, Monique Goyens, a affirmé que « si nous voulons réellement enrayer l'épidémie d'obésité en Europe, la teneur en calories doit absolument figurer sur les étiquettes des boissons alcoolisées. Quand les Européens pensent aux boissons très caloriques, ils pensent avant tous aux sodas, mais un grand verre de vin contient à lui seul autant de calories qu'une barre chocolatée. L'indication des valeurs nutritionnelle entraînera donc inévitablement une prise de conscience chez les consommateurs. La Commission devrait à présent tenir compte de l'appel du Parlement et présenter sans délai son rapport tant attendu. Il est paradoxal et injustifiable que l'alcool soit exempté de l'obligation d'information applicable aux boissons non-alcoolisées ». L'ANPAA, EUROCARE et une coalition d'organisations de la santé publique (1), se sont également félicités de la résolution du Parlement européen. Cela dit, rien n'est gagné car la résolution du Parlement européen sur l'alcool n'est pas contraignante juridiquement et la Commission européenne a déjà affiché ses réticences à mettre en œuvre une telle mesure. Mais, selon Glenis Willmot, rapporteure du Parlement, « un message fort vient d'être adressé à la Commission européenne, et j'espère qu'elle va le prendre en compte ».

(1) European Alcohol Policy Alliance (Eurocare), the European Public Health Alliance (EPHA), the European Association for the Study of the Liver (EASL), the European Liver Patients Association (ELPA), United European Gastroenterology (UEG) the Association of European Cancer Leagues (ECL) Standing Committee of European Doctors (CPME), Royal College of Physicians, and the British Medical Association (both from the UK).