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Olives de table Les eurodéputés s’insurgent contre les taxes américaines sur les produits espagnols

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« La décision des États-Unis de taxer les exportations d’olives de table de l’Espagne est une mesure agressive contre la Politique agricole commune et pourrait constituer un précédent pour d’autres secteurs », estiment les eurodéputés qui demandent à l’UE de réagir, voire d’attaquer Washington devant l’OMC.

Suite à une pétition en juin 2017 de la Coalition américaine pour le commerce équitable des olives noires (représentant les intérêts de l’industrie nationale), demandant aux autorités américaines compétentes de lancer une enquête sur les importations d’olives noires espagnoles, Washington a estimé que les olives en provenance d’Espagne sont vendues de 16,88 % à 25,5 % de moins que leur valeur réelle et que par conséquent elles ont été soumises à des droits de douane provisoires de 20 %. Les tarifs définitifs sont attendus probablement pour la mi-juillet 2018. La Commission européenne a qualifié les mesures américaines de « mesure de protection visant un produit européen de haute qualité et populaire auprès des consommateurs américains ». Selon elle, les mesures provisoires américaines ont déjà eu un impact important sur les producteurs espagnols, en particulier dans la région d’Andalousie. Les exportations espagnoles vers les États-Unis auraient déjà été réduites de plus de 42 % au cours du premier trimestre 2018 par rapport à la même période en 2017.

En 2017, les importations d’olives d’Espagne aux États-Unis ont représenté 67,6 millions de dollars. Adam Siekierski, le président de la commission de l’agriculture du Parlement européen, a expliqué que les subventions de la PAC examinées par l’enquête américaine relèvent de l’aide de la « boîte verte », puisqu’elles sont découplées de la production et ne faussent pas les échanges, et qu’elles ne peuvent donc pas faire l’objet de droits compensateurs en vertu de l’article 2 de l’accord de l’OMC. Il a qualifié l’action des États-Unis de « mesure agressive contre la Politique agricole commune de l’UE et pourrait constituer un précédent pour d’autres secteurs ». Il a donc rédigé une question à l’intention de la Commission européenne dans laquelle il affirme : « Maintenant que les chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont apporté leur soutien à l’Espagne sur le dossier des olives de table, que compte faire la Commission pour faire face à cette situation et envisage-t-elle d’attaquer les États-Unis devant l’OMC ? ».

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Des sources à la Commission européenne font valoir que l’on est est bien conscient de l’importance du secteur oléicole en Espagne - en Andalousie en particulier - et que l’on « continue de défendre les intérêts des producteurs d’olives de l’UE en coopération avec les autorités espagnoles depuis le début de la procédure ». Selon ces mêmes sources, « des actions adéquates seront prises car les subventions européennes au secteur des olives de table ne faussent pas les échanges commerciaux et respectent l’accord sur l’agriculture de l’OMC ». En clair : les olives de table espagnoles ne peuvent donc pas faire l’objet de droits compensateurs en vertu de l’article 2 de l’OMC relatif aux subventions et mesures compensatoires. Par ailleurs, les eurodéputés comme la PPE espagnole Esther Herranz craignent qu’après les olives espagnoles, Donald Trump s’attaque à n’importe quel autre secteur agroalimentaire européen comme l’huile d’olive, les vins italiens, les fromages français ou encore les saucisses allemandes. De son côté, l’Association espagnole des exportateurs et industriels des olives de table (ASEMESA) a demandé au nouveau gouvernement de Pedro Sánchez de faire pression sur Washington afin de mettre fin aux tarifs à l’export américains et a même proposé à Madrid de conditionner l’utilisation par les Américains des bases militaires andalouses de Rota (province de Cadix) et Morón de la Frontera (province de Séville) à la levée des barrières douanières américaines. Autant dire que les producteurs espagnols, les autorités espagnoles ainsi que les institutions européennes attendent avec une certaine anxiété la décision définitive des États-Unis de la mi-juillet.