Si les prix du lait payés aux producteurs en France devraient fortement augmenter au cours du deuxième trimestre, les producteurs allemands sont prêts à cesser leurs livraisons en représailles à des baisses des prix. La Commission européenne, pour sa part, constate globalement un tendance baissière dans l’Union, même si, indique-t-elle, les cours des produits laitiers se situent encore largement au-dessus des prix d’intervention.
En Allemagne, la Fédération des exploitations laitières BDM a réitéré le 23 avril ses menaces d’arrêt des livraisons, en représailles à des baisses de prix dans la grande distribution.Un sondage mené par la Fédération révèle que 88 % de ses membres sont prêts à cesser leurs livraisons et à jeter leur lait, a indiqué son dirigeant Thorsten Sehm à la Berliner Zeitung, en qualifiant de « catastrophique » la situation des éleveurs de vaches laitières. Un tel boycott serait une première dans l’histoire allemande. Les 33 000 exploitations membres du BDM ne représentent toutefois que 50 % des producteurs de lait allemands.
Les laiteries ont fait valoir par ailleurs qu’en cas de boycott, elles continueraient à assurer la production de produits frais (yaourts et lait), pour ralentir celle de lait en poudre par exemple. La révolte des exploitants, qui gronde depuis des semaines outre-Rhin, a pris de l’ampleur récemment avec les décisions des deux géants de l’alimentaire à bas prix, Lidl et Aldi, de baisser le prix du lait dans leurs rayons jusqu’à moins 18 %. Selon la Fédération des agriculteurs allemands DBV, qui ne soutient pas les appels au boycottage, le prix versé aux exploitants se situe entre 30 et 35 centimes le litre contre plus de 40 centimes à l’automne dernier.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pour sa part, Paul Bulcke, le nouveau directeur général de la multinationale agro-alimentaire suisse Nestlé, considère que « la situation va se normaliser ». « Le prix du lait est déjà en train de baisser », a-t-il précisé dans un entretien au quotidien suisse Le Temps. « Certains facteurs structurels, comme la demande des pays émergents, subsisteront », a cependant souligné M. Bulcke.
51 000 tonnes de beurre sous contrat de stockage privé
Afin de faire face à la faiblesse du dollar et à la baisse des prix, la Finlande et quatre nouveaux Etats membres ont réclamé récemment lors du comité de gestion, le retour des restitution dans le secteur laitier. Mais la Commission a fait savoir qu’elle n’entend pas donner un coup de pouce à l’exportation alors que le prix du beurre se situe à 123 % du prix d’intervention. La question de l’octroi de restitutions ne devrait probablement pas être évoquée avant l’automne voire au moment des fêtes de fin d’année. Dans l’immédiat, la Commission estime que de nouvelles opportunités vont se présenter sur le marché mondial. Ainsi, l’Inde, le plus important consommateur de butter-oil, a reduit de 30 % ses droits de douane à l’importation sur ce produit afin de lutter contre l’inflation. A ce stade, 51 000 tonnes de beurre ont été placées sous contrat de stockage privé, contre seulement 27 000 l’an dernier à la même époque, ce qui montre, selon Bruxelles, que les opérateurs sont plutôt confiants dans la bonne tenue des cours du beurre à moyen terme.