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Industries Les fabricants d’aliments du bétail inquiets pour l’élevage

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Le Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia) propose des pistes pour sauver l’élevage en France, son principal débouché. Les industriels doutent de la pertinence de l’agroécologie prônée par Stéphane Le Foll et plaident pour un agrandissement des exploitations.

Le syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia) est inquiet pour l’avenir de l’élevage français : « Sans des élevages qui vivent correctement, il ne restera plus grand chose de nos entreprises », prévient Alain Guillaume, président du Snia, lors de l’assemblée générale du syndicat, vendredi 31 mai 2013 à Paris. Il demande à ses adhérents de « continuer à améliorer la rentabilité de l’élevage », grâce à leurs conseils et à des gains de compétitivité. Mais les fabricants d’aliments pour bétail sont méfiants quant au « produire autrement » prôné par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. Certains industriels doutent notamment de la pertinence de l’incitation à l’autonomie des exploitations : pour Patrick Pageard, directeur général de Nutriciab, « Nous réunissons une somme de savoirs dans nos entreprises, j’ai un peu de mal à croire qu’un producteur, avec trois cultures sur son exploitation, peut avoir la même efficacité ».

Le Snia veut concentrer l’élevage

Emile Nicot, président de Philicot, a mis en avant les bonnes performances écologiques des fabricants d’aliments : « On est des entreprises françaises, on livre et on achète dans un rayon de cinquante kilomètres, on n’a pas de déchets, pas d’utilisation d’eau. Le soja est de plus en plus remplacé par le colza et le tournesol, et on travaille pour une plus grande utilisation des coproduits », se félicite-t-il. Pour autant, il regrette que « les lois européennes pénalisent la compétitivité à cause du principe de précaution. Et en France, on veut laver plus blanc que blanc ! ».
Invité à la tribune, le belge Patrick Vanden Avenne, président de la Fédération européenne des fabricants d’aliments composés pour animaux (Fefac), y est allé d’un discours volontairement provocateur : « En France, on permet des grandes exploitations céréalières, mais on ne peut pas parler de gros élevages. C’est incompréhensible sur un grand territoire avec une faible densité de population. Cette stratégie, c’est la perte des productions animales ! », a t-il lancé sous de nombreux applaudissements. Bernard Mahé, directeur de Sanders, a abondé en son sens : « C’est un doux rêve de penser que les productions animales vont occuper le territoire ! C’est un non-sens économique qui laissera la porte ouverte aux concurrents ».

Le ministère n’imposera pas de modèle unique

Chahuté, Jean-Guillaume Bretenoux, conseiller technique en charge des filières animales et des industries agroalimentaires au ministère de l’Agriculture, a rappelé l’importance « de maintenir un élevage sur l’ensemble du territoire, une idée à laquelle la France est attachée et que défend l’ensemble des syndicats agricoles ». Selon lui, l’objectif est de faire cohabiter les systèmes : « Il n’y a pas de modèle unique qui doit s’imposer aux autres », a-t-il répété plusieurs fois, précisant que le ministre n’est pas contre les gros élevages. Il a assuré aux entreprises qu’elles avaient « aussi un rôle à jouer » dans l’agroécologie : « Certaines exploitations ne peuvent pas être plus autonomes, elles doivent mieux comprendre et optimiser leur approvisionnement ».
Le président Alain Guillaume a enfin demandé au gouvernement d’exonérer les activités d’élevage de l’écotaxe poids lourds, et aux banques de « faire leur travail », car leur frilosité oblige les entreprises d’aliments à financer les projets des agriculteurs.

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