Les industriels du légume transformé sont moroses. La production baissera davantage en France cette année que dans les autres pays européens, selon les données communiquées à l'assemblée générale d'Unilet (interprofession du légume transformé), qui s'est tenue à Paris le 23 juin. La filière pointe du doigt les distorsions de concurrence.
À 55 000 hectares, les emblavements prévus pour la campagne 2015 des légumes destinés à l'industrie (conserve et surgelés) sont historiquement faibles. « Ces cinq dernières années, la surface emblavée oscillait entre 62 000 et 69 000 hectares. Là, on passe de 69 000 à 55 000 tonnes. Nous n'avions jamais connu un tel décrochage », a expliqué Luc Desbuquois, président du Cénaldi (association des organisations de producteurs de légumes à destination industrielle), lors de l'assemblée générale d'Unilet, le 23, juin à Paris.
RISQUE DE SOUS-OCCUPATION INDUSTRIELLE EN 2015
Ce décrochage inquiète les industriels eux-mêmes : moins de légumes à transformer, c'est un moindre écrasement des frais fixes, et un renchérissement du coût de revient. Mais la récolte record de l'an passé, conjuguée à l'atonie de la demande, a généré des stocks importants. Ce qui les a tout de même conduits à limiter la production cette année, quitte à prévoir des taux insuffisants d'occupation d'usine. « En Belgique et en Espagne, les baisses d'emblavements ne sont pas du tout du même ordre de grandeur. La production de légumes surgelés devrait même être stable en Belgique. Cela va amoindrir d'autant notre compétitivité », prévoit Luc Desbuquois. Au vu de l'é-volution du solde des échanges commerciaux, elle semble déjà atteinte. Les volumes de conserves exportés n'ont fait que diminuer ces dernières années, passant de 300 000 tonnes en 2005 à à peine plus de 250 000 tonnes l'an passé. En 2014, pour la première fois, la France s'est ainsi trouvée dans une situation de déficit commercial (en volumes, hors maïs doux). Quant au solde des légumes surgelés, il reste structurellement largement déficitaire (en volumes toujours).
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DES DISTORSIONS DE CONCURRENCE TRÈS MAL VÉCUES
Dans ce contexte de marché difficile, la filière s'inquiète plus que jamais des distorsions de concurrence avec les autres pays européens et pointe du doigt les incohérences du système. « L'interdiction de produire des conserves dont le vernis contiendrait du bisphénol A en France a coûté des dizaines de millions d'euros à la filière pour trouver des substituts. Aujourd'hui, les emballages alternatifs représentent un surcoût de 5 % », a rappelé Philippe Le Masle, président du groupe légumes de la Fiac (fédération des aliments conservés). Grand paradoxe de cette mesure franco-française, les industriels de l'Hexagone ne peuvent pas utiliser de bisphénol A dans les produits qu'ils exportent, tandis que les conserves importées, elles, en contiennent. Une « hypocrisie » qui, à en juger par les commentaires dans la salle, agace profondément l'ensemble de la filière. Autre distorsion de concurrence évoquée par Philippe le Masle, l'utilisation des auxiliaires technologiques, qui doit faire l'objet d'une demande d'autorisation en France alors que les autres pays européens se contentent d'une simple déclaration. Sébastien Couderc, conseiller chargé des filières végétales et des biocarburants, qui représentait Stéphane Le Foll n'a guère répondu aux attentes de la filière, appelant à transformer les contraintes en opportunités. Seule avancée concrète dans son discours, la promesse de revoir la mesure qui impose des couverts végétaux au 31 mai pour toucher certaines aides (1) en 2016. Alors qu'elle risque de pénaliser fortement certains producteurs (pour les haricots verts par exemple) dès 2015.
(1) BCAE 4, pour 4e mesure des bonnes conditions agricoles et environnementales