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Lait/Viande Les filières bovines rebondissent en 2014

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2014 devrait sourire aux filières bovines, en lait comme en viande. Le prix du lait payé au producteur atteint des sommets, tiré par une demande mondiale qui semble exponentielle, à laquelle l'Europe, dont la France, peut répondre. La viande bovine n'est pas en reste : la production de viande bovine devrait rebondir en 2014 en Europe. Des marchés à l'export sont à prendre sur le vif, même si la filière craint l'accord de libre-échange actuellement négocié avec les Etats-Unis.

L'ANNÉE 2014 s'annonce sous de bons auspices pour l'élevage bovin, en lait comme en viande. Pour les produits laitiers, l'Europe a une vraie carte à jouer : elle devrait être la principale source d'augmentation de la production en 2014, alors que la demande devrait continuer de croître.

« Après une baisse de la production en 2013 dans les principaux bassins de production laitiers, le premier trimestre 2014 montre une relance de la production et des échanges », constate Gérard You, de l'Institut de l'élevage, lors d'une conférence sur les marchés mondiaux, organisée les 21 et 22 mai à Paris. « En 2014, la majorité des volumes supplémentaires viendra de l'Europe, avec une croissance d'au moins 2,5%, soit 3,5 millions de tonnes », évalue Baptiste Lelyon, de l'Institut de l'élevage. Selon lui, « c'est une augmentation de volume inédite en Europe sous le régime des quotas », tirée par un prix du lait qui stimule les producteurs.

Le prix du lait payé au producteur a également énormément augmenté en Nouvelle-Zélande, principal exportateur, où il est désormais plus élevé qu'en France. Dans tous les bassins de production, les prix convergent. « On va vers un prix mondial déterminé par le Global Dairy Trade, les enchères mondiales de Fonterra », la principale coopérative néozélandaise, analyse Christophe Lafougère, directeur du Gira, une agence d'études de marchés alimentaires. Si l'île reste le fournisseur privilégié de l'Asie, de par sa proximité géographique, l'Europe et la France ont des atouts à faire valoir.

La production repart

En viande bovine, les flux mondiaux sont également repartis à la hausse en 2013 (16% de la production mondiale), mais plutôt au bénéfice de grands pays exportateurs comme le Brésil et l'Inde. « En 2014, l'augmentation de la production devrait être moindre en Inde et au Brésil, voire en baisse aux Etats-Unis, après plusieurs années de décapitalisation », prévoit Caroline Monniot, de l'Institut de l'élevage. Pour 2014, les observateurs s'attendent à une stagnation de la production mondiale (+0,0%). La production de viande est « à la traîne dans le monde, par rapport aux autres spéculations agricoles», explique Caroline Monniot. Les pays en développement seraient plus enclins à se lancer dans l'aviculture où « le retour sur investissement est plus rapide ».

En Europe, la production de viande bovine devrait rebondir en 2014 (+1%), compte tenu de la capitalisation laitière depuis 2012 et de la baisse des exports en vifs depuis 2013. Mais à l'export, les Européens souffrent toujours de coûts de production élevés. Selon le réseau Agribenchmark, le coût de production d'un atelier d'engraissement européen serait de 419 euros/kg de carcasse, contre 242 euros dans les systèmes en pâturage brésiliens et 361 euros dans les feed-lots étatsuniens. « Les écarts se resserrent depuis 2005 avec le renchérissement des matières premières, mais le Brésil reste largement au-dessous », estime Christelle Pineau de l'Institut de l'élevage. « La flambée des matières premières remet en cause la rentabilité des feed-lots. En revanche, le modèle européen, plutôt autonome, s'en sort bien », analyse-t-elle.

Des opportunités de l'Asie au Maghreb

Dans le secteur laitier, c'est bien à l'export que se trouvent les opportunités de croissance. Le marché interne est mature et la guerre commerciale que se livre la grande distribution impose des prix bas à l'amont. « La dynamique se fait par les exportations », explique Benoit Rouyer, économiste à l'interprofession laitière (Cniel). Alors que 4 litres de lait produits en France sur 10 sont exportés, « dans les années à venir, nous estimons avoir 2% de croissance de la production par an, dont 90% seront destinés aux pays tiers ». Un débouché devenu indispensable, qui « permet de réduire notre exposition à la grande distribution, qui entretien un climat délétère sur le marché intérieur ».

La Chine est le septième débouché des produits laitiers français, avec une valeur de 352 millions d'euros en 2013, soit 46% de plus que l'année précédente. Le marché est considéré comme durable : le pays ne pourra pas répondre à la demande de sa population, tirée par l'émergence des classes moyennes et l'occidentalisation des pratiques alimentaires.

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Les viandes pourraient trouver des opportunités plus proche de nous : le marché méditerranéen est par exemple dominé par les Indiens sur la viande congelée et par le Brésil sur la viande fraîche. Mais sur les exportations de vifs, qui ont plus que doublé vers le Maroc et l'Algérie en 2013, l'Europe aura des parts de marché à développer en 2014, estime Fabien Champion, de l'Institut de l'élevage.

En espérant des bons prix

Si l'avenir semble dégagé pour la production laitière, personne ne veut jouer les Cassandre. « La production est relancée, le cheptel étoffé, nous assisterons probablement à un tassement du prix du lait en 2014 », prévient Gérard You. Depuis février, les prix des produits laitiers vendus sur la plateforme d'enchères Fonterra ont baissé de 25%, montre t-il.

Selon lui, « l'équilibre du marché dépendra du rythme de croissance de la production, de la demande des pays émergents mais aussi de la situation économique des pays de l'OCDE, avec une éventuelle reprise ».

La situation est plus contrastée en viande bovine, où les cours diffèrent entre l'Europe et le reste du monde. Les cours ont décollé aux Etats-Unis, en Australie et au Brésil début 2014, alors que le cours européen du gros bovin a plutôt baissé. Globalement, « depuis 2009, le prix de la viande bovine augmente plus vite que les autres viandes », a expliqué Philippe Chotteau, chef du département économie de l'Institut de l'élevage. En revanche, les éleveurs bovins peuvent se réjouir : « Les prix des viandes sont plutôt moins volatils que ceux des céréales et du lait, même s'il s'agit un marché très internationalisé ».

Inde : le nouveau gouvernement fait planer des incertitudes sur l'export de viande bovine

LA récente victoire du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) aux élections législatives indiennes fait planer une incertitude sur les exportations de viande bovine du pays, analyse Marie Carlier de l'Institut de l'élevage, lors d'une conférence organisée sur les marchés mondiaux de la viande bovine, le 22 mai à Paris. La religion hindouiste donne en effet le statut de « vache sacrée » à la femelle zébu. L'Inde est le deuxième exportateur mondial de viande bovine depuis 2012, avec 1,7 million de tonnes exportées, essentiellement des bufflons halals, appelés « carabeef ». Durant la campagne, des membres haut placés du BJP ont fait savoir, dans les journaux indiens, qu'ils avaient vu d'un mauvais œil le développement de l'abattage de bovins dans leur pays, soutenu par le précédent gouvernement. Le ministère de l'Agriculture américain (USDA) prévoit néanmoins une augmentation des exportations de 6% en 2014.

En production laitière, 30% de la hausse de la production pendant les cinq prochaines années devraient provenir d'Inde, qui est déjà le premier producteur mondial. Mais le pays n'est pas acteur sur les marchés internationaux. « C'est un marché fermé, les importations sont interdites.

Le gouvernement cherche au maximum à protéger ses producteurs », explique Christophe Lafougère, directeur du Gira, une agence d'étude de marchés alimentaires.