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Céréales Les fonds indiciels responsables des dérèglements du marché américain du blé

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Dans un rapport qu’il vient de publier, le sous-comité permanent du Sénat américain en charge des enquêtes dénonce le rôle des fonds indiciels dans la flambée des prix du blé survenue en 2008. Selon ce rapport, l’autorité de régulation des marchés devrait limiter leur emprise sur la Bourse de Chicago tout particulièrement.

Oui, les financiers ont une large part de responsabilité dans la flambée des cours du blé enregistrée en 2008. C’est la conclusion d’un rapport publié le 25 juin par le sous-comité permanent du Sénat américain en charge des enquêtes. Pour les auteurs, les coupables sont les fonds indiciels. Depuis 5 ans, leur croissance est exponentielle. Evalués à 15 milliards de dollars en 2003, ils représentaient 200 milliards à la mi-2008. Or, par construction, ces fonds achètent massivement sur le marché à terme des matières premières. Pourquoi ? Parce qu’ils gèrent ainsi les risques qu’ils prennent vis-à-vis des fonds de pension, des institutions voire des particuliers qui utilisent leurs indices bâtis sur les fluctuations des marchés des matières premières pour diversifier leur portefeuille ou se protéger contre l’inflation. C’est donc un raisonnement financier très éloigné des fondamentaux du marché qui gouverne les actions de ces fonds. Or, sur les trois dernières années, leur influence s’est considérablement accrue. Le rapport du Sénat estime que la part des contrats qu’ils détenaient sur le marché à terme du blé à Chicago est passée de 35 % en 2006 à 50 % en 2008. Et contrairement à d’autres intervenants financiers, ces fonds ne sont pas clairement soumis à une limite. Dans les faits, ils achètent autant de contrats qu’ils le souhaitent. D’où l’apparition d’une déconnexion entre les prix à terme et physiques. En 2008, 1,53 dollar par boisseau séparait les deux cours, contre 0,13 dollar seulement en 2005.
Limiter l’emprise des fonds indiciels
Dans ces conditions, impossible pour les opérateurs de la filière de se servir du marché à terme pour gérer leur risque prix sur le marché physique… essence même, pourtant, d’un marché « papier ». Selon la National Grain and Feed Association (céréales et alimentation animale), les coûts de couverture pour les collecteurs ont progressé de 300 % entre 2006 et 2008. « La hausse des prix du marché à terme a entraîné une augmentation des appels de marge pour les producteurs, les collecteurs et les autres vendeurs de blé qui se couvraient » sur ce marché, observent, entre autres, les auteurs du rapport. En manque de liquidité, certains se sont retournés vers les agriculteurs, à qui ils ont demandé de prépayer leurs intrants. Les difficulés de trésorerie se sont donc transmises vers l’amont de la filière. Autre phénomène connexe : la hausse inopinée des coût de certaines assurances sur les cultures, les barèmes se fondant sur le prix du blé sur le marché à terme.
Pour les auteurs du rapport, la CTFC (commission en charge de la régulation du fonctionnement des marchés à terme des matières premières) doit absolument limiter l’emprise des fonds indiciels sur le marché à terme. Le sous-comité du Sénat préconise l’application aux courtiers spécialisés dans les fonds indiciels de la limite standard définie pour les opérateurs financiers, soit pas pas plus de 6 500 contrats de blé détenus par trader. Un chiffre qui pourrait être abaissé au besoin à 5 000 contrats.

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