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Les forêts lorraines s’exportent vers la Chine

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La filière bois française enregistre un déficit commercial de 5,7 Mrd€ en 2015. Ce déficit est en léger recul depuis 2014. La raison principale est la hausse des exportations de produits non transformés, principalement du Grand Est.

Le déficit commercial de la filière forestière est de 5,7 Mrd€ en 2015. Ce déficit est en léger recul depuis quelques années. De fait, la filière assiste à une forte et récente augmentation des exportations de produits bruts. Selon le rapport du député Christian Franqueville (1), les exportations de chêne enregistrent une hausse de 65 % à 51 M€ en 2014 par rapport à l’année précédente. Plusieurs raisons sont citées par la filière. « Pendant dix ans, la consommation s’est cassée la figure », explique Nicolas Douzain, délégué général de la Fédération nationale du bois (FNB). Les consommateurs ne veulent alors plus de feuillus (hêtre, chêne, frêne) laissant un boulevard pour leur exportation. En outre, la forêt française est composée de 70 % de feuillus contre 30 % de résineux. Depuis des années, le contexte est donc réuni pour exporter du brut de feuillus. Nicolas Douzain précise que 60 % du bois exporté sont du chêne, 20 % du hêtre et 20 % du résineux.

La Chine, principale acheteuse

La Chine est un des principaux débouchés du bois français. « La Chine a connu un formidable développement économique. Mais ils ont saccagé leur forêt. Ils viennent d’interdire de couper du chêne dans leurs forêts pour 99 ans », développe Nicolas Douzain. Ainsi, les exportateurs français vendent aux Chinois du chêne tout comme la Russie ou encore l’Ukraine. Par ailleurs, le débouché chinois porte sur le brut et non sur le transformé : « Ils mettent des taxes plus fortes sur les produits transformés. » En 2015, l’excédent de grumes de chênes, de hêtres et autres feuillus est de 145 millions d’euros. La France a eu d’autres clients. Charlie Mola, vice-président du Syndicat de la filière bois (SFB), affirme à ce sujet : « Il y a trois ou quatre ans, je vendais des grumes de hêtres à la Tunisie. » Aujourd’hui, la Roumanie s’est positionnée sur le marché. « On reste en contrats, mais on vend peu et on n’y gagne rien. Juste de rester en contact. » Quant aux résineux, ils sont peu exportés, ils représentent même un gros poste déficitaire de la filière de 421 M€ en 2015, selon Agreste.

Le port d’Anvers, principal point de départ

Les forêts françaises les plus concernées par l’exportation sont situées à proximité du port du Havre et du port de Brest. Mais aussi et surtout d’Anvers en Belgique, la réglementation pour exporter y étant moins contraignante, raconte Nicolas Douzain. Chaque année, 70 % de l’export français passent par le port d’Anvers. 12 000 à 15 000 conteneurs partent depuis le port du Havre et environ 2 000 depuis le port de Brest, estime Nicolas Douzain. La récente augmentation des exportations françaises est aussi tirée par une baisse du prix du transport. « Il y a trois mois, transporter un conteneur entre Le Havre et Shanghai coûtait 800 euros. Aujourd’hui, c’est tombé à 300 euros », constate N. Douzain.

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Le Grand Est français, principal fournisseur

Les exportateurs français s’approvisionnent dans le Grand Est. Ainsi, Nicolas Douzain explique que la Lorraine est le point de départ de la majorité des grumes qui partent en Chine. Le 1er avril, la région Alsace Champagne-Ardenne Lorraine a adopté à l’unanimité une motion du groupe socialiste de soutien à la filière bois enrichie d’un sous-amendement des Républicains. Hélène Colin, conseillère régionale, rappelle que « 10 000 m3 exportés en grumes créent un emploi, mais 10 000 transformés en France créent 10 emplois. » Dans la région, le sujet est brûlant. Selon Nicolas Douzain, 60 % du bois français non transformé exporté viennent du Grand Est.

(1) Rapport destiné au Premier ministre sur les exportations de grumes et le déséquilibre de la balance commerciale de la filière forêt bois française, juillet 2015

La Lorraine est le point de départ de la majorité des grumes exportées en Chine.