Des chercheurs français (Inra, SRPV), suisses, italiens et américains ont prouvé, par des analyses génétiques, que les populations de chrysomèle des racines de maïs présentes dans différents sites de l’Europe occidentale ne sont pas originaires du foyer d’Europe centrale mais de multiples introductions en provenance d’Amérique du Nord. C’est notamment le cas des foyers français, près de Paris. Ils ont publiés leur résultat dans l’édition du 11 novembre 2005 de la revue Science.
La chrysomèle des racines de maïs ( Diabrotica virgifera virgifera) est un ravageur du maïs qui engendre des dégâts considérables en Amérique du Nord, évalués à un milliard de dollars par an. L’insecte a été détecté pour la première fois en Europe en 1992, en Yougoslavie près de l’aéroport de Belgrade. Puis il s’est répandu dans une grande partie de l’Europe centrale et du Sud-est. Plusieurs foyers secondaires ont ensuite été détectés dans des régions géographiquement déconnectées de ce foyer initial : au Nord-est de l’Italie en 1998, 2002 puis 2003 ; au Nord-ouest de l’Italie et au Sud de la Suisse en 2000 ; près de Paris en 2002 et 2004 ; en Alsace, au nord de la Suisse, en Belgique, en Grande-Bretagne et enfin aux Pays-Bas en 2003.
Des résultats inattendus
Des chercheurs de l’Inra de Sophia-Antipolis, Montpellier et Versailles, en association avec le service de la protection des végétaux et des chercheurs suisses, italiens et américains ont étudié la diversité génétique des populations de Diabrotica dans cinq foyers européens secondaires. Ils ont ensuite comparé ces caractéristiques génétiques avec celles d’insectes originaires d’Europe centrale puis d’Amérique du Nord, afin de déterminer leurs origines. « Nous ne nous attendions pas du tout à ces résultats, nous avons été très surpris», commente Thomas Guillemaud, chercheur en biologie des populations à l’Inra de Sophia-Antipolis et coordinateur des travaux. Parmi les cinq foyers secondaires étudiés, seul celui du Nord-Est de l’Italie provient du foyer initial d’Europe centrale. Les foyers du Nord-Ouest de l’Italie et de Paris 2002 sont dûs à des introductions répétées et indépendantes en provenance d’Amérique du Nord. L’origine du foyer découvert près de Paris en 2004 reste à ce jour incertaine mais pourrait également provenir directement d’Amérique du Nord. Quant au foyer alsacien découvert en 2004, les chercheurs ont la preuve génétique qu’il provient du foyer détecté en 2002 près de Paris.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Mystère autour des aéroports
« Nos résultats montrent que les introductions d’Amérique du Nord sont chroniques, expliquent les chercheurs. Notre étude soulève des questions quant aux circonstances qui ont permis une telle rafale d’introductions de chrysomèles du maïs, comme l’adaptation de l’insecte ou des changements dans les mesures de contrôles ou encore les pratiques de transport ». Comment de telles introductions répétées peuvent-elles avoir lieu ? Pourquoi l’insecte est-il toujours repéré près des aéroports ? Les introductions proviennent-elles toujours de la même région d’Amérique du Nord ? Qu’est-ce qui explique le « succès » de l’infestation de Diabroticaen Europe ? Toutes ces questions restent encore sans réponse. Les scientifiques continuent à travailler la question.