Les Français confinés boudent les fromages sous appellation. Un coup dur pour les filières où de nombreuses PME sont d’ores et déjà en difficulté.
« Confinés et sans fromage de qualité, voilà un coup dur de plus pour le moral des Français ! », résume, dans un communiqué du 23 mars, Michel Lacoste, président du Cnaol (fédération des AOP laitières). Le confinement mis en place en France pour faire face à l’épidémie de Covid-19 a détourné les Français des fromages de terroirs au profit de produits moins gastronomiques.
« La consommation de fromages festifs ou d’appellation d’origine est en chute », s’alarme Caroline Le Poultier, directrice générale du Cniel, l’interprofession laitière. « L’appauvrissement alimentaire guette les rayons des grandes surfaces », alerte le Cnaol. La fédération note une « baisse très importante des commandes », une faible présence des AOP dans les catalogues drive des grandes surfaces et la réduction voire la fermeture des rayons coupe alors que 38 % des fromages AOP y sont commercialisés.
« Nous sommes effectivement confrontés à des décisions unilatérales de certains distributeurs qui stoppent brutalement les commandes, jugeant que les produits sous signe de qualité ne sont pas de première nécessité. C’est vraiment incroyable et scandaleux », juge Dominique Chambon, vice-président du Cnaol.
Aussi, la fédération « appelle à la responsabilité des distributeurs et de l’administration pour permettre une pluralité de l’offre et le maintien de la diversité des produits laitiers AOP dans les rayons ». Une des priorités du Cniel dans les jours à venir sera de « travailler sur ces catégories qui souffrent pour éviter que des PME mettent la clé sous la porte », explique sa directrice.
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Acheter et stocker !
Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne Rhône Alpes, s’est fait l’écho de cette situation dans une lettre adressée au ministre de l’Agriculture le 24 mars. « La filière laitière (...) souffre fortement. Certains produits de première nécessité comme le beurre ou la crème se vendent en nombre mais les fromages AOP notamment, et les spécialités vendues à la coupe voient leurs ventes s’effondrer de 50 % », écrit-il. « Des PME font déjà face à l’explosion de leurs stocks et envisagent de détruire des fromages et de réaliser la collecte à mi-temps (50 % de lait jeté par le producteur) », alerte-t-il.
Dans le Cantal, FDSEA et Jeunes agriculteurs invitent « tous les Cantaliens à faire preuve de solidarité en prévoyant à la maison autant de stocks de fromages cantal, st nectaire, fourme d’Ambert et bleu d’Auvergne que vos frigos et vos caves peuvent en accueillir ! ». « Ce sont des produits plus précieux pour l’économie du Cantal que le papier toilette ! », ironisent-ils. Face à la gravité de la situation, ils assurent que « toutes les solutions sont en train d’être étudiées pour assurer à tous les litres de lait produits un débouché ».
« L’appauvrissement alimentaire guette les grandes surfaces »