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Bilan de santé de la Pac Les grandes cultures déçues

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Des betteraves au blé en passant par le pois ou le colza, toute la filière grandes cultures hexagonale se dit décue par le compomis obtenu à Bruxelles. Manque de réalisme économique, destruction des outils de régulation, mise en danger des capacités de production… Les arguments sont nombreux pour rejeter ce texte.

Incompréhension, déception, frustration… Ce sont les sentiments qui prévalent dans la filière grandes cultures, à l’issue des négociations qui se sont déroulées au sein du Conseil européen des ministres de l’Agriculture à Bruxelles les 19 et 20 novembre. Orama n’y va pas par quatre chemins. « L’adoption d’un tel dispositif exprime une absence de sens des réalités économiques de l’agriculture préjudiciable non seulement aux exploitants, mais aussi aux consommateurs », écrit dans un communiqué la branche spécialisée grandes cultures de la FNSEA. La hausse de la modulation et les possibilités qu’ouvre le texte en matière de redistribution des aides, à travers la mise en œuvre des articles 68 et 64, ne passent pas. « Le ministre français de l’Agriculture s’est donné la possibilité de porter jusqu’à plus de 40 % les amputations opérées sur les paiements directs des producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux », estime le syndicat.

« Prélever n’importe comment et durablement »

Pour Luc Esprit, coordinateur d’Orama, « ce compromis donne la possibilité de prélever n’importe comment et durablement ». Le contraire des dispositifs que la filière a pu envisager ces derniers mois pour venir en aide au monde de l’élevage. « Dans un contexte de marché et d’augmentation de charges tel que nous le connaissons actuellement, ce niveau de prélèvement conduirait rapidement une large majorité de nos exploitations à la faillite », déclare le syndicat.

S’ajoute à cela « le démantèlement de l’intervention » en blé. « Nous perdons les outils qui permettent une gestion durable des marchés », regrette Luc Esprit, qui espérait un compromis moins sévère pour le secteur. Vice-président d’Orama et chef de file de la filière oléagineuse, Xavier Beulin est encore plus gêné par l’approche politique que par le résultat des négociations. « La seule politique communautaire, qui était agricole, est en train de fondre », déplore-t-il. De fait, ces changements risquent de redonner un sérieux poids à la rue de Varenne, détentrice des clés de la fameuse « boîte à outil » voulue par Michel Barnier, ministre de l’Agriculture.

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Une politique qui pourrait desservir le consommateur

« Nous nous dirigeons vers une renationalisation, avec le marché comme seul baromètre pour les agriculteurs et leur filière », estime le responsable. Une orientation qui s’affirme alors que « tout le monde réclame plus de régulation et d’interventionnisme du public pour contenir les excès », ajoute-t-il. Pour Xavier Beulin, cette nouvelle politique, qui s’accompagne d’une volonté d’être « plus vertueux » que les autres agriculteurs au travers d’un cadre réglementaire très strict, pourrait entamer la capacité de production des Vingt-sept et finalement desservir le consommateur. « Il a besoin d’être rassuré mais il a aussi besoin d’une forme de régularité dans ses approvisionnements », rappelle le syndicaliste.

« Incompréhension totale » chez les betteraviers

Moins concerné par le sujet, puisqu’une grande partie de la politique betteravière s’est réglée dans le cadre de l’OCM (Organisation commune de marché) sucre, la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) n’est toutefois pas en reste. « C’est l’incompréhension totale qui prédomine chez les betteraviers à la lecture du compromis final », indique le communiqué du syndicat. Celui-ci regrette que la taxe à la production de 12 euros/t de sucre soit maintenue pour les planteurs, « alors que les sucres importés ne la paient pas ». Or, compte-tenu de la réforme de l’OCM sucre, l’Europe va devenir importatrice nette de sucre. Le syndicat souhaitait donc que le bilan de santé de la Pac mette fin à cette distorsion de concurrence.

Indiscutablement, le compromis bruxellois laisse donc l’ensemble de la filière insatisfaite.