De vastes travaux réalisés par l’Inra montrent le potentiel des grandes cultures en matière de stockage du carbone dans les sols. Pour l'exploiter, l'Inra appelle à encourager certaines pratiques, comme l’agroforesterie et les cultures intermédiaires. La conservation des prairies est par ailleurs essentielle pour piéger le carbone.
« C’est une étude inédite », s’est félicité le président de l’Inra, Philippe Mauguin. L’institut de recherche a rendu, le 13 juin, sa contribution à l’initiative 4/1000. Ce projet, lancé lors de la COP 21, vise à améliorer le potentiel des sols mondiaux en matière de stockage de CO2 pour diminuer l’impact des émissions de gaz à effets de serre sur le réchauffement climatique.
Cette contribution, commandée par l’Ademe et le ministère de l’Agriculture, avait pour objectif à définir la marge de progression des sols agricoles et forestiers français. À l’aide de modèles informatiques, les chercheurs de l’Inra ont analysé les potentiels de stockage additionnels de ces terrains, selon leur occupation et leur nature. Ils ont enfin réalisé une liste de pratiques agricoles à encourager pour exploiter pleinement ce potentiel.
Éviter la destruction des prairies et forêts
Leur conclusion : les sols français (dans l’horizon 0-30 cm) pourraient stocker 5,8 millions de tonnes de CO2 en plus chaque année. Cela représente 1,9/1000 de tout le CO2 déjà stocké par les surfaces agricoles et forestières, et 3,3/1000 si l'on prend en compte seulement les terres agricoles.
Mais le potentiel le plus élevé se trouve dans les grandes cultures : ces terrains pourraient stocker 5,2/1000 de CO2 en plus tous les ans. Les grandes cultures représentent 86 % des gains potentiels en la matière. « Cela s’explique par le fait qu’on part de très bas », explique Sylvain Pellerin, l’un des deux pilotes scientifiques de l’étude.
Les prairies et les forêts atteignent en effet déjà un « haut niveau de stockage de carbone », difficile à améliorer, précise le chercheur. « Pour ces sols, le principal défi est de ne pas détériorer le potentiel. Ce n’est pas gagné, avec l'accélération du retournement des prairies », commente Philippe Maughin.
Développement de l'agroforesterie
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pour atteindre ces objectifs, l’Inra liste une série de pratiques à mettre en place, classées selon leur coût. Les pratiques ayant un « faible coût » ou pouvant occasionner un « gain » pour l’exploitant ne représentent toutefois que 7 % du potentiel de stockage additionnel. C’est le cas de la « mobilisation de nouvelles ressources organiques » ou « l’enherbement des vignobles ».
Les pratiques ayant un coût « modéré », c’est-à-dire entre 0 et 55 euros la tonne de CO2 stockée en plus, représentent 49 % du potentiel de stockage. On peut notamment citer « l’extension des cultures intermédiaires », qui devrait coûter, en moyenne, 39 €/an/ha pour l'agriculteur.
Certaines pratiques ont enfin un coût considéré, par l’Inra, comme « élevé », c’est-à-dire supérieur à 55 € par tonne de CO2 stockée en plus. Parmi ces techniques préconisées par les chercheurs, on trouve le développement de « l’agroforesterie intraparcellaire » (118 €/an/ha), des haies (73 €/an/ha), et de « l’allongement des prairies temporaires » (91 €/an/ha).
Finalement, « la mise en œuvre de pratiques stockantes se traduira par un coût pour l’agriculteur », précise l’Inra, qui appelle donc à la mise en place d’une « politique incitative », s’adaptant aux potentiels de stockage additionnel de chaque région. Ce document devrait être remis au ministère de l’agriculture et pourrait être mobilisé pendant les négociations sur la future Pac.
Les grandes cultures représentent 86 % des gains potentiels
« C’est une étude inédite »