Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a lancé le plan Souveraineté fruits et légumes, le 1er mars, avec un budget de 200 millions d’euros d’argent public pour la première année. Le chantier global vise à augmenter de 5 points la « souveraineté alimentaire » en fruits et légumes dès 2030.
Attendu depuis des mois par les professionnels des fruits et légumes frais et transformés, le plan de souveraineté fruits et légumes a été lancé en grande pompe par le ministère de l’Agriculture le 1er mars, au cinquième jour du Salon international de l’agriculture. Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a annoncé que le plan sera doté de « 200 millions d’euros » (M€) d’argent public en 2023, première année d’un plan « pluriannuel ». L’objectif est « de gagner 5 points de souveraineté en fruits et légumes dès 2030 et d’enclencher une hausse tendancielle de 10 points à horizon 2035 », selon le ministère. Par « souveraineté », le gouvernement fait a priori référence au taux d’autoapprovisionnement.
L’enveloppe sera répartie en deux volets. Un premier volet de « 100 M€ » sera dévolu aux « agroéquipements » (développement des serres décarbonées et abris froids, robotisation, automatisation, équipements économes en eau…). Un deuxième volet du même montant sera dédié à « la recherche et l’innovation » et pourra financer une « panoplie » de sujets possibles (insectes stériles, alternatives aux produits phytosanitaires, renouvellement et modernisation des vergers…). Les fonds seront issus « en grande partie » du plan d’investissement France 2030, a précisé le ministre de l’Agriculture. Cette enveloppe sera par ailleurs complétée des co-financements des professionnels via les appels à manifestation d’intérêt.
« Objectif à 10 ans »
Interrogé sur la durée totale du plan (qui concerne également la filière pomme de terre), Marc Fesneau a répondu être « sur un objectif à 10 ans ». Interrogé également sur le budget global qui sera alloué dans la durée, il a botté en touche indiquant vouloir avant tout « démarrer » le chantier. « J’ai annoncé ce que j’avais à annoncer sur 2023 », a déclaré le ministre durant son intervention à la tribune, soulignant sa volonté de ne pas faire « dans la surenchère budgétaire » mais de « cranter et crédibiliser le plan souveraineté ». « Au fur et à mesure des années […] il faudra qu’on travaille avec d’autres acteurs qui sont importants, je pense aux régions et aux collectivités locales », a-t-il ajouté. Le gouvernement envisage cependant d’allouer une deuxième enveloppe de 200 millions d’euros en 2024, à en croire le dossier de presse qui mentionne « une priorisation des financements de France 2030 à hauteur de 400 M€ sur deux ans ». Se voulant rassurant sur la concrétisation du plan, il a affirmé vouloir un « pilotage fin » dès les prochains jours.
Améliorer la protection des cultures
Durant la présentation du plan souveraineté, les services du ministère ont détaillé les quatre axes du plan et les actions à mener. Le premier axe vise à améliorer la protection des cultures. Pour cela, quatre leviers d’action ont été identifiés, a exposé la directrice générale de l’alimentation Maud Faipoux. Le premier consiste à « recenser et anticiper les difficultés de court et de moyen terme » en s’appuyant sur une « cartographie » faisant « un état de lieux des usages plus ou moins sous tension, qui a vocation à être actualisé » et permettant de « planifier » des réponses pour les usages « en situation d’impasse ou sur le point de l’être ». Le deuxième levier, envisagé pour le « court terme », consiste à « faciliter le recours à certains produits phytopharmaceutiques en attendant de développer des alternatives […] : soit par reconnaissance mutuelle, soit par extension d’usage pour des cultures mineures ou encore en priorisant certaines évaluations ». Les troisième et quatrième leviers consistent enfin à « développer des alternatives aux phytopharmaceutiques » et à « coordonner » les efforts de la recherche publique, privée et des instituts techniques.
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Le deuxième axe du plan vise à dynamiser la consommation de fruits et légumes. Il est prévu de « sensibiliser » le public via « des campagnes de communication » ; de « renforcer l’éducation à l’alimentation » ; de consolider la place des fruits et légumes dans les projets alimentaires territoriaux (PAT) ; et d’optimiser le plan européen fruits et légumes à l’école. « Les derniers chiffres de 2015 montrent que seulement 42 % des adultes et 23 % des enfants atteignent la cible de cinq fruits et légumes par jour […] L’objectif de ce plan est qu’en 2030, deux tiers des Français atteignent cette recommandation », a indiqué Maud Faipoux.
Plus de compétitivité et de recherche
Concernant le troisième axe du plan sur l’amélioration de la compétitivité et l’investissement, plusieurs actions sont à mener au-delà de celles mentionnées par le ministre (voir plus haut). Il faut notamment faire « un travail sur la relocalisation des outils de stockage, l’optimisation des chaînes logistique à l’aval, sur le conditionnement et la transformation », a exposé Philippe Duclos, représentant de la direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE). Il faut également « renforcer la structuration et l’organisation économique de la filière » pour améliorer « la capacité à aller chercher des fonds européens à travers les programmes opérationnels », en particulier « dans les outre-mer ». De plus, il faut renforcer la « capacité collective de suivi des indicateurs de marché », là encore « pour les filières ultramarines » mais aussi « pour les filières biologiques », a précisé Philippe Duclos. « Tous ces travaux s’inscrivent dans un contexte de nécessaire adaptation au changement climatique », a-t-il ajouté.
Le dernier axe du plan englobe la recherche, l’innovation, l’expérimentation et la formation. Le directeur général de l’enseignement et de la recherche, Benoît Bonaimé, a souligné la nécessité de « travailler sur des objectifs de reconception de systèmes de production » qui prennent en compte une complexité de problématiques, ce qui induit « des projets plus conséquents de R & D ». Il a annoncé le déploiement d’« une offre spécifique de formations, y compris de formation continue », avec un travail spécifique sur deux points : le « renouvellement des générations » et « les compétences de l’adaptation au changement climatique ». Enfin, une « cellule d’animation » chapeautée par le CTIFL et l’Inrae permettra de « garantir que les travaux avancent » et « de faire travailler l’ensemble des acteurs ensemble, pour déposer les bons projets, au bon moment et sur les bons guichets ».