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Conjoncture Les IAA à nouveau prêtes à investir

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Divine surprise : une forte majorité d’industriels de l’agroalimentaire ont des vrais projets d’investissements pour cette année. Contrairement aux années 2003-2005 et même à l’année dernière, les prévisions sont positives pour 2008 tant pour acquérir de nouveaux matériels ou créer des lignes de conditionnement que pour s’approvisionner en emballages. Pris dans le ciseau des hausses de coûts (matières premières, énergie, entre autres) et d’un nouveau durcissement de la position des acheteurs de la grande distribution qui ne croient pas possible d’imposer des relèvements de prix à un consommateur récalcitrant, les entreprises agroalimentaires ont donc compris que l’impératif absolu pour elles est de dégager de la productivité supplémentaire. Ce qui ne peut se faire le plus souvent sans investir.

Les industriels de l’alimentaire et des boissons sont en majorité prêts à se lancer dans de nouveaux investissements dès 2008. Le fait est corroboré par plusieurs enquêtes, celle habituelle de l’Insee et deux séries de questionnaires réalisés tout récemment par le salon IPA et en fin d’année dernière par le Salon de l’emballage.

Selon la dernière enquête trimestrielle de l’Insee sur les prévisions d’investissements dans l’industrie, les chefs d’entreprises du secteur agroalimentaire ont relevé au cours de ces derniers mois leurs intentions d’investir. Alors qu’ils estimaient avoir réduit de 2 % leurs budgets d’équipement en 2007, ce qui s’avère moins pessimiste que leur pronostic de -8 % fait un an plus tôt, ils avaient une vue plus positive pour l’année 2008. En octobre dernier, ils tablaient sur une évolution de +4% et en janvier leur prévision a été relevée à +6 %. En attendant que l’Insee ne constate (en avril prochain) ce qui aura été effectivement réalisé, on peut espérer que l’année qui vient compense en effet le repli de 2007, qui succédait lui-même à semi-rattrapage de +11 % en 2006 Cf Agra alimentation n°1983 du 26.07.07 par rapport à trois mauvaises années antérieures (-9 % en 2003, -6 % en 2004 et -10 % en 2005).

Relatif optimisme des acheteurs d’équipements

Le contexte économique plutôt morose ne décourage pas les professionnels des IAA, clients par définition des équipementiers et des fabricants d’emballage dont beaucoup seront exposants à IPA l’automne prochain. C’est ce que révèle une « enquête minute » réalisée pour la première fois par les organisateurs du salon international du process alimentaire qui aura lieu du 17 au 20 novembre à Paris Nord Villepinte.

Un contexte jugé stable

Sur un échantillon Les répondants relèvent de tous les secteurs : produits laitiers (21 %), carnés et poissons (13 %), boissons (13 %), fruits et légumes (9,5 %), boulangerie-pâtisserie (7,5 %). Il s’agit d’entreprises françaises à 71 %, européennes pour 16 %, et du reste du monde pour 13 % d’entre eux. de quelque 400 professionnels français et internationaux interrogés le mois dernier, 67 % d’entre eux ont affirmé avoir des projets d’investissements en 2008. S’ils se projettent ainsi de façon raisonnablement optimiste, c’est qu’ils ne se laissent pas paralyser par les propos parfois catastrophistes des experts en conjoncture. En fait, près de la moitié (42,5 %) des industriels croient à une conjoncture plutôt stable à court terme et qui sera appelée à le rester dans les deux à trois ans qui viennent. Mais près d’un tiers d’entre eux pensent qu’elle sera plutôt bonne au cours de l’année 2008.

D’une façon générale, les groupes internationaux sont plus optimistes à moyen et long terme : 41,5 % des étrangers pensent qu’elle sera plutôt bonne à moyen terme et 46 % qu’elle le sera également à plus long terme.

Dès lors, c’est une très grosse majorité (67 %) qui affiche des intentions d’achat d’équipements, ces investissements devant se répartir équitablement entre le premier et le second semestre. Le montant total des investissements prévus est plutôt élevé puisque 46 % des répondants pensent qu’il dépassera pour chacun d’eux la barre des 200 000 euros.

Améliorer les process

En majorité, ces investissements se feraient sur des équipements de process (58,5 %) puis sur des machines de conditionnement d’emballages primaires (34,5 %), tertiaires (29,5 %) et secondaires (26 %). Ces tendances sont identiques qu’il s’agisse d’entreprises françaises ou de groupes internationaux.

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En ce qui concerne les outils industriels, 46,5 % des professionnels de la filière considèrent que le cycle des investissements reste plutôt stable, avec une durée moyenne de renouvellement des grosses unités de production qui se situe autour de 11 à 12 ans.

Impératifs financiers

A quelle motivation répondent ces projets ? Pour l’essentiel, le renouvellement des équipements répond à des impératifs financiers : il s’agit dans 90 % des cas d’obtenir des gains de productivité, mais aussi, pour dans les trois quarts des réponses, des dépenses d’équipements seront engagées pour améliorer la flexibilité des outils de production et dans 68 % des cas pour pouvoir diversifier les gammes de produits. Du coup, même si elles demeurent présentes, on voit passer au second plan les préoccupations de type social : l’amélioration de la sécurité du personnel ressort dans 67,5 % des réponses, et une meilleure ergonomie et facilité d’emploi dans 63 %.

Les objectifs du développement durable, en revanche, sont très nettement pris en compte dans les décisions d’investissements. Cet engagement se traduit principalement dans le domaine des économies d’énergie (72,3 %) ou d’une réduction des consommations d’eau et de fluides (60,5 %). Viennent ensuite l’optimisation des flux de transport et le traitement des rejets toxiques (35 %).

L’emballage compte bien sur l’alimentaire

Les leçons tirées par IPA de son « enquête-minute » convergent aussi avec la dernière enquête réalisée en novembre dernier par l’Observatoire de l’emballage. Les acheteurs d’emballage qui proviennent majoritairement de l’industrie alimentaire partageaient avec leurs fournisseurs un relatif optimisme. Au total, pour 378 professionnels (dont 238 acheteurs), l’alimentaire et le conditionnement des liquides (boissons) étaient cités comme le deuxième secteur le plus porteur derrière les cosmétiques pour l’industrie de l’emballage. Dans l’alimentaire proprement dit 57 % des industriels acheteurs prévoyaient une croissance de leur activité (et 45 % de leurs fournisseurs) ; dans le secteur des boissons la proportion était moins élevée et surtout inversée (39 % et 42 %). Et pour les constructeurs d’équipements, les réponses étaient beaucoup plus optimistes encore et plaçaient vraiment l’alimentaire en tête de leur confiance dans les mois à venir : à 66 % ils s’attendaient à une croissance des besoins de matériels dans l’industrie alimentaire, à 44 % seulement ils faisaient ce type de pronostic pour l’industrie des boissons alors que pour leurs autres secteurs industriels clients la proportion tournait autour de 30 à 35 %.

L’exportation devrait tirer l’activité, si l’on en croit la majorité des acheteurs (58 %) comme des fabricants d’emballage (56 %) et des équipementiers (52 %). Pour ces derniers, ce sont les lignes d’embouteillage et les équipements de fin de ligne qui devraient le plus s’exporter.

Quant aux matériaux les plus porteurs, si le papier-carton conserve la plus grande part du marché dans les emballages, c’est le plastique qui obtient les plus grandes perspectives d’achats à moyen terme.

Développement durable

Enfin, et ceci corrobore les thématiques relevées dans l’enquête d’IPA, l’aspect qualitatif de la croissance joue un grand rôle dans la R&D et sert de véritable ressort pour innover. Parmi les facteurs d’innovation, les industriels utilisateurs d’emballage comme d’ailleurs leurs fournisseurs placent en tête le développement durable et l’éco-conception des produits. Ceux-ci sont suivis de la réglementation et de la normalisation, puis de l’évolution vers des modes de consommation différents (nomade,…) et vers les nouveaux circuits de distribution (hard discount, vente à distance).

* Pris dans le ciseau des hausses de coûts (matières premières, énergie, entre autres) et d’un nouveau durcissement de la position des acheteurs de la grande distribution qui ne croient pas possible d’imposer des relèvements de prix à un consommateur récalcitrant, les entreprises agroalimentaires ont donc compris que l’impératif absolu pour elles est de dégager de la productivité supplémentaire. Ce qui ne peut se faire le plus souvent sans investir.