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Commerce international Les IAA présentes à Hong Kong en ordre dispersé

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Bruxelles vit, le temps d’une semaine, une délocalisation particulière et temporaire : une vague d’aspiration vers Hong Kong et la ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce. Si l’industrie agroalimentaire française et européenne est présente massivement durant cette semaine de négociation cruciale, elle est loin d’être rangée en ordre de bataille. Face au risque d’une liste de produits sensibles très limitée mais problématique pour les produits transformés, chacun joue sa propre carte. Face à la perspective de contreparties limitées aux concessions européennes sur le volet agricole, chacun pousse ses demandes d’accès aux marchés.

Les industries agroalimentaires ont bien du mal à trouver des positions communes face à l’OMC. Au sein même des fédérations, les secteurs sont parfois arrivés à Hong Kong, le 13 décembre, en ordre dispersé pour défendre leurs intérêts. Pour autant, quelques sujets font consensus et sont défendus par l’ensemble des lobbyistes présents à la ministérielle qui va se clôturer le 18 décembre.

Les entreprises agroalimentaires plébiscitent tout d’abord le principe d’un accord multilatéral. Elles dénoncent cependant toutes l’absence d’équilibre entre les négociations agricoles et celles des autres volets de l’accord négocié dans le cadre du cycle de Doha.

Restitutions

Au premier rang, tous les secteurs sont préoccupés par la fin annoncée des restitutions à l’exportation qui, pour l’heure, compensent le différentiel de prix entre les matières premières agricoles au sein du marché communautaire et les cours mondiaux. Elles annoncent pour la plupart des pertes de marchés à l’exportation. Et demandent donc un calendrier de démantèlement des restitutions le plus long possible et le plus progressif possible.

Au second rang des préoccupations, l’accès au marché. Les industriels se battent pour maintenir des droits spécifiques. Ils veulent que la conversion tarifaire des droits spécifiques en droits ad valorem ne soit que temporaire et uniquement à des fins de détermination des bandes tarifaires.

Pays émergents

Les industries agroalimentaires cherchent aussi à sortir de l’opposition entre les pays développés et pays pauvres. Elles estiment que les pays émergents comme l’Inde ou le Brésil doivent, eux aussi faire des efforts, et ce aussi dans l’intérêt des échanges sud - sud.

Reste les soutiens internes à l’agriculture. Les transformateurs défendent le principe d’aides aux agriculteurs tant qu’elles ne provoquent pas de distorsion de marché. Ils défendent enfin, avec plus ou moins de conviction, des avancées dans les négociations sur les indications géographiques, au point mort depuis des années.

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Industrie agroalimentaire
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Passées ces lignes générales, chaque secteur de l’agroalimentaire défend des intérêts particuliers. Les plus actifs sont sans aucun doute les représentants des fabricants de produits amylacées, des produits riches en sucre (chocolat, biscuits, soft drinks, etc.) et de produits laitiers, les plus exposés.

Produits sucrés

Il faut dire que confiseurs, chocolatiers et biscuitiers ont évalué à 1,2 milliard le manque à gagner, pour eux, de la perte des restitutions à l’exportation. Elles représentent en moyenne 9 % de leurs prix à l’exportation. La mission des lobbyistes de ces secteurs est simple : éviter à tout prix que le sucre, la matière première essentielle de leurs produits, ne soit classé parmi les produits sensibles. Sinon, ils réclament eux aussi le classement de tous leurs produits dans la catégorie, ce qui paraît impensable compte tenu du nombre limité de lignes tarifaires devant faire l’objet de ce statut. Faute d’une telle perspective, ces secteurs craignent la concurrence des pays tiers sur le marché européen, facilitée par la baisse des droits d’accès, sans chute des cours du sucre sur le marché intérieur du fait du maintien de la protection aux frontières.

Produits laitiers

L’enjeu est tout aussi fort pour les industries laitières. Alors qu’elles estiment déjà difficile de s’adapter à la réforme de la Pac de 2003, elles demandent des mécanismes de sauvegarde pour assurer leur survie. Les restitutions à l’exportation ne peuvent pas être éliminées tant que le système de quotas actuel est maintenu. Les opérateurs se disent prêts à faire face à des réductions des protections douanières tant que ces efforts leur donne en retour un meilleur accès aux pays tiers. Mais ils estiment nécessaire le maintien d’une certaine flexibilité au sein de chaque bande tarifaire afin de permettre aux produits comme le beurre de tirer leur épingle du jeu. En tout état de cause, le secteur refuse toute remise en question de la Pac dans sa version 2003. Les experts européens tablent sur une chute des prix du beurre et des fromages de l’ordre de 5 à 10 %, en cas d’accord.

Produits à base de viande

Autre secteur particulièrement actif mais apparemment divisé : l’industrie transformatrice de viande. Dans ce domaine, la Commission européenne reconnaît être parvenue aux limites de son mandat. Ses dernières propositions provoqueraient une augmentation des importations de viande de bœuf de l’ordre de 0,5 à 1,3 million de tonnes. Et une chute de prix de l’ordre de 10 %. C’est pourquoi certains transformateurs n’hésitent pas à demander à Bruxelles de nouvelles concessions pour favoriser les importations et la chute des cours. Cette position ne fait pas l’unanimité. D’autres estiment que la Commission néglige de prendre en compte le coût de la sécurité alimentaire dans ses calculs, quelque 10 milliards d’euros pour la filière.

Vins et spiritueux

A contre-pied de ces dernières préoccupations, les fabricants de spiritueux. Face à des barrières douanières exceptionnelles, ils réclament leur réduction et, là où cela est possible, leur élimination. Ils demandent à l’OMC une démarche équivalente pour les barrières non tarifaires comme les quotas d’importation, les licences, les standards et les règles d’étiquetages arbitraires. Le secteur des vins et spiritueux a aussi un intérêt particulier dans la défense des indications géographiques. Il demande un registre multilatéral des indications géographiques et l’intensification du combat contre la contrefaçon. Cette dernière coûterait entre 600 et 900 millions d’euros au secteur, selon les fabricants. Pour les accès aux marchés, ils ciblent quelques pays en particulier comme la Colombie, la Corée, l’Inde, la Malaisie, la Thaïlande et les pays Mercosur.