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Porcs Les industriels de la charcuterie peinent sur leur stratégie export

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La Fict (Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs, transformateurs de viandes) a annoncé une rentabilité en dessous de zéro pour l’année 2012, lors d’une conférence à Paris le 18 juin. L’occasion de rappeler que les propositions de sortie de crise (crédit d’impôt, étiquetage) méritent d’être poursuivies.

«La charcuterie française n’arrive toujours pas à s’exporter. Il nous manque ce relais de croissance », a déclaré Robert Volut, président de la Fict (Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs, transformateurs de viandes) lors d’une conférence à Paris le 18 juin. Entre 2011 et 2012, les ventes à l’extérieur ont reculé de 4,1%, alors qu’elles ne représentent déjà que 7% de la production nationale. La demande chinoise atteint des niveaux majeurs, mais « 83% des exportations UE restent exclusivement sur les marchés de l’UE ». Néanmoins, la première délégation chinoise qui visitera six industries de la charcuterie française est attendue début juillet par la filière. L’objectif est de valoriser les produits et le savoir-faire français en vu d’ouvrir des marchés vers le géant asiatique. Pour rappel, le seul produit français qui peut partir vers la Chine, le Japon ou la Corée est la viande. Les charcuteries n’ont pas encore leur place dans les caddies des consommateurs asiatiques. Concernant la stratégie à l’export, Robert Volut ne se voile pas la face : « Quand les abattoirs français vendent en Chine, ça va dans les charcuteries locales qui transforment à leur tour ces viandes ». Tout l’enjeu serait donc de les transformer en France pour les envoyer ensuite sur les marchés pays tiers.

Savoir-faire en danger

Vouloir transformer en France pour exporter de la valeur ajoutée requiert un maintien et un transfert du savoir-faire. Or, les professionnels de la filière depuis les élevages jusqu’aux industriels sont loin d’être rassurés sur le renouvellement des générations dans leurs métiers. « Il y a énormément de fermetures et de pertes d’emploi dans la filière. On n’en parle pas, mais les plus concernées sont les petites et les moyennes entreprises », déplore Robert Volut. Gad, industriel charcutier breton en redressement judiciaire, est un acteur majeur, mais n’est pas le seul touché par la crise. La Fict rappelle qu’en 2006, l’industrie employait 36 000 personnes. En 2012, ce chiffre est passé sous la barre des 34 000 personnes. Les licenciements ont été particulièrement concentrés entre 2011 et 2012 : 1 000 emplois ont ainsi été supprimés. Mises bout à bout, ces fermetures sont en train de devenir le symbole de la perte du savoir-faire français en charcuterie.

Paradoxe économique

Face à une morosité ambiante au sein de la filière, les consommateurs français ne désertent pas les rayons des supermarchés. La consommation à domicile de charcuterie augmente de 1,7% en 2012, la production de 2,4% et le chiffre d’affaires de 5,6%. « La situation est paradoxale, analyse Robert Volut, car la rentabilité, elle, est en repli ». D’un côté la consommation est dynamique, de l’autre les industriels sont en train de poser un genou à terre face au manque de rentabilité de leurs outils de travail. Pour les professionnels, la distribution est en grande partie responsable. « La GMS ne veut pas reconnaître la réalité de ses fournisseurs », répète le président de la Fict.
Les relations commerciales des distributeurs, d’une part avec les éleveurs pour la viande fraîche, et de l’autre avec les industriels pour la charcuterie, restent problématiques et la revalorisation du prix une priorité. Cette situation mène les industriels à un paradoxe : « La marge nette de l’industrie charcutière, indispensable à l’investissement et donc au développement, est en baisse de 1 point en 2012 », déplore Robert Volut. Dans le cadre de la Loi de la consommation proposée par Benoît Hamon au premier semestre 2013, douze indices des pièces de viandes de porcs devraient être pris comme référence pour rouvrir les négociations commerciales en cours d’année. Un grand pas pour la filière : ces indices se rapprochent de la réalité des variations du coût de production des industriels.

Sortie de secours entrouverte

Les propositions de sortie de crise ne manquent pas. Pour la Fict, les pouvoirs publics ont initié un certain nombre de mesures allant dans la bonne direction. « Le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) va dans le bon sens », souligne Robert Volut. Pour les industriels de la charcuterie, les estimations tablent sur une économie de 4% de la masse salariale, soit 40 millions d’euros. L’initiative est donc appréciée, mais Robert Volut reste sur ses gardes : « D’un côté nous pourrions faire des économies grâce au CICE, mais de l’autre, nous estimons que l’écotaxe nous ferait perdre près de 10 millions d’euros ». Pour rappel, l’écotaxe poids-lourds doit entrer en vigueur le 1er octobre prochain. Reste la question de l’étiquetage qui oppose les éleveurs et les industriels. Pour les premiers, l’étiquetage de l’origine des viandes est une proposition qui participera à la sortie de crise : ils veulent le rendre obligatoire. Pour les seconds, l’étiquetage proposé par la filière manque de contenu : ils ne souhaitent pas le rendre obligatoire. Robert Volut lâche : « La qualité de la viande française, c’est ni plus ni moins la qualité de la viande en Haute-Rhénanie ou du bassin Catalan ». La seule qualité française, véhiculée par la mention de l’origine, ne suffira donc pas à soutenir la marque VPF (viande porcine française). Pour rappel, les industriels de la charcuterie sont montrés du doigt par les éleveurs qui leur reprochent d’acheter des viandes piécées espagnoles notamment. Pour la FNP (Fédération nationale porcine) et pour Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, le travail a déjà commencé : l’étiquetage devrait s’orienter vers un cahier des charges plus complet (origine, conditions sociales, technicité).

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