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Aviculture/Prospective Les industriels de l’aviculture estiment avoir les moyens de redevenir compétitifs

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La filière avicole française est en mesure de rebondir et de maintenir son rang dans le concert international, en dépit d’une conjoncture très difficile et d’une actualité qui n’incite guère à l’optimisme. Tel est le message d’espoir qu’a voulu faire passer, Gilles Huttepain, président de la Fédération des industries avicoles, lors de son assemblée générale, le 21 juin dernier. Sans masquer les faiblesses de la filière, les différents intervenants lors de cette assemblée, ont souhaité dépasser les simples diagnostics et passer à l’action. « Il ne faut pas en rester au stade des power points, mais réellement aller de l’avant » a jugé Véronique Borzeix, représentant la direction générale des politiques agricoles au ministère. Chiche, lui a répondu le président de la FIA, « car nous avons vocation à être un leader européen».

La FIA veut défendre ses 30.000 emplois, ses 6 milliards de chiffre d’affaires, affirme le président de la FIA. Nous sommes prêts à nous remettre en cause, mais tous, œuvrons pour arriver à développer la volaille française ». Les défis sont nombreux, car la France souffre d’un certain nombre de handicaps, rappelait en introduction, Pascale Magdeleine, de l’Itavi. « Notre pays compte le plus grand nombre d’exploitations avicoles et pâtit de la petite taille qui en découle. De même, elle souffre du faible renouvellement de parc des bâtiments d’élevage ». En dépit de ces performances techniques moyennes médiocres, elle reste concurrentielle sur le vif (80, 4 euros par kilo, contre 82,1 en Allemagne, mais 78,5 aux Pays Bas) mais perd cet avantage sur les coûts aval. Les coûts d’abattage ressortent à 40 cts d’euros par kilo en France contre 30 en Allemagne et aux Pays Bas, si bien que le prix total général du kio mort, ressort à 155 centimes dans l’hexagone, contre 147 pour les Allemands et 142 pour les Hollandais. La différence se fait sur des coûts de main d’œuvre pouvant aller du simple au double, et le manque d’automatisation et la largeur des gammes produites, ce qui implique plus de personnel employé et donc grève les coûts de production. Les exigences de la grande distribution pour des gammes de plus en plus larges mais qui répondent à une évolution de la consommation (les produits élaborés représentent 26% des achats en 2011, contre 15% en 1998) conduisent à des stratégies de différenciation excessives, artificielles et coûteuses.

Des motifs d’espérer
« Le bilan n’est certes pas réellement positif, doit-on pour autant tous fermer ? », interpelle Gilles Huttepain qui répond bien évidemment par la négative. Des éléments positifs existent. Depuis trois ans, selon l’Itavi, la production redémarre. Les jeunes éleveurs qui s’installent investissent dans des bâtiments plus performants. Les producteurs français regagnent des parts de marché sur le grand export, ce qui est largement imputable aux restitutions européennes. La FIA entend bien se mobiliser pour défendre ce système tout en reconnaissant qu’une réflexion pourrait s’engager sur ses modalités de leur attribution directement aux entreprises, une pratique qui peut choquer le grand public. Elles sont toutefois indispensables pour conserver, notamment les marchés des pays arabes et du Moyen Orient, face à la concurrence agressive de pays comme le Brésil. Il y a également une large prise de conscience de l’ensemble de la filière pour travailler de concert.

Des propositions à concrétiser
Des comités de liaison se sont mis en place au sein de l’interprofession, et un plan d’actions élaboré par trois groupes de travail mis en place par FranceAgriMer a été validé le 18 juin. Ils reste désormais à concrétiser les propositions faites. Cela nécessitera de mobiliser largement au-delà de l’interprofession. Ainsi, il faudra emporter l’adhésion de la grande distribution pour qu’elle accepte de « partager avec l’aval une partie des déséquilibres que la production nationale rencontre face à ses concurrents européens » suggère Daniel Sauvaget, président du comité volaille de FranceAgriMer. Ce qui implique de construire un partenariat technique avec la GMS, à l’image de ce qui existe chez nos voisins, pour adapter l’offre à la demande de celle-ci en recherchant des économies d’échelle et de gammes. Il faut également analyser de concert, les circuits d’importation en France, tant au niveau de la distribution que de la transformation, et démontrer qu’il existe des avantages plus compétitifs que le simple prix, mais reposant sur la qualité.

Associer les administrations
Pour Gilles Huttepain, la défense de l’inscription de l’origine France non seulement sur les volailles, mais sur tous les produits qui en sont issus, doit être un objectif prioritaire. Les relations avec l’administration doivent également gagner en efficacité. L’un des points majeurs porte sur une uniformisation des pratiques administratives sur l’ensemble du territoire, une stabilisation des réglementations et une remise à plat de celles concernant la protection de l’environnement. Il faut accepter une augmentation des élevages pour les porter de 1 800 à 5000 m2, tout en conciliant les exigences environnementales et les réalités économiques. Une réflexion avec les pouvoirs publics doit également s’engager sur l’abattage rituel, la protection et le bien-être animal tant dans les élevages que lors du transport, l’utilisation des graisses animales dans la fabrication d’aliments (en concertation avec les industries de l’alimentation animale privée ou coopérative) ou la répartition sur le territoire des abattoirs. « La plupart de ces propositions, vous devez les faire vivre dans les interprofessions. L’Etat sera là si vous avez besoin d’appui. Mais l’essentiel du travail est pour vous », avait fait remarquer au préalable, Véronique Borzeix.

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