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Réglementation européenne/Allégations de santé Les industriels des compléments alimentaires effrayés par la nouvelle réglementation

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Le règlement européen établissant une liste des allégations de santé autorisées aura des conséquences négatives pour le secteur des compléments alimentaires qui ne pourra plus investir dans l’innovation et pour le consommateur qui ne pourra plus disposer d’une « information utile ». Ce cri d’alarme de l’industrie des compléments alimentaires, relayé par ses membres belges de Naredi (Fédération belge de l’industrie et du commerce des compléments alimentaires, des produits naturels, de réforme et de diététique), voudrait interpeller les autorités européennes et belges et leur demander de revoir d’urgence la mise en œuvre actuelle du règlement sur les allégations de santé afin de stopper son « impact néfaste » sur le secteur des compléments alimentaires.

Depuis le 14 décembre 2012, date de l’entrée en vigueur du règlement 432/2012 établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires, il ne sera plus possible de communiquer au consommateur sur les éventuels bienfaits pour la santé d’une grande proportion de compléments alimentaires, ce que déplorent les responsables de Naredi, l’industrie belge des compléments alimentaires. Ceux-ci précisent que l’emballage ne pourra plus présenter « que des allégations de santé dont la véracité aura été établie par la méthode de l’Efsa », l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Les industriels craignent, « une dérive » due à ce qu’ils considèrent comme une « perte d’informations utiles », laissant le consommateur « sans boussole ». Et de se demander ce que ferait alors le consommateur démuni « d’une information juste et complète ? Eh bien, il va sans aucun doute « s’informer par lui-même », moyennant des efforts supplémentaires ! Une démarche qui n’est pas sans danger, avertissent les industriels « car l’information circulant librement sur Internet n’est pas toujours correcte ».

« Près d’ un quart des emplois » menacé selon l’industrie

Ce qui est encore pire aux yeux de Naredi c’est le « préjudice considérable pour les entreprises du secteur des compléments alimentaires ». Ses responsables prévoient une « diminution drastique de l’innovation et de la recherche ». Ils estiment que sans moyens de communication en direction des consommateurs, les fabricants de compléments ne voudront plus investir pour des allégations de santé qui seront désapprouvées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). En d’autres termes, le potentiel économique du secteur des compléments alimentaires , « au sein duquel figure une majorité de PME », sera immanquablement réduit. D’ailleurs, disent ces industriels, « les études d’impact économique, menées aussi bien au niveau de l’UE que de la Belgique, montreraient, selon eux, « qu’à échéance de 12 mois, 18 à 25 % des emplois seraient directement menacés par l’application du règlement sur les allégations de santé ». (1)

Pour une autre méthode d’évaluation pour les nutriments complexes

L’industrie des compléments alimentaires tire à boulets rouges également sur les méthodes d’évaluation de l’EFSA. À ses yeux, ce serait majoritairement des « vitamines et des minéraux » auxquels l’Autorité aurait concédé des allégations génériques. Les industriels estiment que « seules 5 % des allégations introduites par les Etats membres pour validation en tant qu’allégations de santé ont été évaluées à la présence de vitamines et de minéraux ». Une preuve ? Ainsi les nouveaux ingrédients, comme par exemple le co-enzyme Q10 qui aurait pour principe actif de soutenir la production d’énergie ou encore la lutéine pour la santé de l’œil, n’auraient obtenu selon les industriels, « aucune allégation ». Tout comme d’ailleurs les allégations pour l’ensemble des probiotiques dont, disent-ils, « les études scientifiques inter-régionalement reconnues ont été réfutées ». Les responsables de Naredi considèrent que pour tous les autres nutriments, « une autre méthode d’évaluation s’avère aujourd’hui nécessaire ». Ils rappellent qu’au niveau des discussions du règlement sur les allégations de santé au Parlement européen, « de nombreuses questions ont été posées sur l’organisation et les méthodes d’évaluation appliquées par l’Efsa ». Sans vouloir mettre en doute l’expertise des scientifiques de l’Autorité sur les simples vitamines et minéraux, ils considèrent toutefois que l’expertise de l’Autorité européenne est « inadaptée pour les nutriments plus complexes ». Dit d’une manière plus directe, « il existe des experts reconnus dans la plupart des États membres et leur compétence est à la disposition de la Commission européenne ». En somme, il suffirait à cette dernière d’y faire appel...
 
(1) Pour appuyer ses thèses, l'industrie des compléments alimentaire se plaît volontiers à citer notamment l'étude de Brookes G, 2010, « Economic Impact Assessment of the European Union's Nutrition & Health Claims Regulation on the EU food supplement sector and market ».

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