Avec un cours du kilo de porc vif à 0,907 euro fixé lundi 8 décembre (1,041 euro sur l’année 2003), la crise porcine s’enlise, et les industriels spécialistes de l’abattage et de la découpe n’échappent vraiment pas au marasme.
« 2003 sera un très mauvais cru pour toute l’industrie » du secteur, estime Bernard Marchand, directeur général du groupe morbihannais Floch et Marchand, et président de l’Union bretonne des abatteurs de porcs (UBAP). « Nettement plus mauvais » qu’en 2002, a-t-il ajouté, lorsque le cours annuel payé au producteur par le marché du porc breton (MPB) de Plérin dans les Côtes-d’Armor s’était fixé à 1,102 euro sur l’année contre 1,451 euro en 2001. Les centres de gestion estiment le coût de revient moyen d’un kilo de porc vif à 1,36-1,38 euro.
L’économie porcine est ainsi faite que le prix de vente du kilo vif, loin d’être un simple indicateur de marché donne le « la » pour l’ensemble de la filière. Lorsque le cours est bas comme aujourd’hui, les abatteurs et découpeurs n’ont plus de marge. « Beaucoup d’opérateurs sont dans le rouge », atteste Bernard Marchand. Pour ce qui concerne le groupe qu’il co-dirige avec son partenaire de toujours, Jean Floch, il indique : « Nous devrions être légèrement négatifs » , sans donner plus de précisions.
Le plus puissant des groupes bretons dans le porc, le coopératif Cooperl-Hunaudaye à Lamballe dans les Côtes d’Armor annonce que son résultat « sera positif mais réduit à 0,3-0,4 % contre 1,2 % l’année dernière, confie le directeur général Jean-Claude Commault. A ce niveau là, on reconstitue tout juste le cash-flow » .
Une crise européenne
L’un et l’autre font part de leur impuissance face à une crise désormais européenne. Ce que confirme le MPB dans sa note de conjoncture de novembre : « Autant à différentes reprises, le MPB et ses groupements de producteurs apporteurs ont refusé la baisse, (…), autant cette fois la pression étrangère a eu raison des choix régionaux de limiter tant que possible la baisse des cours » . La comparaison des chiffres d’abattage des marchés de l’Union démontre en effet « qu’il ne s’agit pas d’un problème de consommation, mais d’un surplus d’offre avec une croissance d’activité forte en Allemagne et en Espagne », poursuit le MPB.
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Les industriels interrogés en Bretagne estiment, eux, que c’est la conjonction des deux – sur-offre et consommation en panne – qui contribue à écraser les cours. « I l y a actuellement trop de tout sur le marché, trop de viande bovine, trop de viande de volaille» , constate Jean-Claude Commault. Selon ce dernier, même la grande distribution (40 % des débouchés des abattoirs découpeurs, autant que le débouché de la salaisonnerie) ne sait comment réguler cette situation. Les promotions ne suffisent plus à convaincre les clients à revenir vers la viande de porc.
Politique choisie par les industriels : faire tourner à plein leurs chaînes d’abattage pour écraser les coûts, plus importants depuis le début 2003 (cinquième quartier, taxe sur l’équarrissage).
« Nous dégageons les porcs de nos adhérents plutôt que de les laisser grossir dans les élevages et alourdir le marché», tôt ou tard, souligne M. Commault. Les deux abatteurs interrogés disent travailler sur les mêmes bases de 2002. Cooperl-Hunaudaye a même progressé de 4 à 5 % en 2003, au détriment des autres entreprises. Explication de M. Commault : « Les conditions économiques que nous offrons sur le coût de l’aliment et les primes à la qualité, en moyenne de 5 centimes d’euro par kilo sur l’année attirent les producteurs» .
A s’enliser ainsi, la situation risque de devenir explosive si rien ne change. Les deux dirigeants ne cachent pas leur pessimisme. Le premier estime que les cours ne se redresseront pas avant février au moins. « Tôt ou tard l’effet mortel de la canicule dans les élevages devrait se voir sur le marché. Et puis il suffit parfois d’un hiver rude pour que la consommation reparte ». Tous deux espèrent également que l’Europe entendra la profession sur des mesures de stockage privé et l’octroi de restitutions à l’exportation supplémentaires pour dégager le marché. Sinon… producteurs et industriels boiront la tasse.