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Nutrition Les industriels européens s’efforcent de reformuler les produits alimentaires

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Désireux de montrer qu’ils apportent leur pierre à la lutte contre l’obésité et en faveur d’une alimentation saine, les industriels de l’agroalimentaire travaillent à reformuler la composition nutritionnelle des aliments et à offrir au consommateur européen un éventail plus large de produits adaptés à des régimes alimentaires et modes de vie de plus en plus différenciés. La CIAA (Confédération des industries agroalimentaires de l’UE) a cherché à faire connaître ces efforts en organisant un débat sur les initiatives entreprises par l’industrie en Europe. Au centre des débats: l’acceptation des produits reformulés par les consommateurs, principaux intéressés, mais aussi la préoccupation des industriels sur le risque qu’il y a de brûler les étapes sans prendre garde au handicap possible par rapport à la concurrence, comme le souligne l’interview ci-après.

Représentants de l’industrie, institutions européennes, chercheurs scientifiques, décideurs politiques, représentants des consommateurs et journalistes: ils avaient tous été réunis par la CIAA le 11 mai à Bruxelles pour débattre et échanger leurs points de vue sur « les succès et défis » des mesures visant à réduire ou à remplacer certains ingrédients dans les produits alimentaires que consomment les Européens au quotidien en vue de tenter d’enrayer et de prévenir ce phénomène qu’est l’obésité en Europe. L’industrie agroalimentaire européenne a mis les petits plats dans les grands afin d’illustrer les efforts qu’elle déploie pour apporter sa contribution aux travaux de la Plateforme européenne d’action en matière d’alimentation, d’activité physique et de santé. Elle s’est appliquée à montrer, documentation et stands de démonstration à l’appui (1), que l’industrie alimentaire « travaille activement à la réduction volontaire » de certains ingrédients tels que le sel, les graisses ou le sucre dans l’alimentation, tout en veillant, souligne-t-elle, « à ce que les aliments restent attrayants en termes de saveur, de texture et d’apparence et en garantissant les normes les plus strictes en matière de sécurité et de stabilité alimentaire ». Selon une étude conduite par le consultant, « Apco Insight », la reformulation volontaire des produits alimentaires serait en marche au sein de l’UE et les résultats engrangés jusqu’ici seraient encourageants: quelque 83 % des entreprises membres de la CIAA auraient à ce jour innové en matière de composition nutritionnelle entre 2004 et 2007 en ce qui concerne les teneurs en graisses saturées, en sel et en sucre. Wayne Morley, directeur de l’unité «innovation alimentaire» à Leatherhead Food Research (2), a par exemple mis l’accent sur les défis technologiques et scientifiques liés à la reformulation des aliments. Il a souligné que selon lui « il n’existait pas d’approche universelle pour les producteurs alimentaires et que la réussite de la reformulation des produits alimentaires dépendait largement de la réaction des consommateurs ».


Reformuler ou encourager à changer de produit ?
Analysant les statistiques relatives aux achats des consommateurs britanniques, Giles Quick, administrateur de Kantar WorldPanel (3), a présenté de son côté l’impact de la reformulation des denrées alimentaires sur le comportement des ménages au Royaume-Uni. Les résultats obtenus révèleraient « non seulement que la reformulation aurait contribué à 2/3 des changements positifs en matière de réduction de la teneur en sel dans le pays mais également qu’elle aurait un plus grand impact que l’incitation au changement de produit ou de catégorie de produit », une opération que les industriels estiment « plus difficile à faire accepter aux consommateurs ».

« La reformulation n’est pas la solution miracle »
La plupart des représentants de l’industrie agroalimentaire présents ont souligné que, si la reformulation était une mesure importante qui permettait de proposer aux consommateurs un choix plus varié de régimes alimentaires, il n’en reste pas moins que celle-ci « ne devait pas être considérée comme l’unique solution aux défis sociaux complexes que sont l’obésité et les maladies liées au mode de vie des consommateurs ». L’information des consommateurs, l’éducation, la promotion des activités physiques sont d’autres actions fondamentales à encourager pour lutter contre l’obésité au sein de l’Union. Les représentants de l’industrie ont par ailleurs rappelé qu’il était important de se concentrer sur des mesures basées sur des études scientifiques solides et réalisables tant sur le plan technologique que réglementaire. Ils ont notamment insisté sur la nécessité d’informer les consommateurs lorsque des modifications bénéfiques sont apportées à la composition nutritionnelle des aliments. A leurs yeux, il est également essentiel de veiller à ce que les entreprises qui reformulent leurs produits ne souffrent pas de concurrence déloyale. En clair: tout le monde doit jouer le jeu et suivre le même mouvement.

(1) Avant le dîner, des représentants des États membres, des membres de la Plateforme européenne sur l’alimentation, l’activité physique et la santé, ainsi que des membres de la presse ont eu l’occasion de visiter des stands d’entreprises et de recevoir des informations sur l’approche pluridisciplinaire adoptée par les entreprises dans leurs efforts de réduction de la teneur en sel, en acides gras trans, en acides gras saturés et en sucres dans les produits alimentaires.
(2) Leatherhead Food Research se présente comme une « organisation indépendante de consultance scientifique » réalisant des études et fournissant des conseils et des explications en matière de réglementation.
(3) Kantar WorldPanel revendique le 1er rang mondial des panels de consommateurs et des études sur les habitudes d’achat et de consommation.

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