Le nouveau programme de distribution de lait dans les écoles proposé par la Commission européenne ne plaît qu'à moitié à l'industrie laitière européenne au motif qu'il ne prévoit dans la liste des produits laitiers éligibles que le seul lait de consommation et non d'autres produits comme par exemple le fromage ou les yaourts comme dans les programmes antérieurs.
LE 30 janvier, la Commission a proposé de regrouper dans un cadre commun les deux programmes à destination des écoles, actuellement séparés – le programme en faveur de la consommation de fruits à l'école et le programme en faveur de la consommation de lait à l'école – afin de renforcer leur efficacité pour lutter la mauvaise alimentation et le fléau de l'obésité qui touche de nombreux enfants. Au terme des débats qui auront lieu sur ce dossier au Conseil des ministres de l'UE et au Parlement européen, les programmes réformés devraient entrer en vigueur dans le courant de l'année 2016.
« Nous sommes déjà contents que le programme “lait scolaire” survive car, ces dernières années, les produits laitiers ont fait l'objet d'accusations et d'attaques diverses comme quoi ils sont trop gras, trop sucrés, trop salés et qu'ils entraîneraient des problèmes de santé, etc. Nous regrettons cependant que dans le nouveau programme “lait à l'école” proposé par la Commission, n'est éligible que le seul lait de consommation et pas les autres produits laitiers qui faisaient partie des programmes antérieurs tels que le lait chocolaté, le lait aromatisé, les yaourts avec des fruits ou encore les fromages », nous explique Bénédicte Masure, la secrétaire-adjointe de European Dairy Association, le porte-voix de l'industrie laitière européenne. Son patron, Alexander Anton, va plus loin en estimant que l'exclusion des produits laitiers tels que le fromage et le yaourt du programme « va soulever des problèmes dans un certain nombre d'Etats membres dans la mesure où, dans certains d'entre eux, les produits laitiers sont principalement consommés sous forme de fromage et de yaourt et cela même au niveau des écoles ». Ce sont, dit-il, « des habitudes alimentaires basées sur des pratiques culturelles locales qui seront assez difficiles à modifier ».
230 MILLIONS D'EUROS POUR LES DEUX PROGRAMMES
Des trois options sur la table, la Commission propose de retenir celle qui, à son avis, aurait l'effet de simplification administrative le plus important. Dans le cadre des nouveaux programmes, pour lesquels des subventions à hauteur de 230 millions d'euros au total seront allouées (150 millions pour les fruits et légumes et 80 millions pour le lait), la distribution de lait et de fruits et légumes dans les écoles sera complétée par des mesures pédagogiques visant à sensibiliser davantage les écoliers à l'agriculture, à la variété des produits agroalimentaires disponibles, aux habitudes alimentaires saines et aux questions de gaspillage alimentaire. Une initiative saluée par Bénédicte Masure qui permettra, selon elle, « de recentrer le dispositif actuel sur les objectifs à long terme en vue de doter les deux programmes d'outils pédagogiques et de contribuer à réapprendre aux enfants à connaître les aliments et leur provenance ce qui, je l'espère, en ce qui concerne notre secteur, améliorera la perception de la large gamme de nos produits laitiers. À long terme l'industrie laitière y gagnera même si cela constituera un sérieux défi pour nos entreprises ».
LES AUTORITÉS DE SANTÉ AURONT LEUR MOT À DIRE
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Si la proposition de la Commission se concentre sur deux produits de base – fruits et légumes frais d'une part et lait de consommation de l'autre – d'autres produits laitiers tels que le fromage et le yaourt ne sont pas inclus à condition toutefois qu'ils soient, d'une part, pris en charge par les États membres et que, d'autre part, ils soient dûment approuvés par les autorités nationales de santé. Cette dernière exigence ne fait pas sauter de joie Alexander Anton qui considère qu'il existe « un gros risque que les autorités sanitaires des Etats membres n'aient d'yeux que pour quelques nutriments simples et non pas pour la composition totale en éléments nutritifs et équilibrée des produits laitiers ».
DES DÉBOUCHÉS COMMERCIAUX POUR LES PRODUCTEURS
Si le but affiché de lutter contre le fléau de l'obésité est évidemment essentiel dans le cadre de ces programmes de distribution de lait et de fruits et légumes dans les écoles, il n'en demeure pas moins que ces programmes visent également à contribuer à résoudre certains problèmes que rencontrent actuellement les producteurs agroalimentaires dans la mesure où la demande produits agricoles frais et de produits ayant subi une certaine transformation ont connu une baisse non négligeable. Ces produits alimentaires sont sous pression en raison de l'évolution des habitudes de consommation et d'un phénomène de détachement des consommateurs vis à vis de l'alimentation et de l'agriculture. Et c'est précisément dans l'optique d'assurer une demande et des débouchés commerciaux à long terme pour les agriculteurs européens et de rapprocher les consommateurs du monde agricole et plus particulièrement les enfants – qui sont les chefs de ménage de demain – que la Commission européenne a décidé de proposer une politique plus vaste et plus unifiée en direction des écoliers.
Au cours de l'année scolaire 2010-2011 plus de 25 millions d'enfants dans les pays participant aux programmes ont reçu au total quelque 300.000 tonnes de lait et de produits laitiers et 43.000 tonnes de fruits et légumes par l'intermédiaire des programmes « lait à l'école et fruits et légumes à l'école ». Le budget affecté par l'Union européenne à ces programmes s'est élevé à un peu plus de 65 millions d'euros.