Abonné

Bio-produits Les industriels manifestent leur intérêt

- - 4 min

Pour ses dix ans, le GIS (Groupement d’intérêt scientifique) Agrice (Agriculture pour la chimie et l’énergie) a organisé un colloque, « De l’or noir à l’or vert », qui a ressemblé une majorité d’industriels. Agrice n’est plus soutenu par le ministère de l’Agriculture mais par celui de l’Écologie essentiellement. Un signe de l’évolution.

Agrice a été constitué en 1994 par les filières agricoles des grandes cultures (betterave-sucre, céréales, oléagineux) et par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), autour d’une donnée incontournable à l’époque : la recherche par l’agriculture de perspectives plus valorisantes pour la profession que la jachère.

Le colloque organisé par Agrice pour ses dix bougies le 9 novembre à Paris a rassemblé 430 personnes, en majorité des industriels, a indiqué son coordonnateur Maurice Dohy. « Cela montre que les bio-produits deviennent une réalité de marché. Les industriels ont intégré la notion de biomasse dans leurs schémas d’approvisionnements en matières premières », a-t-il commenté à l’issue de ce colloque. Le ministre de l’Écologie, Serge Lepeltier, qui a clôturé le colloque, s’est d’ailleurs dit «bluffé » devant le nombre de participants. Un tel colloque se serait tenu il y a dix ans, « 60% des participants auraient été des paysans », a commenté pour sa part le président d’Agrice, Jacques Siret, président de l’Onidol (l’interprofession oléagineuse), pour montrer l’évolution parcourue.

Une volonté poltique encore balbutiante

Si l’intérêt croissant des industriels, de la recherche et du ministère de l’Écologie est un signe positif du décollage des bio-produits, il faut voir aussi le revers de la médaille : la volonté publique de soutenir ces nouvelles industries que sont les biocarburants, les tensio-actifs, les bio-matériaux, etc. , est encore balbutiante, tout juste ébauchée par le Premier ministre depuis deux mois avec les biocarburants. En tout cas faible à côté de celle qui est mise en œuvre outre-Rhin, et en Espagne pour les biocarburants, sans parler du Brésil et des États-Unis.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

céréales
Suivi
Suivre

Contrairement à ses débuts, le ministère de l’Agriculture ne soutient plus Agrice. Le GIS est doté d’un budget abondé aujourd’hui par l’Ademe, c’est-à-dire par le ministère de la Recherche et surtout par celui de l’Écologie. Ce budget est de deux à trois millions d’euros. L’homologue allemand d’Agrice a un budget dix fois plus élevé, en comprenant les frais de fonctionnement. Ce qui en équivalent correspond à une somme cinq fois plus élevée, selon Jacques Siret et Maurice Dohy.

Jean-Claude Pasty, membre du Conseil économique et social et auteur d’un rapport sur les valorisations non alimentaires en mai dernier, a rappelé que la France souffre de carences d’ingéniérie politico-administrative et que si la volonté n’y est pas absente, « on s’agite périodiquement ». Même sous la Quatrième république malgré les changements fréquents de gouvernement, puis au début de la cinquième, le pouvoir politique savait maintenir des caps, dans des domaines d’intérêt général, comme les transports, le spatial, le nucléaire. Les États-Unis, pays libéral par excellence, ont « mis des billes dans la recherche et ont pris des mesures fiscales, car c’est la clé d’entrée des bio-produits sur le marché», a soulgné M. Pasty.

Disparition de la lipochimie

Or ces industries émergentes, si intéressantes soient-elles, sont relativement peu encouragées par l’administration. Pierre Renaud, vice-président du groupe allemand Cognis (chimie), déplore la disparition de la lipochimie française. L’agriculture produit des oléagineux, les universitaires sont de bon niveau, mais entre les deux, il manque un tissu industriel. « Il risque de nous arriver ce qu’a connu le Vieux Sud américain avec le coton : on produit de la matière première, on l’exporte, et l’on voit revenir les produits finis comme les Américains voient leur coton revenir de Chine sous forme de T-shirts ». M. Renaud a également stigmatisé l’action néfaste de la grande distribution, notamment des hard-discounters, qui écrasent les prix des nouveaux produits, encore au-dessus des prix standards. Cette action, si elle se poursuit, risque de paralyser l’innovation, a-t-il averti. Pourtant, le potentiel de la biomassse est immense, comme l’a d’ailleurs rappelé Serge Lepeltier. Jean-Pierre Decor, directeur général de l’Institut des sciences du vivant, a insisté sur le fait que la plante « va devenir une véritable usine chimique ».