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Prix du lait Les industriels refusent d’augmenter encore les prix aux producteurs

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L’accord forcé du 3 juin 2009 sur le prix du lait a vécu. Les industriels ont refusé de rester dans ce cadre qui aurait entraîné une nouvelle hausse de 5,7 % au 1er avril alors que le contexte européen fait toujours apparaître un différentiel de l’ordre de 15 % au détriment de la compétitivité des produits laitiers fabriqués en France. Les discussions s’annoncent tendues au niveau des régions et la recherche de nouvelles modalités pour trouver un consensus au sein de la filière est plus que jamais en panne.

Les discussions ont achoppé entre les industriels et les producteurs de lait sur la hausse des prix du lait au 1er avril, un désaccord qui laisse planer la menace d’une énième crise dans un secteur en ébullition depuis des mois.
Réunis au sein du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel), les deux fédérations de transformateurs (la Fnil et la FNCL) et la branche laitière de la FNSEA (FNPL) avaient à entériner la progression des indicateurs dits de « tendance », qui servent de base pour fixer localement les prix de base du lait, chaque trimestre. Ces négociations devaient être le prolongement de l’accord signé le 3 juin par toute la filière sous la pression du gouvernement à la veille des élections européennes.
Selon cet accord, le prix de base du lait devait augmenter de 5,5 à 5,8% à compter du 1er avril jusqu’au 30 juin, par rapport au deuxième trimestre 2009. Entre janvier et mars, industriels, coopératives et producteurs s’étaient entendus pour une hausse comprise entre 3 et 8% des prix du lait.

Irréalisme ?
Mais coup de théâtre, la fédération des industriels (Fnil) a dénoncé le compromis, réclamant un alignement « immédiat » du prix du lait français sur celui de l’Allemagne, premier pays producteur en Europe et où le lait est moins cher. Appliquer une nouvelle hausse sur le deuxième trimestre reviendrait à « ne pas tenir compte de cette situation, selon les industriels, et serait dévastateur en termes de développement économique pour les territoires français, d’emplois industriels et de débouchés pour les producteurs de lait français », souligne la Fnil.
« On ne cautionnera pas les indices de tendance des marchés laitiers au deuxième trimestre 2010 », a-t-elle souligné dans un communiqué.
« C’est inacceptable », a aussitôt réagi Florence Loyer, de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), avertissant que son syndicat n’hésiterait pas à «bloquer les entreprises». La FNPL a vu en effet en 2009 une bonne partie de sa base se tourner vers ses rivaux, déçus de la voir signer un accord auquel elle était opposée.
Tout en regrettant «l’irréalisme » de la Fnil, la fédération des coopératives (Fncl) juge aussi que le prix du lait est de 15% plus cher en France par rapport aux autres pays européens : pour la Coopération, « les transformateurs ont fait le gros dos en 2009 pour aider les éleveurs à surmonter la crise du lait (…) et cette situation a continué à dégrader la situation des coopératives laitières ».
Désormais, les négociations devraient être engagées localement entre industriels et producteurs de lait, qui n’ont plus que quelques jours pour parvenir à un arrangement.
En l’absence d’accord, les prix ne bougeront pas, affirment la fédération des producteurs et la Fncl. « Cela veut dire que la bataille pour le prix du lait va continuer (...) On ne lâchera pas tant qu’on n’aura pas gagné », souscrit André Bouchut, secrétaire national de la Confédération paysanne.

A la recherche d’un autre système
A court terme, la Coopération laitière demande l’application progressive d’un indicateur de compétitivité à partir du 3è trimestre et la mise en œuvre de sa proposition de réguler le couple volume/prix de façon différenciée en s’appuyant sur un indicateur de la valorisation du lait sur les marchés beurre et poudre.
Les producteurs de lait se battent depuis des mois pour obtenir un prix «correct» du lait et réclament également une régulation du secteur au niveau européen pour éviter la volatilité des prix. Leur revenu annuel a chuté de plus de la moitié en 2009 pour atteindre les 9.000 euros, bien en dessous du Smic.

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