L'Ania réfléchit à l'opportunité de demander des aménagements législatifs pour mettre fin à la guerre des prix. Si les industries agroalimentaires sont résilientes, beaucoup d'entreprises sont « en mode survie », selon les termes du président de l'Ania, et toute la filière, des producteurs aux distributeurs, a besoin d'oxygène.
Hasard du calendrier ? Le 31 mars, Richard Girardot, p.-d.g. de Nestlé France, étrillait la grande distribution dans le Figaro. Le lendemain, l'Autorité de la concurrence publiait son avis sur les trois regroupements à l'achat annoncés par six distributeurs en 2014. C'est dans ce contexte que l'Ania a tenu sa conférence de presse annuelle, le 2 avril.
Si l'industrie alimentaire reste relativement résiliente, notamment au niveau de l'emploi (qui a progressé de 0,2 %), « avec la guerre des prix, beaucoup d'entreprises sont en mode survie », a souligné Jean-Philippe Girard, président de l'Ania. La prévision de croissance de l'investissement est ainsi de 1 %, alors qu'elle atteignait 7 % l'an passé à la même période. Et la croissance des investissements effectivement réalisés en 2014 ne devrait finalement pas dépasser 1 %.
LES DÉFAILLANCES TOUCHENT DE PLUS GRANDES ENTREPRISES
Autre source d'inquiétude pour l'Ania, les défaillances d'entreprises. Certes, elles diminuent en nombre (de 376 à 273), « mais elles ne touchent plus seulement des entreprises petites et fragiles comme les cinq dernières années. Elles touchent aussi des entreprises de taille moyenne, qui ne peuvent plus résister », a souligné Jean-Philippe Girard. À noter, le secteur de la viande est particulièrement concerné.
RÉFLEXION SUR DES AMÉNAGEMENTS LÉGISLATIFS
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Alors que la déflation des prix des produits agroalimentaires a atteint 1,1 % en 2014 selon Iri, l'Ania a appelé une nouvelle fois à sortir de la guerre des prix. En attendant, peut-être, de demander des aménagements législatifs (le dossier est actuellement en cours d'étude), l'Ania cherche à rétablir la voie de la co-construction. « Je rencontre les distributeurs un par un. Aucun n'arrivera seul à recréer de la valeur », témoigne Jean-Philippe Girard. Mais les lignes bougent, veut-il croire : « L'avis de l'autorité de la concurrence, le témoignage de Nestlé et les enquêtes menées l'été dernier… Tout cela dénote une vraie prise de conscience. Maintenant, nous voulons passer de l'écoute à l'action. » Un vœu formulé depuis de longs mois déjà. L'Ania estime qu'une hausse des prix de 0,2 %, soit deux à trois euros en moyenne par semaine par ménage, suffirait à redonner de l'oxygène à toute la filière.
LE REFUS DES SCORES NUTRITIONNELS
L'autre combat actuellement mené par l'Ania, contre les scores nutritionnels prévus par le projet de loi santé, n'a finalement été évoqué que très brièvement lors de cette réunion annuelle. « On veut étiqueter une pastille rouge sur tous les savoir-faire français : le chocolat, la confiture, le fromage, le foie gras, alors que l'enjeu, c'est de promouvoir une consommation raisonnable, sans excès », s'est contenté de déclarer Jean-Philippe Girard à ce sujet. Reste à savoir si ce sont bien ces produits qui sont dans la ligne de mire du gouvernement, des médecins, et des associations de consommateurs.
LES EXPORTATIONS ET LA PRODUCTION À LA PEINE
Le chiffre d'affaires des industries agroalimentaires a atteint 157,6 milliards d'euros en 2014, en retrait de 0,8 %. L'emploi, avec 493 272 salariés, a progressé de 0,2 %, mais ce retour à la croissance reste fragile. Les ventes en valeur de produits alimentaires n'ont progressé que de 0,6 % et l'évolution des ventes en volumes (+ 0,2 %) restent en deçà de la croissance démographique. Le solde commercial, à 7,8 milliards d'euros, décline de 7,9 %. À 43,3 milliards d'euros, les exportations ont baissé de 0,7 %. « Depuis trois ans, les exportations sont stables, ce qui signifie que l'on nous grignote des parts de marché petit à petit, alors que nous avons un vrai potentiel », s'est désolé Jean-Philippe Girard. La production alimentaire est d'ailleurs restée en repli de 0,2 % en France en 2014, alors qu'elle est repartie à la hausse en Allemagne, en Italie, en Espagne ou encore en Royaume-Uni au cours de l'année 2014. Avec la lutte contre la guerre des prix, l'export fait partie de priorité de l'Ania. Si 27 % du chiffre d'affaires des entreprises agroalimentaires françaises sont réalisés à l'étranger, c'est en Europe pour plus des deux tiers, et c'est le fait de deux entreprises sur dix seulement. Autant dire que la faiblesse de l'euro ne soutient qu'une très petite minorité d'entreprises agroalimentaires (et pénalise celles qui importent en dollars). MD