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Pesticides et santé Les industries phytosanitaires font entendre leur voix

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Face à certaines études scientifiques montrant des risques pour la santé de l’utilisation des pesticides, l’UIPP veut montrer que les résultats des études sont souvent contradictoires.

L’UIPP, Union des industriels de la protection des plantes, a décidé de faire entendre sa voix dans les débats sur la thématique « pesticides et santé ». « En France et aux USA, le taux de mortalité dû aux cancers est plus faible chez les agriculteurs que pour la population générale», assure Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP. Il s’appuie notamment sur une étude de l’Insee réalisée entre 1982 et 2001, qui montre que les agriculteurs exploitants se situent à un indice standardisé de mortalité de 0,8 pour les hommes et 0,9 pour les femmes. L’indice pour les agriculteurs est supérieur à celui des cadres ou cadres supérieurs, mais il est inférieur à celui des ouvriers et employés. Pour autant, certains cancers apparaissent plus fréquemment chez les agriculteurs : les cancers de la peau, de la prostate, des ovaires, de l’estomac et du cerveau. En revanche, ils sont moins atteints par les cancers du poumon et du système urinaire. C’est ce qu’a mis en évidence le Grecan (groupe régional d’étude sur le cancer) de Caen. « Mais les études ont du mal à évaluer les expositions des pesticides, par manque de précision sur le niveau d’exposition, la durée et le type de molécules, explique Catherine Pallen, chercheuse chez Bayer. L’industrie agrochimique évalue le potentiel cancérigène des molécules grâce, tout d’abord, à des tests de mutagénèse réalisés très tôt dans le processus de screening, puis à des tests de cancérogénèse qui demandent jusqu’à un à deux ans sur les rongeurs ».

Concernant la maladie de Parkinson, l’UIPP reconnaît qu’il existe des études qui montrent un doublement du risque de développement de la maladie de Parkinson pour les agriculteurs ou les utilisateurs de pesticides Voir Agra Presse N° 3082 du 4 décembre, mais elle souligne que d’autres études de par le monde, ne trouvent pas d’association. « Une revue bibliographique récente de Li et al, en 2005, conclut que les données ne sont pas suffisantes pour admettre qu’il existe une association causale entre pesticides et maladie de Parkinson », explique Catherine Pallen.

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Perturbateurs endocriniens

Quant à la baisse de fertilité, les pesticides sont aussi parfois incriminés, en tant que perturbateurs endocriniens, au même titre que d’autres composés chimiques (utilisation industrielle, consommation courante, cosmétiques, …) et des hormones de synthèse. Là encore, s’appuyant sur les propos du docteur Multigner, épidémiologiste de l’Inserm, l’UIPP conclut que les études réalisées en Europe ont généré des conclusions discordantes. Une étude danoise montre même une relation inverse entre le nombre de spermatozoïdes et l’intensité de l’exposition aux pesticides. Lors d’un symposium à Tours, le 8 septembre 2006, sur les effets à long terme des produits phytosanitaires, le Dr Multigner préciserait cependant que « les études réalisées auprès des couples consultant pour infertilité montrent de manière assez concordante que l’exposition professionnelle des hommes à des pesticides est associée à des caractéristiques du sperme situées au-dessous des seuils considérés comme nécessaires à une capacité procréatrice adéquate ». Ce dernier poursuit que les conclusions divergentes de l’ensemble des études pourraient s’expliquer par la diversité des pesticides employés, selon les usages, les cultures, les particularités climatiques, et de façon simultanée. Des tests permettant d’évaluer l’effet perturbateur endocrinien des molécules ont été mis au point récemment et sont en cours de validation internationale, les firmes pourront bientôt les intégrer dans le procédure d’évaluation.

« Nous sommes révoltés d’entendre certains propos assurant que 70 % des cancers sont dus à la chimie, alors que les principales causes sont l’alcool, le tabac et l’obésité, s’insurge Vincent Gros, président de BASF France. Les perspectives de marché des produits phytosanitaires sont favorables car il faut répondre aux défis de l’agriculture mondiale, et nous sommes fiers de notre métier», conclut-il.