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En direct avec Alain Melot, vice-président de la FIA Les inquiétudes de la filière volaille se multiplient

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La filière volaille subit cette année une baisse de la consommation française et des exportations. Et les importations représentent toujours un quart de la consommation des ménages. Elles bénéficient de l’inertie de la Commission européenne : celle-ci n’impose pas aux pays-tiers les mêmes contraintes qu’aux Etats membres qui voient les règlements se multiplier. La filière avicole française a du mal à faire entendre sa voix sur ce sujet, d’où l’importance de créer rapidement une interprofession de la volaille. A la suite de l’assemblée générale de la FIA (Fédération des industries avicoles), Alain Melot confie à Agra alimentation les inquiétudes de la filière.

Agra alimentation : Comment se porte la consommation de la viande de volaille ces derniers mois ?

Alain Melot : Les produits élaborés et labels souffrent en ce début 2009, car les consommateurs achètent moins et moins cher. Sur les cinq premiers mois de l’année, les produits élaborés sont en baisse de 0,8 %. De plus, les exportations de poulet sont en baisse de 7 % en volume sur le premier trimestre. Les importations ont quant à elle chuté de 8 % en ce début d’année. Les abattages de poulet ont baissé de 3 %, ceux de dinde de 14 %, et ceux de canards de 6 %. Globalement, nous constatons une décélération de la production et nous faisons face à un appauvrissement de la filière volaille en France. A cette chute de la consommation s’ajoutent nos inquiétudes concernant la volatilité des matières premières. Quand les matières premières flambent, il faut quatre ou cinq mois à la GMS pour répercuter la hausse sur les prix. Par contre, à la moindre rumeur de baisse des cours, les distributeurs souhaitent une répercussion. Je tiens à souligner que le soja représente 30 % de l’alimentation des volailles et qu’il n’est pas du tout en baisse. Globalement, la filière est inquiète concernant de possibles hausses des prix de revient à partir de septembre.
Où en est le projet d’interprofession de la filière avicole ?
Nous n’en avons pas parlé pendant notre assemblée générale, mais cette idée est toujours d’actualité. Avec la multiplication des réglementations européennes, il devient urgent de créer une interprofession de la volaille pour défendre nos intérêts. A Bruxelles, les abatteurs et les producteurs doivent combattre ensemble. Nous avons loupé le coche en 2006, mais il faut vraiment que ce projet aboutisse rapidement. Par ailleurs, il faut souligner l’importance des interprofessions par espèce : poulet (CIPC), dinde (Cidef), canard (Cicar), pintade (CIP). L’interprofession du poulet s’est très bien mise en route, par exemple. Et l’ensemble de ces interprofessions se sont mises d’accord pour participer au budget de l’APVF. Ce sera à Gilles Huttepain, qui me succède à la tête de la FIA, de mener à bien le projet d’interprofession de la filière avicole.
Quelles sont les actions de l’APVF (Association pour la volaille française) pour soutenir la consommation de volailles ?
Au total sur l’année, 400 000 euros sont dépensés pour la communication. Ces dépenses sont concentrées sur le mois de mars, avec l’opération « Mars, le mois de la volaille », qui a été annoncée plus tôt cette année et a été un véritable succès. Nos communications à la radio ( RTL, Nostalgie et Chérie FM) et les actions auprès des consommateurs ont été efficaces, comme par exemple l’opération qui consistait à offrir à ceux qui avaient acheté au moins cinq produits de volaille dans le mois un bon d’achat de cinq euros. L’impact sur les ventes a été réel : après des mois de janvier et février assez mauvais, les ventes se sont redressées en mars.
Un quart de la consommation française de volaille est importée. Quelles sont les solutions pour diminuer les importations ?
La réglementation très stricte imposée aux pays membres de l’Union européenne devrait être respectée par les pays tiers, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent. Les contraintes de la réglementation pèsent sur nos prix de revient. Nous demandons donc à la Commission européenne d’agir sur ce point, sans résultat pour le moment. Elle n’agit pas du tout et se contente de déclarations de principe de la part des Brésiliens ! Ce n’est pas suffisant pour nous.
Par ailleurs, nous devons continuer à faire la promotion de la volaille française en mettant en avant ses qualités et la transparence de la filière. Les Anglais, les Allemands et les Italiens défendent leur volaille. Nous devons le faire aussi et être un peu nationaliste dans ce domaine, nous n’avons pas le choix. Auparavant, les importations se concentraient sur les filets de poulet, aujourd’hui la France importe un grand nombre de produits : des filets de poulet, de dinde, des cordons bleus… Les discussions à l’OMC ont entraîné une forte hausse des contingents en échange d’exportations européennes dans d’autres domaines comme l’aéronautique. On échange de l’agriculture contre des services, c’est un véritable problème.
Quelles sont les dernières réglementations imposées par Bruxelles ?
Elles sont très nombreuses et ont été au centre de nos discussions lors de notre assemblée générale. Je citerai notamment le problème de la salmonelle : Bruxelles exige qu’il n’y ait pas du tout de salmonelle dans 25 grammes de viandes. La France est bien avancée sur ce sujet, mais nous ne pourrons atteindre ce résultat d’ici 2010 comme l’exige la Commission européenne. Nous souhaitons donc pouvoir nous concentrer sur les deux principaux types de salmonelle, avant de nous occuper progressivement du reste. Par ailleurs, certains règlements sur le bien-être animal, sur les voltages ou les temps de suspension sont inapplicables en réalité. La viande « gros grains » est un autre dossier important pour nous. La Commission européenne considère que c’est une VSM (Viande séparée mécaniquement), ce qui n’est pas suffisamment valorisant. Nous estimons les pertes liées à cette appellation à 40 millions d’euros, ce qui n’est pas négligeable. Enfin, une nouvelle norme de commercialisation impose à la volaille qui franchit nos frontières de ne pas avoir été décongelée. Ce règlement sera effectif en 2010 mais aura un impact limité sur les importations, car il ne concerne que la viande crue.
Que pensez-vous de la concentration du secteur de la volaille en France et du rachat d’Arrivé par LDC ?
C’est une très bonne nouvelle. La création d’un groupe à dimension européenne est une excellente chose pour la filière. Il faut que LDC joue son rôle et se comporte en leader. Un leader a des droits, mais aussi des contraintes et des devoirs à respecter. LDC doit désormais montrer une certaine ligne politique.

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