Lors d’une formation organisée pour les techniciens en alimentation animale, des spécialistes sur les pesticides ont mis en évidence que les contaminations des matières premières restent limitées, mais la première source vient des insecticides de stockage. Un responsable de laboratoire déconseille d'accepter n’importe quelle contrainte dans les cahiers des charges car les techniques de laboratoire ne pourront pas suivre.
L’Aftaa, Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales, a organisé le 18 mars, une formation sur les risques des pesticides dans l’alimentation animale. Jean-Pierre Cugier, chercheur à l’Inra d’Avignon, précise que les limites maximales de résidus (LMR) sont calculées uniquement pour la consommation humaine, et non pour l’alimentation animale, mais la problématique de l’alimentation animale est quand même prise en compte dans la législation. Les matières premières pour l’alimentation animale peuvent contenir des résidus de produits phytosanitaires, le plus souvent à de faibles doses. Des données de contamination sont disponibles pour les céréales et coproduits de céréales. Ces données montrent que le risque concerne les insecticides de stockage des grains (notamment les organophosphorés) beaucoup plus que les molécules utilisées au champ. Thierry Buronfosse, de l’école nationale vétérinaire de Lyon, insiste aussi sur le risque dans les élevages de la mise en contact des animaux avec les raticides anticoagulants, notamment dans les porcheries où les porcs peuvent consommer des rongeurs malades
Polémique autour des strobilurines
Au delà des toxicités aigües, les risques d’ingestion régulière de petites doses induisent des manifestations cliniques différées dans le temps. Par exemple le thiram et le ziram sont des inhibiteurs de l’ovulation et de la ponte en élevage avicole. « A partir du moment où l’on observe une baisse de fertilité ou de productivité de l’élevage, on peut avoir une interrogation sur l’implication de pesticides», explique le vétérinaire. Une polémique existe dans le secteur de l’élevage à propos des strobilurines, et plus particulièrement de l’azoxystrobine, fongicide très utilisé pour les céréales notamment. « On la dit responsable de troubles digestifs en provoquant une baisse de la flore fongique au niveau du rumen, d’où une forte préoccupation dans le secteur de l’élevage, explique Thierry Buronfosse. Pour moi, cette polémique n’est pas fondée car la flore fongique du rumen est très peu active, ce sont surtout les bactéries et les protozoaires qui sont dominants».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les laboratoires atteignent leur limite technologique
Pour Michel Cam, responsable du développement analytique de Coopagri Bretagne, les molécules à rechercher en priorité sont les plus persistantes (d’abord les organochlorés) et les plus liposolubles (solubles dans les graisses), puis les insecticides de stockage (organophosphorés, pyréthrinoïdes), les traitements de semences et les carbamates. « En revanche, la recherche d’herbicides et de fongicides a peu d’intérêt car ils sont peu rémanants», précise-t-il. Michel Cam insiste sur la limite de quantification (limitation technique des laboratoires) pour faire un travail sérieux. Il ne faut pas accepter n’importe quoi dans les cahiers des charges, met en garde Michel Cam auprès des techniciens de l’alimentation animale. Si on cherche à détecter 1 µg/kg : " D’une part le niveau d’incertitude est tel que le résultat n’a plus de sens ; d’autre part, je dois imposer à tous mes techniciens de ne plus avoir de chats et chiens, et de ne plus utiliser de plaquettes insecticides chez eux car ils pourraient contaminer le laboratoire !»