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Etude Les interactions entre insecticides et parasites démontrées chez les abeilles

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Des chercheurs de l’Inra et du CNRS viennent de publier une étude montrant que les abeilles infectées par le champignon Nosema ceranae sont plus sensibles aux pesticides et meurent à de très faibles doses de contamination.

Insecticides et pathogènes feraient mauvais ménage chez les abeilles. En effet, une étude – attendue de longue date – menée par des équipes du CNRS et de l’Inra montre que l’exposition d’abeilles à de faibles doses d’insecticides augmentent leur mortalité quand elles sont infectées par le parasite Nosema ceranae. Ces résultats ont été publiés dans la revue scientifique américaine PLoS ONE du 28 juin. Les équipes de Luc Belzunces (Laboratoire de toxicologie environnementale de l’Inra d’Avignon) et Frédéric Delbac (Laboratoire Microorganismes : génome et environnement du CNRS de Clermont-Ferrand) ont exposé, en laboratoire, de façon chronique des abeilles naissantes saines et d’autres contaminées par Nosema ceranae à de faibles doses d’insecticides. Résultat : les abeilles infectées par Nosema ceranae puis exposées de façon chronique aux insecticides succombent, même à des doses se situant au-dessous du seuil entrainant la mort, ce qui n’est pas le cas de leurs congénères non infectées. Ces conclusions pourraient expliquer certains cas de surmortalité, estiment les chercheurs.

Doses 100 fois inférieures aux seuils

L’infection par Nosema ceranae, un champignon microscopique colonisant l’intestin des abeilles est à l’origine de la nosémose, une des principales causes de disparition des butineuses – avec le varroa, le manque de ressources alimentaires ou encore les intoxications aux pesticides. L’effet combiné de cette maladie avec des pesticides apparaît pour une exposition quotidienne à des doses pourtant très faibles, soulignent les auteurs de l’étude. A des expositions plus de 100 fois inférieures à la « dose létale 50 » de chaque insecticide (un indicateur classiquement utilisé en toxicologie qui correspond à la dose conduisant à la mortalité de la moitié de la population), les abeilles meurent déjà. Et cette synergie ne semble pas dépendre de la famille d’insecticides utilisée. Les deux molécules étudiées par les chercheurs, le fipronil (molécule active du Régent de BASF interdit en France en 2004) et le thiaclopride (molécule active du Calypso de Bayer), appartiennent à des familles différentes – le premier à celle des phénylpyrazoles et le second aux néonicotinoïdes.
Ces travaux montrent que des doses d’insecticides considérées comme ne pouvant entraîner la mort entraînent pourtant un effet toxique chez des abeilles fragilisées par une infection. Les chercheurs souhaitent désormais comprendre le mécanisme à l’origine de cette synergie, ils travaillent également à trouver de nouveaux moyens de lutte contre la Nosémose.

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