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Chasse et faune sauvage « Les jachères sont précieuses »

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Françoise Carpy-Goulard, enseignant-chercheur à l’école d’ingénieurs agricoles de Purpan, met en garde contre la remise en culture de la jachère, très utile pour le maintien de la faune sauvage et des activités liées à la chasse . Un message relayé lors du colloque de la Société française d’économie rurale (SFER) sur la « chasse et développement durable des territoires » organisé à Clermont-Ferrand du 25 au 27 mars. Interview.

Les politiques agricoles influent-elles sur la faune sauvage et la chasse ?

Il existe aujourd’hui deux principaux outils définis par la Pac qui ont une influence sur le maintien de la biodiversité et de la faune sauvage : les mesures agro-environnementales (MAE) spécifiques aux zones Natura 2000 et la jachère. En France, la jachère représente entre 5 et 15 % des surfaces cultivées, soit autour d’un million d’hectares. Parmi eux, il existe 31 000 hectares de jachères environnement et faune sauvage (JEFS) dit « gels cynégétiques », qui ont prouvé leur intérêt. On a répertorié 27 études qui démontrent les rôles positifs de cette jachère. En fonction des espèces végétales mises en place, des outils utilisés lors de la fauche, et de la localisation sur le territoire autour des bois ou des bandes enherbées par exemple, les JEFS agissent au niveau de l’alimentation, la protection et la reproduction de la faune, comme les perdrix et les vanneaux. Ces jachères participent, avec les zones Natura 2000, à la conservation de la biodiversité et de la faune sauvage nécessaires notamment aux activités de la chasse.

La réorganisation de la Pac modifie-t-elle la donne ?

Effectivement, le gel des terres qui était rendu obligatoire en 1992 ne l’est plus depuis 2007. Ainsi, la hausse des prix des matières premières agricoles pourrait inciter les agriculteurs à cultiver les jachères pour dégager un revenu. On assiste d’ores et déjà au phénomène sur la campagne agricole 2008. En Picardie avec la betterave et dans les Landes avec le maïs, la spéculation y est très rentable. C’est ce que montre l’étude de Mathieu Besoli (Purpan) sur « l’impact de la jachère sur la biodiversité » réalisée pour la Fédération nationale de la chasse (FNC) et Arvalis en 2008. L’intérêt cynégétique dépend de plusieurs facteurs, notamment de l’économie de l’exploitation, de la sensibilité de l’exploitant à l’environnement et à la chasse, et aux spéculations agricoles. D’ici 2013, si les prix sont maintenus à la hausse et s’il n’y pas d’évolution de la Pac, on peut craindre qu’une grande partie des jachères soit cultivée, au risque d’une forte diminution de la biodiversité et de la faune sauvage dans nos campagnes.

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Comment faire mieux travailler ensemble les agriculteurs et les chasseurs ?

À l’heure actuelle, l’agriculture est considérée comme une activité économique, alors que la chasse reste un loisir. Les deux interagissent pourtant sur le même territoire et utilisent le même environnement. Au niveau local, il existe des actions concrètes : les démarches Natura 2000 et « Agrifaune ». Cette dernière, souvent à l’initiative des chasseurs avec l’aide des organisations professionnelles agricoles et des pouvoirs publics, met en synergie tous les acteurs du milieu naturel. Sur des territoires spécifiques ou en lien avec une espèce protégée, l’objectif est de mener des actions communes. Cependant, pour pérenniser l’action, les budgets doivent être très importants et les actions sont finalement peu reconduites. Dans le cadre de Natura 2000, l’agriculteur, qui est souvent le plus réticent, contractualise pour 5 ans et doit adapter son mode de culture et investir dans des infrastructures. Si le contrat n’est pas reconduit, l’agriculteur risque de grosses pertes ; lui aussi doit pouvoir s’y retrouver.

Que faut-il souhaiter pour l’avenir ?

Dans l’ensemble, des choses peuvent se faire. Cependant, « le mille-feuilles juridique » défini par Christophe Privat Françoise Carpy-Goulard, Christophe Privat et Sylvie Paradis, enseignants chercheurs de l’École d’ingénieurs de Purpan ont réalisé une étude intitulée « conséquences des politiques agricoles et place des chasseurs dans les territoires ruraux » présentée lors du colloque de la SFER. rend les démarches compliquées, voire contradictoires ! Avec les forestiers, on remarque que les projets sont plus faciles à réaliser qu’avec les agriculteurs. Ils sont effectivement moins nombreux et leurs domaines dépendent souvent du secteur public. Tous cela permet une meilleure communication entre les acteurs et une mise en route plus rapide des projets. En termes d’amélioration du bilan environnemental, l’obligation de la jachère avait un vrai impact. Il serait peut-être judicieux d’y revenir, en fonction des enjeux des territoires, de la volonté des acteurs concernés, et des financements locaux. Mais c’est peut-être un vœu pieux ! En tout cas la contractualisation volontaire n’est pas forcément l’outil le plus adapté.