Les surfaces et la production de laitues d’hiver sont une nouvelle fois à la baisse cette année, particulièrement dans la région Sud-Est qui représente la majorité de l’approvisionnement. Face à la concurrence espagnole, dans cette filière peu structurée, de plus en plus de producteurs se tournent vers d’autres cultures maraîchères.
La tendance n’est pas nouvelle mais est cette année particulièrement prononcée. Selon des estimations fournies par Agreste le 26 janvier, « les surfaces nationales en laitues de la campagne d’hiver 2017-2018 accuseraient un repli de 9 % sur un an ». Une baisse conséquente faisant passer les surfaces de production de la campagne d’hiver, qui s’étend d’octobre à avril, à 3 960 ha alors que ces dernières avaient déjà baissé de 5 % l’année dernière à 4 200 ha. Conséquence logique, la production elle aussi s’affaisse à 296 millions de têtes (contre 307 millions en 2016-2017), un niveau « historiquement faible, inférieure de 37 % à la moyenne des cinq dernières campagnes ». La tendance est particulièrement marquée dans le bassin Sud-Est qui représente près de 60 % des surfaces d’hiver et où « la laitue est progressivement remplacée par des cultures plus diversifiées, compte tenu de la concurrence espagnole et des prix jugés insuffisamment rémunérateurs ».
Les laitues remplacées par des courgettes ou du céleri
Le constat n’étonne pas Raphaël Martinez, directeur de la Fédération des fruits et légumes d’Occitanie. « C’est un recul qu’on constate directement sur le terrain. On a une accumulation d’années très difficiles avec des prix très bas, à l’exception de l’année dernière où les conditions climatiques en Espagne ont fait que les prix ont flambé », explique-t-il. La tendance est encore vérifiée cette année où les « cours se maintiennent à des niveaux un peu inférieurs à la moyenne 2012-2016 », selon Agreste. Les producteurs qui abandonnent la salade, ou qui limitent leur production, se tournent alors vers d’autres cultures maraîchères, « notamment les courgettes dans le Gard ou le céleri dans le Roussillon », détaille le directeur.
Une filière mal structurée
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Une instabilité de la production qui ne favorise pas la résolution du problème central de la filière : son manque d’organisation. « Il y a un manque de coordination pour lutter face à la concurrence de l’Espagne, ce qui impliquerait notamment une concertation sur les variétés hivernales », indique ainsi Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France. Les importations en provenance de l’autre versant des Pyrénées ont ainsi été « multipliées par deux en dix ans » en France, rappelle Agreste. Et sur les deux premiers mois de la campagne d’hiver, les exportations de laitues ont baissé de 16 % (2 630 tonnes).
« C’est une filière qui est très mal structurée, avec un nombre très important de producteurs indépendants, et sur laquelle on a beaucoup de difficultés à avoir une vraie vision économique », complète Raphaël Martinez. Au fur et à mesure des années, il ne reste plus que deux types d’acteurs : 2 ou 3 gros opérateurs avec des contrats qui leur permettent de tenir, notamment avec Florette ou Bonduelle, ou des producteurs de proximité « en ceinture verte », qui parviennent à tirer leur épingle du jeu « par leur qualité de service » en étant capables de livrer tous les matins. En Roussillon, il ne reste ainsi plus que 2 gros opérateurs de salade, Teraneo et Ille Roussillon. « Il y en avait encore plusieurs il y a quelques années », se rappelle Raphaël Martinez. Face aux difficultés à rassembler la filière, il avoue d’ailleurs « avoir jeté l’éponge sur ce produit pour le moment ».
« Il y a un manque de coordination pour lutter face à la concurrence de l’Espagne »