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Santé animale Les leçons de la crise de la FCO au service de la gestion du virus Schmallenberg

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Une méthodologie de dépistage sérologique à grande échelle du virus Schmallenberg est sur le point d’être validée. La communauté scientifique travaille sur ce nouveau virus depuis plusieurs mois maintenant. Trois questions à Gilles Salvat, directeur de la santé animale et du bien-être des animaux à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

Que savons-nous du virus Schmallenberg (origine, propagation, transmission) ?
Le virus de Schmallenberg est un virus jamais observé auparavant. Il a été détecté pour la première fois en Allemagne à la fin de l’été 2011 et identifié en novembre 2011. Dès le mois de décembre, l’Anses est entrée en contact avec son homologue allemand. Puis le 4 janvier, le ministère de l’Agriculture français a diffusé une note à l’attention des vétérinaires de terrain. L’objectif était avant tout d’appeler à la vigilance et à l’envoi de prélèvements sur les animaux pour détecter d’éventuelles contaminations. En France, le premier cas a été détecté le 25 janvier dans le nord-est du pays. La dernière mise à jour date du 9 mars et fait état de 670 élevages touchés (dont 634 ovins, 26 bovins et 10 caprins). Les régions touchées sont dans le nord et le centre de la France, dans des zones de fortes concentrations d’élevages ovins et bovins. Le Grand Ouest est pour le moment épargné, probablement en raison d’un vent dominant qui a dû « repousser » le vecteur de transmission l’été dernier, mais également du fait d’une plus faible densité de production ovine. Concernant ce vecteur, les chercheurs belges ont confirmé, il y a quelques jours, avoir capturé des cullicoïdes (moucherons piqueurs) porteurs du virus. Cette découverte confirme que le virus est diffusé par des insectes, cependant les chercheurs n’excluent pas totalement qu’il y ait d’autres vecteurs de transmission. C’est au printemps, lorsque les larves de ces moucherons piqueurs écloront, que nous saurons si elles sont porteuses ou non du virus.
Malgré ces incertitudes, les dernières observations présentent une évolution moins rapide du nombre de cas qu’au début de la crise. Par exemple, lorsqu’un agneau contaminé naît, il n’est pas viable et il meurt. La brebis, elle, n’est plus porteuse du virus et peut mettre bas à nouveau. Pour les bovins, nous en saurons plus prochainement, lorsque la période des vêlages commencera. Pour les éleveurs, à partir du printemps, il faudra essayer de protéger les animaux des piqûres d’insectes, mais ce n’est jamais très facile. C’était l’une des mesures préventives préconisées pendant la crise de la FCO (fièvre catharrale ovine), mais elle est difficile à mettre en œuvre.

Quelle a été la réactivité de la communauté scientifique pour faire face à l’apparition de ce nouveau virus ?
Justement, la crise de la FCO a permis de tirer des enseignements sur la gestion de crise sanitaire. À l’échelle européenne, la réactivité des autorités sanitaires a été très bonne. En Allemagne, dès l’identification de ce nouveau virus, les scientifiques ont mis au point un test de dépistage très rapidement. Puis la coordination de la recherche entre les États a permis d’éviter les doublons dans le développement d’outils de dépistage. Parallèlement, un programme de recherche communautaire déposé par l’Allemagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique et la France auprès de la Commission européenne devrait être examiné courant avril. Il s’agit de faire produire des anti-corps par des animaux contaminés. À l’échelle nationale, via le Réseau français de la santé animale, tous les représentants (recherche, administration, industrie pharmaceutiques, éleveurs) ont coordonné leurs travaux respectifs. Cette stratégie avait été mise en place pendant la crise de la FCO. Pour la gestion de ce nouveau virus, la coordination nationale a donc été plus efficace. Finalement, la coordination efficace dès l’apparition d’un nouveau virus est l’un des points positifs que nous avons pu tirer des crises précédentes.

Quels outils ont été mis au point et avec quels moyens ?
En premier lieu, il faut être capable de détecter le virus à grande échelle. Il existe déjà une méthode de dépistage mise au point par les Allemands. Elle a été mise en place rapidement au départ, mais n’a pas vocation à être utilisée à grande échelle. Or, les laboratoires ont besoin d’un test de dépistage automatisé pour avoir une plus grande capacité d’analyse. C’est ce qu’ont développé par la suite deux sociétés françaises. Dans les semaines à venir, la méthode devrait être validée. Ces deux dispositifs permettent d’avoir un suivi sérologique (recherche d’anticorps chez les animaux contaminés) et épidémiologique (étude de la propagation) du virus. Concernant les recherches sur les vaccins, il est certain qu’il n’y aura pas de vaccin dans les trois mois à venir. D’une manière générale, la mise au point d’un vaccin peut prendre plusieurs mois.
Le coût financier de ces recherches est conséquent. Il s’élèverait à plusieurs centaines de milliers d’euros. Les moyens humains ne sont pas non plus négligeables. Nombre de scientifiques et de techniciens ont été et sont encore sollicités dans les laboratoires et sur le terrain.

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