Les machines agricoles conçues pour limiter l’impact du tassement du sol auraient-elles un effet inverse à celui recherché ? Une étude de Christian Dersigny, chercheur agronome auprès de la chambre d’Agriculture de l’Oise, lance le débat, initié à l’occasion d’une journée organisée par l’Institut Lassalle-Beauvais le 26 mars.
À l’heure actuelle, pour lutter contre le tassement, les industriels proposent des machines dites « intégrales ». Dotées de pneus larges et d’une « démarche en crabe » (train arrière en décalé), ces machines permettent un travail en continu (débardage en fin de parcelle), laissent un sol nivelé et donnent l’impression d’une parcelle non tassée. Or, « le poids de ces machines est réparti sur toute la parcelle, et c’est 100 % du sol qui est soumis au tassement, voire plus car il y a des chevauchements », s’inquiète Christian Dersigny, chercheur agronome auprès de la Chambre d’agriculture de l’Oise, et dont les travaux sur une parcelle de betterave sucrière irriguée (cultivée en rotation avec du blé et du maïs) ont été présentés à l’occasion d’une journée sur la mécanique des sols agricoles organisée par l’Institut Lasalle-Beauvais le 26 mars.
Double effet
« Ce type de machine pèse entre 45 et 50 tonnes, soit deux à trois fois plus qu’un tracteur remorque utilisé en conventionnel », précise-t-il. De fait, « en profondeur, la technique intégrale a un impact sur le tassement pouvant être supérieur au conventionnel », affirme-t-il. Il prévient également que ce phénomène peut être irréversible dans les couches inférieures difficiles d’accès. D’un point de vue économique, Christian Dersigny ajoute que « l’agriculteur doit faire appel à un entrepreneur car l’équipement en intégral coûte plus cher qu’un simple tracteur remorque ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
À l’inverse, l’impact sur les trente premiers centimètres est plus faible qu’en méthode conventionnelle. Ainsi, la levée du blé après la culture de betterave est nettement supérieure : 340 pieds au mètre carré pour l’intégrale, contre 271 en conventionnel. En outre, cette couche bénéficie de l’action mécanique du travail du sol et du gel (dilatation du sol) qui aide au retour d’une porosité. « Il y a un rééquilibre qui se fait en fin de campagne », souligne l’agronome. Autre enseignement : il n’y a pas de tassement en condition de sol sec ou dans un sol saturé en eau. Celle-ci joue un rôle tampon limitant l’impact du tassement grâce à son caractère incompressible.
De nombreuses questions subsistent concernant l’ampleur de la dégradation lié au tassement. Celle-ci dépend de plusieurs facteurs (nature des sols et du climat, pratiques culturales, etc.) et rend difficile l’évaluation du risque de tassement. « On manque de recherches sur les sols », insiste Pauline Defossez, chargée de recherche à l’Inra de Reims.