Les maïsiculteurs, réunis les 22 et 23 novembre à Toulouse, ont placé leur congrès sous le signe de la reconquête. Il s’agit d’inverser la tendance à la baisse des surfaces en maïs en France. Si la bonne récolte de 2017 confirme la performance du maïs, les prix ne sont toujours pas au rendez-vous. Or, il s'agit du premier argument avancé par les agriculteurs pour expliquer leur moindre intérêet pour cette culture. Par ailleurs, Arvalis explore les systèmes de production pour retrouver de la compétitivité et répondre aux contraintes réglementaires, du marché, aux questions de la société. Les premiers résultats de son projet Syppre montrent qu’innover suppose d’avoir à disposition tous les moyens de production. L’eau en est un. Irrigants de France espère un déblocage des créations de réserves.
« Sur l’année 2017, le maïs démontre une nouvelle fois sa performance : un rendement historique » de 103 q/ha en moyenne selon Arvalis, a souligné le président de l’AGPM Daniel Peyraube. « Cette plante sait s’adapter » aux conditions climatiques, d’après lui, « 75 % des cultures étant sous contraintes pluviales ». Pour autant, le maïs cède du terrain. Ses surfaces affichent -17 % sur la période 2012-2017. Les quelque 660 congressistes réunis à Toulouse ont pu donner leur explication : ils se sont prêtés au jeu du nuage de mots collaboratif via un sondage par Internet. C’est le prix de vente qui, pour eux, rend le maïs moins attractif, très loin devant d’autres facteurs comme l’irrigation.
Mauvaise image chez le grand public
Lors d’une table ronde sur le thème du maïs « à la reconquête des territoires », Jean-Claude Bévillard, vice-président de France Nature environnement (FNE), a encore assombri le tableau. « L’image du maïs n’est pas très bonne » dans la société, a-t-il souligné. De vives tensions apparaissent au sujet de l’irrigation, d’après lui. La monoculture est aussi en cause. Quand il y a du maïs, « les paysages sont banalisés », a pointé Jean-Claude Bévillard, admettant que cela concerne plus certaines régions que d’autres. Beaucoup de concitoyens l’associent aux OGM, ou encore rejettent « le couple soja/maïs, à la base de systèmes d’élevage qui souvent génèrent des problèmes environnementaux ».
Pioneer veut « reconquérir 500 000 ha » de maïs
Le semencier Pioneer a, quant à lui, livré un message très positif. « Le succès mondial du maïs ne se dément pas : la production augmente sur tous les continents, c’est la première céréale cultivée, avec un rendement qui progresse malgré le changement climatique », a souligné Bruno Bertheloz, directeur général de Pioneer France. Si la culture s’essouffle dans l’Hexagone, c’est qu’elle est peut-être « trop standardisée », d’après lui. « On oublie que le maïs est une plante adaptable, résiliente, tolérante au stress thermique et hydrique, valorisant le mieux chaque goutte d’eau », a-t-il considéré. Pioneer France a un plan ambitieux : reconquérir un demi-million d’hectares d’ici cinq à dix ans. Il ne s’agit pas tant de convaincre les utilisateurs, pour lesquels le semencier veut limiter la baisse des surfaces, mais de séduire des agriculteurs qui ne cultivaient pas de maïs jusqu'alors. Par exemple, 250 000 à 350 000 hectares supplémentaires sont visés dans la moitié Sud, avec des cultures dites « dry », économes en eau.
FNE prône la diversification
« La solution passe par la diversification » de l’assolement, a répondu pour sa part Jean-Claude Bévillard, interrogé sur la façon de redorer le blason du maïs. Pour lui, cela permet de limiter les risques économiques face à des aléas qui rendent plus périlleux les systèmes de cultures purement céréaliers. « Tout ce qui est mono va être difficile : c’était un signe de modernité pendant des années, aujourd’hui c’est plus synonyme de fragilité », a-t-il poursuivi, rappelant la crise céréalière particulièrement aiguë l’an dernier avec la mauvaise récolte.
Des pistes d’innovation
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Arvalis a dévoilé les premiers résultats du projet Syppre, sur des systèmes de production performants et respectueux de l’environnement. « L’objectif est d’explorer tous les systèmes de production innovants pour retrouver de la compétitivité, répondre aux contraintes réglementaires, du marché, aux questions de la société », a expliqué Gilles Espagnol, responsable national de la filière maïs à l’Institut du végétal. Son analyse des marges met en évidence un décrochage lors de l’introduction de cultures en plus du maïs. Une mise en rotation qui peut aussi dégrader l’IFT (Indice de fréquence de traitements). L’utilisation de glyphosate s’avère parfois nécessaire pour innover, d’après lui. Pour réguler la croissance du couvert sous maïs, la solution phytosanitaire s’impose. Très en vogue, le couvert vivant semble impossible à conduire sans irrigation, d’après lui. « Innover, cela implique d’avoir à disposition tous les moyens de production, a-t-il déclaré. Mais aussi de balayer les dogmes. »
Lever les blocages sur l’eau
Autre écueil, le manque d’accès à l’eau. L’association des Irrigants de France espère un déblocage des créations de réserves en eau, a-t-elle confié en assemblée générale le 22 novembre, après la mise en place la semaine précédente d’une cellule d’expertise sur la gestion de la ressource en eau, sous la tutelle des ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique. « J’espère que la nouvelle cellule d’expertise apportera des solutions concrètes aux difficultés actuelles et permettra un déblocage des créations de réserves », a déclaré Eric Frétillère, président de l'association. Des « signaux positifs » apparaissent « depuis deux ans », a-t-il relevé, disant son optimisme sur l’émergence d'« une politique un peu plus dynamique ».
Sur les 47 projets de territoire en cours, la cellule d’expertise devrait rapidement commencer par en examiner trois pour remédier aux points de blocage, a-t-il indiqué à Agra Presse. Cette cellule, placée sous la responsabilité du préfet Pierre-Étienne Bisch, réunit deux membres des ministères, un représentant de la profession agricole, un autre des associations de protection de la nature.
Une absence du ministre mal perçue
« Nous n’acceptons pas que, ce soir, vous ne soyez pas présent », a lâché le président de l’AGPM Daniel Peyraube, affirmant que Stéphane Travert « boude peut-être les organisations agricoles ». Une place vide qui laisse la place à d’autres ministères pour parler d’agriculture « souvent maladroitement », d’après lui. Philippe Pinta, le président de l’AGPB (producteurs de blé), a également fait part de son malaise. « Les associations spécialisées ont l’impression d’un ministre aux abonnés absents », a-t-il dit. Et d’expliquer le problème : « Les corps intermédiaires ne sont pas écoutés » quand les interprofessions le sont, or ces dernières « ne peuvent pas jouer le même rôle », d’après lui.
Des faucheurs volontaires anti-pesticides manifestent en plein congrès
Une poignée de Faucheurs volontaires se sont glissés parmi les quelque 660 participants au congrès du maïs à Toulouse, interrompant l’exposé de l’écrivain philosophe Luc Ferry sur l’innovation. « Le glyphosate, on n’en veut plus ! », ont-ils scandé. Une fois expulsés de la salle, les manifestants ont occupé les abords du centre de congrès, distribuant des tracts contre les pesticides. Luc Ferry a ironisé en voyant là l’illustration de ses propos « contre le fondamentalisme vert », sous les applaudissements des maïsiculteurs.