Le groupe coopératif des Maîtres Laitiers du Cotentin affiche une santé commerciale et financière à faire pâlir d’envie n’importe quel opérateur du secteur. Il prévoit d’appliquer à l’Europe la recette de son succès en France.
Le résultat net des Maîtres Laitiers du Cotentin a atteint pour l’exercice 2002-2003 près de 6 % d’un chiffre d’affaires consolidé de 350 millions d’euros pendant que les transformateurs laitiers trop orientés sur les produits industriels s’enfonçaient, de leur côté, dans la crise. La coopérative rémunère ses 1 100 producteurs qui lui apportent 330 millions de litres de lait, à hauteur de 0,36 euro du litre, même après l’accord de baisse interprofessionnelle nationale signé fin mars et avec les compléments de prix. Raison de cette « success-story » à la normande, la stratégie appliquée avec constance depuis 25 ans par le directeur général, Jean-François Fortin : ne produire que du fromage frais, sous marques de distributeurs pour les grandes surfaces (60 % du chiffre d’affaires) et à marque propre Montebourg pour la restauration hors domicile (40 % des ventes, catering aérien notamment).
Une spécialisation : le fromage frais
Le groupe, qui emploie quelque 700 personnes, fabrique près de 90 000 tonnes de fromage frais par an dans sa principale usine située à proximité du siège social. C’est 80 % de son chiffre d’affaires et rien de moins que « 9 à 10 % du marché français dans la grande distribution », souligne Jean-François Fortin. Le reste de l’activité se répartit entre les crèmes (13,5 millions de litres dont 10,5 millions de litres de crème fraîche), un peu de lait pasteurisé (3,6 millions de litres) et un peu de beurre (2 250 tonnes), produits à Sottevast avec 550 personnes.
L’entreprise compte deux outils annexes : l’unité de Valognes qui compte 80 salariés et accueille les fabrications de pâtes pressées non cuites (4 500 tonnes), pour 80 % de type raclette. La dernière unité, acquise en 2002, se situe à Tribéhou, également dans la Manche, et ne fabrique que des crèmes (1,5 million de litres) et beurres (250 tonnes) sous AOC d’Isigny.
Bâtie sur les décombres de l’Union des coopératives agricoles de la Manche, la coopérative des Maîtres laitiers du Cotentin a grossi par à-coups pendant les 20 dernières années. Elle a absorbé six laiteries indépendantes de la Manche, mais sans jamais se départir de sa stratégie. « Il y a une vingtaine d’années, rappelle Jean-François Fortin, le marché du fromage frais progressait de 10 à 12 % l’an ». Au fil du temps, l’offre produits et packagings du groupe a considérablement évolué pour satisfaire les demandes des distributeurs et maxidiscompteurs. « Ce qui m’anime, explique le directeur général, c’est de donner au consommateur le produit qu’il souhaite ». Exemple : les Maîtres Laitiers du Cotentin imposent aux fournisseurs en aliments du bétail de leurs adhérents une alimentation pour bovins garantie sans OGM.
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Un projet d’investissement lourd
Cette méthode, les Maîtres Laitiers comptent bien l’appliquer une seconde fois, à l’échelle européenne cette fois. Son conseil d’administration a pris récemment la décision de procéder à une importante extension de sa principale usine totalement saturée. Le dossier, parti dans les tuyaux administratifs, prévoit d’investir près de 46 millions d’euros dans les prochaines années pour doubler la production de fromage frais en dix ans. En clair : passer de 90 000 à 200 000 tonnes de fabrication de fromages frais par an, précise Jean-François Fortin.
« Les pays de l’Europe des 15 (je ne parle pas des dix nouveaux) consomment nettement moins de fromage frais qu’en France, explique-t-il. On peut donc imaginer que demain ils auront les mêmes comportements d’achat ». Alors que le marché français progresse de 2 à 3 % par an, tout reste donc à faire en Europe. Cette stratégie, cependant, ne fonctionnera que si « des solutions industrielles sont apportées aux produits type beurre, lactosérum, poudres car en doublant nos fromages frais, nous doublerons les co-produits », avertit le dirigeant.
L’Europe a déjà poussé les Maîtres laitiers du Cotentin, qui réalisent aujourd’hui 10 à 12 % de leurs ventes à l’exportation dans les pays limitrophes, à adhérer au réseau de laiteries Mona monté par le groupe néerlandais Campina-Melkunie Agra Industrie n°63 du 6 mai 2004. En tout cas, au vu du nombre d’adhésions à la coopérative, les producteurs de lait croient en la stratégie des Maîtres laitiers du Cotentin, qui tiennent plus que tout à l’appellation lait de Normandie. Des producteurs qui protestent certainement moins qu’ailleurs contre la baisse des prix du lait négociée si difficilement en France.