Les manifestations se multiplient en France depuis quelques jours, et particulièrement en Languedoc-Roussillon, pour dénoncer les « grandes difficultés » que rencontrent les viticulteurs. Rétrospective.
* « Caravane » de tracteurs de Montpellier à Paris
Cinq tracteurs du collectif de viticulteurs « Paysans toujours » du Languedoc-Roussillon ont quitté le 19 janvier Montpellier pour aller interpeller à Paris les candidats à la présidentielle, sur les « très grandes difficultés » du secteur. « De nombreux viticulteurs sont au bord de la cessation de paiement, les cours du vin se sont effondrés alors que sur les trois dernières années, le prix du vin a augmenté de 4% en moyenne dans la grande distribution, le secteur a perdu 10 000 emplois au cours des 18 derniers mois, c’est tout un tissu économique qui s’écroule », a déclaré Bernard Rouanet, un responsable du collectif. Le collectif, « multipolitique et asyndical », affirme lutter pour préserver « la variété des produits » et leur « spécificité méditerranéenne » et contre l’arrachage des vignes. Il devait rencontrer Marie-Georges Buffet (PCF), Jean-Marie Le Pen (FN), Gérard Delfau (sénateur RDSE) et Dominique Strauss-Kahn (PS). François Bayrou (UDF) a reçu le 16 janvier ces viticulteurs à Lignan-sur-Orb (Hérault).
* Appel à l’ « union sacrée » pour sauver la viticulture
Georges Frêche, président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, a lancé le 19 janvier à Perpignan, un appel à l’ « union sacrée derrière les viticulteurs » de Languedoc-Roussillon, « âme de la région », « pour sauver la viticulture, base culturelle depuis 27 siècles ». « J e veux pour les viticulteurs autre chose qu’un destin de RMIste. Tous les élus, nous devons nous engager aux côtés des viticulteurs », a-t-il déclaré. « Cette région est la première région viticole du monde, et de plus maintenant, nous avons aussi les meilleurs vins du monde », a-t-il ajouté.
* Manifestation contre « l’agonie » en Gironde
Rassemblés à l’appel de syndicats agricoles et salariés (FDSEA ou encore CGT), environ 200 viticulteurs des appellations bordeaux et bordeaux supérieur ont manifesté le 20 janvier à Saint-Macaire (Gironde) contre « l’agonie viticole » et pour exiger « autre chose que des aides d’urgence ». Une délégation était reçue en sous-préfecture à Langon. « Nous demandons des soutiens financiers à notre économie locale » ainsi que des « évolutions réglementaires » pour compenser l’interdiction des prix planchers, a expliqué Franck Ballester, directeur de la FDSEA-33, « les bordeaux et bordeaux supérieurs étant touchés de plein fouet par la baisse des prix du vrac ». « Les conséquences économiques (de la crise que traverse le secteur des appellations génériques) se font déjà sentir sur les emplois saisonniers, sur les fournisseurs », a prévenu le syndicaliste, qui a précisé que « d’autres actions (étaient) dans les tuyaux ». Les bordeaux et bordeaux supérieurs représentent plus de 50% des AOC du Bordelais.
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* Manifestation dans l’Hérault pour « un revenu »
Une quarantaine de viticulteurs de l’Hérault ont manifesté le 23 janvier à la Direction départementale de l’Agriculture (DDA) à Montpellier pour « demander un revenu » et une rencontre avec la grande distribution « sur le prix du vin ».
Les revenus de ces « viticulteurs de base » sont « insuffisants ou inexistants » selon eux. « Il n’est pas normal qu’on nous achète le vin à un prix inférieur au coût de production, que le prix de la bouteille soit en augmentation de 4 % depuis 4 ans alors que la grande distribution nous achète le vin à 40 % moins cher», a expliqué Serge Azaïs, qui exploite 25 ha. « Je couvre mes frais mais il me reste 3 000 euros pour vivre et ça fait 3 ou 4 ans que mon revenu baisse », a souligné Christophe Adgé (15 ha de vignes). Christophe Sabatier, installé depuis septembre 2005 sur une exploitation familiale de 15 ha, a perçu « zéro revenu pour 2006 et vit sur le salaire de sa femme ». Son voisin, Luc Girard, (12 ha), a enregistré en 2006 « une baisse de 6 000 euros de son chiffre d’affaires par rapport à 2005 ».
* Hypermarché bloqué à Carcassonne pour parler « prix »
Une quarantaine de jeunes viticulteurs de l’Aude ont bloqué le 24 janvier l’entrée d’un hypermarché de Carcassonne afin de protester contre les marges abusives pratiquées, selon eux, par la grande distribution sur le vin. Les manifestants, portant une banderole « Jeunes agriculteurs de l’Aude », ont incendié des pneus et distribué des tracts. Sur le prix de chaque bouteille de vin vendue, 10% vont au viticulteur, contre 75% à la grande distribution et 15% au négoce, affirme le tract. Les viticulteurs demandent l’organisation d’une table ronde régionale, autour du préfet, avec les représentants des viticulteurs, de la grande distribution et du négoce.