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Les raisons de la crise Les marchés bretons victimes du soleil

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La raison principale de la chute brutale des cours des artichauts, choux-fleurs ou encore brocolis  ? Principalement le beau temps persistant en septembre qui a poussé la production mais ralenti la consommation de ce type de produit. Les marchés devraient entrer en phase de redressement mais d'autres productions, dans d'autres régions, comme les endives dans le nord, sont à surveiller. Analyse de Jean-Luc Cattin, spécialiste des marchés des fruits et légumes avec sa société Infomarché.

QU'EST-CE qui explique cette soudaine crise des légumes bretons tels que l'artichaut, le chou-fleur ou encore le brocolis ? Principalement le… soleil. Ces trois produits ne sont pas stockables, sauf à perdre beaucoup de leur qualité. L'équilibre production consommation détermine donc très directement la tenue des cours, et ce dans une période assez courte, fin août et septembre, selon l'avancement de la production.

Tout début septembre, cette année, les apports sur le marché se sont mis à exploser, principalement en raison d'un beau temps persistant sur la Bretagne, favorable à la production. Sur la semaine n°36 par exemple, explique Jean-Luc Cattin, les apports d'artichauts « globuleux Castel » ont atteint 1 570 tonnes. L'année précédente, le marché représentait moins de 300 tonnes sur cette qualité. Le phénomène se poursuit la semaine suivante : 1 900 tonnes de variétés Camus et Castel arrivent sur le marché, laissant en Bretagne 940 tonnes d'invendus. La raison : la demande n'a pas suivi.

Pas de stockage

À ce moment, sur l'ensemble du territoire, il fait beau. Le Français continue à consommer des tomates. Il ne s'est pas encore mis à ces légumes d'automne, plus adaptés au temps froid et humide que sont les artichauts, choux-fleurs ou brocolis. Or, pour les premiers, la production a été particulièrement forte. Ces produits ne se stockant pas (impossible de les mettre longtemps en chambre froide ou encore d'en retarder la récolte), les cours aussitôt s'en ressentent. L'artichaut Camus, qu'on pouvait voir les années précédentes, selon Jean-Luc Cattin, à 1-1,5 euro le kilo, chute à 0,60,8 euro le kilo. Les cours les plus bas sont atteints les 17-18-19 septembre, à la veille des incendies provoqués en Bretagne.

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La situation a été aggravée, indirectement, par l'embargo russe. Non parce que cet embargo pénaliserait des artichauts ou choux-fleurs venus de Bretagne. Mais parce qu'il crée, à travers toute l'Europe, un phénomène d'engorgement des marchés légumiers. Les produits de l'Est se retrouvent davantage vers l'Ouest alors même que la consommation plafonne. L'embargo russe ne fut pas un catalyseur de la crise mais il a créé un contexte propice à son aggravation. A cela s'ajoute le fait que ni l'artichaut ni le chou-fleur ne sont des produits en développement, tant en matière de consommation que de production. Selon FranceAgriMer, la production française d'artichaut s'est réduite de 25% entre une moyenne 2008/2012 et l'année 2013. Sur cette période, la consommation des ménages a diminué de 7%. Sur la même période, la production de chou-fleur s'est réduite de 8,5% et la consommation de 6,3%.

Attention à l'endive

En tout cas, les prix bas persistaient durant la 38e semaine. En fin de mois, un redressement est attendu. « Il n'y a plus d'eau en Bretagne », remarque Jean-Luc Cattin, évoquant l'absence de pluie depuis plusieurs semaines. Du coup, la production devrait se réduire, d'autant que l'artichaut est très sensible au manque d'eau. Une perspective d'espoir pour les producteurs. En tout cas pour ceux qui ont encore des produits à vendre.

Mais une crise pourrait succéder à celle des produits bretons. Celle de l'endive qui pousse majoritairement dans le Nord. Déjà, les volumes de production entrant sur le marché sont importants alors que la consommation n'a pas démarré. Depuis mi-septembre, les cours sont nettement en-dessous de ceux de 2013. Là aussi, la clef du marché sera la consommation.