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Campagne 2010 Les marchés de fruits et légumes équilibrés par les retards de récolte

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La campagne 2010 de fruits et légumes commence par des marchés plutôt équilibrés, sans crise de surproduction prévisible pour l’instant, du fait de retards de récoltes, notamment en tomates, asperges, fraises. Dans la filière, le secteur de la production attend de la distribution des opérations de valorisation des produits pour consolider cette conjoncture et éviter par dessus tout les crises comme celles de 2009.

Globalement, les marchés de fruits et légumes en cette campagne 2010 qui commence se présentent mieux que les deux années passées à la même époque. Cette meilleure orientation des cours, visible surtout en tomates, asperges, fraises, tient aux retards de récoltes en France, ainsi qu’aux pluies qui ont touché l’Espagne et le Maroc.

Tomate : moindre concurrence de l’Espagne et du Maroc
La note de conjoncture d’Interfel (l’interprofession des fruits et légumes frais), datée du 29 mars, fait état d’une « modeste progression de la production française » de tomate, d’un « net repli des apports » au marché de Saint-Charles, près de Perpignan, le carrefour des régions de production et d’importation. Cette situation a conduit à un « déséquilibre offre/demande » et à des « hausses de cours en tous bassins ». Ce qui s’est traduit, sur le marché d’expédition du Roussillon, par des prix de 2,40 euros le kilo pour la « grappe extra » durant la semaine 12, contre 2,10 la semaine précédente. À comparer aussi avec 1,65 euro en semaine 13 de 2009 et 1,35 euro en semaine 13 de 2008. « La baisse d’arrivages (à Saint-Charles) est surtout le fait du Maroc qui semble privilégier l’approvisionnement local », commente Interfel.
Pour Pierre Diot, président de l’AOP « tomates » (association d’organisations de producteurs), cette situation « devrait apporter la sérénité au marché pendant le mois d’avril », voire au-delà. « Il suffit d’une moindre concurrence de l’Espagne et du Maroc pour que le marché se rééquilibre ». Le Maroc est atteint par le parasite tutta-absoluta, un insecte venu d’Amérique du Sud, tandis que l’Espagne a connu le mildiou et le botrytis cette année en raison de pluies excessives.

Des tomates turques échouées à Rungis
Cette sérénité du marché a toutefois été troublée par une nouvelle qui a circulé dans la filière : des lots de tomates en provenance de Turquie sont arrivés à Rungis fin mars, fait rare, cette provenance étant inhabituelle. Cette présence des tomates turques s’explique par des déboires de la Turquie à l’exportation en Russie. Ne trouvant pas de débouchés à l’Est, les exportateurs turcs ont vendu en Europe de l’Ouest à bas prix, jusqu’en Ile-de-France, selon la filière. Un « coup » commercial qui suscite la vigilance des professionnels.
Pour un produit très saisonnier, l’asperge, les cours d’expédition des régions Languedoc et Provence sont supérieurs à ceux de l’an dernier : 13 à 14,50 euros le kilo pour l’asperge blanche, contre 6,80 à 8,40 en semaine 13 de 2009 et 6,20 en semaine 13 de 2008. Interfel fait état de pluies abondantes qui ont entraîné « des difficultés à récolter et ainsi des volumes peu significatifs ». Sur certains marchés d’intérêt national, « seules les asperges espagnoles et péruviennes étaient présentes », note l’interprofession.
Sur le marché de la fraise, un des premiers fruits de la campagne, la conjoncture est favorable également : 8 euros le kilo de gariguette départ expédition Sud-Ouest en semaine 12, contre 6,40 en semaine 13 de l’an dernier et 6,20 en semaine 13 de l’année précédente. Explication : la majorité des approvisionnements proviennent encore d’Espagne à cette période, mais les problèmes qualitatifs de cette origine ont limité l’offre pour ce produit également.

Pommes : les prix bas ne relancent pas la demande
Si la nouvelle campagne s’annonce plus saine que la précédente, les vestiges de la campagne 2009, avec les pommes, sont toujours caractérisés par des cours inférieurs à ceux des années précédentes : 0,65 euro le kilo en variété Braeburn au stade expédition du Val de Loire en semaine 12, contre 0,69 en semaine 13 de 2009 et 0,73 en semaine 13 de 2008. La Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) a par exemple noté une promotion de pommes polonaises à 2,29 euros les deux kilos de Gala dans un magasin hard discount.
Les deux fédérations de producteurs (de fruits et de légumes) veulent éviter par dessus tout les mêmes symptômes que les crises de 2009. Elles attendent de la distribution des opérations de valorisation des produits par des moyens plus élaborés que la seule baisse des prix, d’autant plus que celle-ci ne joue pas toujours comme moyen de relancer la demande. « La demande n’est pas toujours élastique » (la baisse du prix n’entraîne pas de remontée de la demande), rappelle Interfel, à l’aide de plusieurs exemples observés en 2009 : pour la pêche-nectarine, baisse des prix de 3% sur trois ans, baisse de la demande de 3% ; pour le raisin, baisse des prix de 6% en 2008, baisse de la demande de 7% ; pour la prune, la hausse moyenne des prix de 2% de 2005 à 2007 n’a pas empêché une envolée de la demande de 7%.

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