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Les marchés des grains sous tensions politiques

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Les cours des grains subissent les tensions commerciales entre Pékin et Washington. En un peu moins de quatre semaines, ils ont plongé à Chicago d’environ 13 % pour le blé et le maïs, plus de 14 % pour le soja. Les fondamentaux sont relégués au second plan.

Le prix du soja coté à Chicago a dévissé suite aux derniers remous entre les États-Unis et la Chine, premier client de l’oléagineux américain. Le boisseau (environ 25 kg) pour livraison en juillet s’affiche désormais sous la barre des 9 $, venant même en cours de séance le 19 juin chercher les 8,40 $, son plus bas depuis dix ans, d’après Agritel. Également affaibli par la perspective d’une récolte abondante, le cours du soja a dégringolé de plus de 7 % lors de cette séance, de près de 13 % par rapport au 25 mai. « La posture des investisseurs a complètement changé », remarque Bill Nelson, spécialiste des marchés agricoles pour Doane Advisory Services. « On parlait de la menace de sanctions chinoises depuis mars, mais on espérait bien aboutir à une sorte de résolution, souligne-t-il. Cette fois-ci, les sanctions semblent inévitables. »

La Chine a acheté en 2017 pour 12 Mrd $ de soja américain, soit environ 30 % de la production du pays. Pékin a plusieurs fois averti qu’il imposerait des droits de douane à hauteur de 25 % sur ces achats si Washington mettait vraiment en œuvre des tarifs supplémentaires. Or, après avoir déjà annoncé le 15 juin vouloir taxer de 25 % additionnels 50 Mrd $ d’importations chinoises, Donald Trump a menacé le 18 juin d’imposer pour environ 200 Mrd $ de biens additionnels à hauteur de 10 % supplémentaires.

Le soja entraîne d’autres graines dans sa chute

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« Personne ne gagne aujourd’hui », a réagi dans un communiqué le vice-président de l’Association américaine du soja Davie Stephens, producteur dans le Kentucky. « Alors même que la période est déjà difficile économiquement pour les agriculteurs et que les prix ont beaucoup baissé, cette incertitude a fait encore plus chuter les cours », déplore-t-il. « La Chine est un marché vital et solide qu’on ne peut pas se permettre de perdre. » Agritel signale que les tensions entre Pékin et Washington auraient déjà provoqué l’annulation de plus de 3 Mt livrées à la Chine sur ses quelque 100 Mt d’importations annuelles de soja.

L’Empire du Milieu ne peut pas se permettre d’arrêter d’acheter du soja, ne serait-ce que pour nourrir ses importants élevages de poulets et de porcs, rappelle Bill Nelson. Et le pays va sans doute se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement comme le Brésil et l’Argentine, incitant d’autres acheteurs à se tourner à leur tour vers les États-Unis.

Dans le sillage du soja, les prix Euronext plongeaient dans le rouge le 19 juin en colza (347,50 €/t contre 364,25 €/t le 29 mai), en maïs (162 €/t contre 173,50 €/t) et en blé (171,75 €/t contre 185,75 €/t) avant de rebondir les jours suivants.