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Légumes transformés Les menaces potentielles de la réforme de l'OCM

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« L'approvisionnement en matières premières : le nouveau défi de l'industrie transformatrice de légumes de l'UE » a été le thème central de la 5 conférence de l'OEITFL (Organisation européenne des industries transformatrices de fruits et légumes) qui a réuni, le 20 avril à Diegem (Belgique), une centaine de patrons et de délégués d'industries originaires de 13 Etats membres de l'UE. Une occasion qui a permis aux participants d'exprimer leurs inquiétudes notamment en ce qui concerne la disponibilité en matières premières à moyen et à long terme, les conséquences potentielles de la réforme de l'OCM fruits et légumes sur le secteur de la transformation et la baisse de la consommation de légumes surgelés ou en conserve en Europe. Le Français Pierre Sifflet, du groupe Cecab, interviewé en marge du congrès ,nous a en outre précisé les risques encourus par l’industrie hexagonale.

Le débat sur l'impact de la réforme de l’OCM fruits et légumes sur la filière a permis à Bernard Haspeslagh, directeur du groupe belge Coo Ardo et président du groupe « légumes surgelés » de l’OEITFL d’attirer l’attention des participants sur les implications du droit au paiement unique (DPU) pour le secteur de la transformation. Selon lui, « avec le nouveau système il n’y a plus de liens avec la production et toutes les terres occupées par les fruits et légumes seront désormais éligibles au DPU y compris les pommes de terre ».

Risque de tension entre les Etats membres

Pire, ajoute-t-il, « les deux options de paiement choisies par les différents Etats membres (« historiques » et « régionaux ») ne manqueront pas de créer des tensions entre les Etats membres ». A ses yeux, les producteurs de fruits et légumes doivent bénéficier des mêmes droits que leurs collègues cultivant des céréales afin d’être compétitifs et il serait « inacceptable que les Etats membres prennent des décisions en matière de subsides qui pourraient rendre un opérateur plus compétitif par rapport à son voisin ». Il faut, selon Bernard Haspeslagh, « que les autorités européennes, quelle que soit leur décision, puissent assurer une harmonisation entre les Etats membres ». Son collègue néerlandais, Hans Van Es, directeur du groupe « Produce Association », est allé plus loin en déclarant qu’avec la réforme de l’OCM « un grand nombre de producteurs de fruits et légumes vont quitter le secteur si bien qu’à la fin du processus les transformateurs seront dans l’obligation de s’approvisionner en matières premières de plus en plus à l’extérieur de l’Union européenne ». Il a plaidé pour le maintien, dans le cadre de la réforme, de la structure des Organisations de producteurs (OP) également pour le secteur des fruits et légumes transformés ainsi que pour « davantage de subsidiarité parce que la situation diffère d’un Etat membre à un autre ».

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Concurrence des biocarburants

« La source d’approvisionnement en fruits et légumes pour la consommation constituera un des plus gros défis de l’industrie pour les dix années à venir ». Michel Van Ginkel, directeur néerlandais de la société « Hak B.V », s’est montré très clair en ce qui concerne les inquiétudes du secteur vis-à-vis des bioénergies que l’UE voudrait promouvoir. Selon lui, depuis deux décennies les terres agricoles n’ont cessé de se rétrécir en Europe de l’Ouest au profit de l’urbanisation galopante, du tourisme rural et de la protection de la nature. Ajoutez à cela l’abandon de l’agriculture par nombre de producteurs « faute de profits suffisants ou de successeurs ». Résultat : déjà en 2007 il y a plus de demandes pour des terres à cultiver qu’il n’y a de terres disponibles. Que se passerait-il si la demande pour les matières premières pour la production de biocarburants venait à s’accroître ? Selon le directeur de Hak B.V des calculs auraient montré que pour remplacer 20% des carburants utilisés pour les transports, il faudrait utiliser quelque 65 % des terres agricoles aux fins de produire des biocarburants. Concernant son propre pays il estime que près d’un tiers des terres agricoles néerlandaises, notamment dans le nord, pourraient être mobilisées pour la production de biocarburants. A ses yeux, l’industrie devrait inscrire cette menace potentielle sur l’agenda politique européen car, dit-il, « si la mobilité des gens remonte aux temps modernes, nourrir la population a été de tous les temps ».

Relancer la consommation de légumes en conserve

Depuis plusieurs années, on constate une baisse de la consommation de légumes en Europe et cela en dépit des recommandations de santé publique provenant notamment d’organismes internationaux comme l’OMS. L’augmentation du nombre de repas pris hors domicile, le prix des légumes perçu comme élevé, et le manque de temps pour cuisiner, sont les principales causes de cette baisse de consommation, expliquent les responsables de l’OEITFL. Pour renverser cette tendance, un programme promotionnel triennal (2007-2009) cofinancé pour moitié par l’Union européenne a été lancé dans un premier temps dans trois Etats membres (France, Belgique et Pays-Bas). Doté d’un budget de 6 millions d’euros, ce programme regroupe des maraîchers et des transformateurs des trois pays (Unilet pour la France). Suzanne Meyer, la secrétaire générale de l’OEITFL, explique son principal objectif : « convaincre les consommateurs que les légumes surgelés et en conserve jouent un rôle déterminant en matière de santé publique et mettre fin aux idées reçues sur les légumes transformés » (« moins de qualités nutritionnelles que les légumes frais » ou « pour garder cette couleur on a certainement ajouté des colorants ou des conservateurs »…). Cette campagne promotionnelle vise des groupes spécifiques (médecins, nutritionnistes, diététiciens, presse spécialisée et enseignants) pour aider à amplifier le message (« les légumes surgelés et en conserve gardent une part importante de leurs nutriments vitaux pendant le processus de transformation », « faciles à préparer et disponibles toute l’année », etc…). Les logos et outils de communication pour cette campagne sont adaptés aux besoins et caractères de chacun des pays participants (sites Web, fascicules, dossiers de presse, recettes de cuisine, affiches, publicité grand public et campagnes à la TV, etc…). Une évaluation de cette campagne est attendue pour 2009, année de la prochaine conférence de l’OEITFL.