L’avenir du secteur laitier européen sera au centre des discussions des ministres de l’agriculture qui se retrouvent le 23 mars à Bruxelles. Compte tenu de la gravité de la situation dans un nombre croissant d’Etats membres, en raison notamment de la baisse des prix du lait, l’Allemagne a tenu à ce que ce point figure très officiellement sur l’ordre du jour du Conseil agricole bien qu’aucune proposition de la Commission européenne ne viendra sous-tendre le débat.
Alors que la première augmentation de 1 % des quotas laitiers résultant de l’accord sur la mise en œuvre du bilan de santé de la Pac doit prendre effet le 1 er avril prochain, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander à l’UE de répondre à la situation critique à laquelle sont confrontés de nombreux producteurs malmenés par la baisse des prix du lait. L’atterrissage en douceur prévu par Mariann Fischer Boel pour préparer la fin du régime des quotas laitiers programmée en 2015 est en train de se transformer en un véritable « crash » dans plusieurs Etats membres, déplore-t-on dans les milieux professionnels européens. Mais la Commission européenne, qui a récemment refusé la demande de l’Allemagne de reporter une décision sur le taux de la matière grasse dans le lait Voir n°3193 du 09/03/2009, qui aura pour effet d’accroître de 1 % les quotas dans certains Etats membres, ne devrait annoncer aucune décision allant dans le sens d’une contraction de la production communautaire « Toute idée de rouvrir le dossier des quotas doit être écartée », a affirmé le 18 novembre Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture, lors de la présentation à la presse de la communication sur la simplification de la Pac Voir même numéro.
Pas question de rouvrir le dossier des quotas
« Je ne sous-estime pas les difficultés actuelles des producteurs », s’est défendue Mme Fischer Boel, mais, selon elle, il convient de mettre davantage l’accent « sur les changements structurels qui ont besoin d’être entrepris dans le secteur laitier ». La commissaire à l’agriculture pourrait à ce propos éventuellement en dire un peu plus sur la date à laquelle elle entend publier le premier rapport intermédiaire prévu avant le 31 décembre 2010 sur l’évolution du marché et les conditions de démantèlement « en douceur » du régime des quotas. L’Allemagne souhaiterait que ce rapport, qui pourra être accompagné « si nécessaire » de propositions, puisse être disponible rapidement. D’autres Etats membres, en revanche, font valoir qu’il est préférable d’avoir suffisamment de recul avant de se livrer à une analyse de la situation.
Une crise exceptionnelle, selon les professionnels
Pour les organisations agricoles européennes, la crise exceptionnelle qui touche actuellement le secteur laitier fait peser une menace tant sur l’économie rurale (l’élevage concerne d’une exploitation sur deux en Europe) que sur la position de l’industrie laitière européenne à l’échelon mondial. Au cours de sa conférence de presse, la commissaire à l’agriculture a confirmé que les achats publics de beurre et de poudre de lait écrémé seraient poursuivis en 2009 au delà des plafonds fixés via des systèmes d’adjudication. Une telle procédure est déjà en cours pour le beurre, le plafond de 30 000 tonnes de beurre d’achat de beurre ayant été atteint le 4 mars et celui de 109 000 t pour la poudre de lait devrait l’être fin mars, selon le ministère français de l’agriculture. Début mars, 43 000 tonnes de lait en poudre ont été acceptées à l’intervention.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Par ailleurs, plusieurs Etats membres pourraient demander à la Commission de réactiver le régime d’aide à l’incorporation de lait écrémé en poudre dans l’alimentation animale ou le dispositif d’aide à l’écoulement du beurre destiné à la fabrication de pâtisserie ou de crèmes glacées qui est juridiquement en place jusqu’en juillet 2009, d’avancer de manière significative la date de versement (août) des paiements directs ou encore d’offrir un soutien économique substantiel aux exploitants laitiers via le plan de relance économique actuellement en discussion.
Les prévisions de Bruxelles pour 2009 et 2010
« Etant donné que les prix des produits laitiers ont enregistré un déclin prononcé en 2008, particulièrement au cours du quatrième trimestre, il est inévitable que le prix du lait payé au producteur subira une baisse substantielle en 2009 », souligne la Commission dans ses prévisions sur les marchés agricoles pour la période 2008/2015. Et la Commission s’attend aussi à des prix déprimés en 2010. La forte augmentation de la production de poudre de lait entier en 2008 (+ 11 %), accompagnée par un environnement porteur sur le marché mondial, a permis à l’UE d’exporter 463 000 tonnes (+ 27 %). Les perspectives pour 2009 sont encore relativement favorables, la production baisserait de seulement 1,2 %, tandis que les exportations augmenteraient de 1,9 % grâce au soutien des restitutions. « Les restitutions resteront nécessaires pour équilibrer le marché du lait entier en poudre en 2010, précise la Commission. Elle estime cependant que la faible demande mondiale et la concurrence des autres pays fournisseurs, limitent le potentiel d’exportation de l’Union. Les prévisions de Bruxelles sont plus optimistes pour les fromages et les produits laitiers frais à valeur ajoutée en raison d’une reprise de la consommation dans l’Union.