Dans quelle mesure les traitements phytosanitaires polluent-ils l’atmosphère ? Cette pollution reste-t-elle locale ou parcourt-elle des milliers de kilomètres ? Différentes équipes de recherche ont fédéré leurs travaux lors d’un colloque à Avignon sur le thème « Pesticides : comment réduire les risques associés ? », du 14 au 16 novembre 2005. Le colloque avait pour but de présenter les résultats des travaux de recherche financés par le ministère de l’Ecologie suite à un appel à projets en 1999 puis en 2002. Ces travaux ont montré que la pollution de l’air par les pesticides est surtout due à la volatilisation des pesticides après les traitements, et non en cours de traitement.
« Nous avons désormais la preuve que la contamination de l’air par les pesticides n’est pas seulement liée au phénomène de dérive au moment du traitement, mais aussi à un phénomène de volatisation des pesticides déposés sur les couverts végétaux et sur le sol en post-application», explique Marc Chevreuil, chercheur au laboratoire hydrologie et environnement de l’Université de Jussieu. Ainsi, un pesticide peut se retrouver dans l’atmosphère à cause de deux phénomènes : la dérive, c’est-à-dire la perte de matières actives au moment de l’application, ou la volatilisation de la substance active qui était déposée sur le sol ou sur les plantes. « C’est ce qui explique le fait que nous retrouvons dans l’atmosphère des produits de dégradation des matières actives », ajoute-t-il.
La trifluraline particulièrement volatile
Ce phénonomène de volatilisation sous-entend que, quels que soient les efforts réalisés par les agriculteurs sur la qualité de la pulvérisation, la pollution de l’air se maintiendra tant qu’on utilise des produits phytosanitaires. Les scientifiques cherchent actuellement à mettre au point des méthodes et des modèles afin de déterminer quelle est la part entre ces deux voies de contamination, en sachant qu’elle varie selon les caractéristiques des produits phytosanitaires. La trifluraline (herbicide du colza) par exemple, est particulièrement volatile : 40 % de la dose appliquée ont été perdus par volatilisation après 6 jours d’application. En comparaison, les pertes sont de quelques pourcent pour l’alachlore et de 0,1 % pour l’atrazine.
Contamination chronique pour les pesticides persistants
Ainsi, les pesticides très persistants dans le sol tels que le lindane ou l’atrazine se retrouvent volatilisés dans l’air, même après plusieurs années d’interdiction. « La contamination est chronique avec les plus persistants des pesticides», résume Pierre Chassin, de l’Inra de Bordeaux, présentant la synthèse des travaux sur cette thématique. Pour autant, Marc Chevreuil souligne que les concentrations retrouvées dans l’air ambiant et l’eau de pluie sont beaucoup plus faibles depuis leur interdiction.
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Dans une étude de mesure hebdomadaire des pesticides dans l’air, pendant un an, réalisée aux alentours d’Orléans, le lindane, molécule interdite depuis 1998, est la seule molécule présente toute l’année, avec une faible variation hebdomadaire. Pierre Cellier, directeur de recherche à l’Unité mixte de recherche « Environnement et grandes cultures » à Grignon parle d’un « bruit de fond autour de 0,35 ng/m3 en moyenne».
Pollution en milieu rural et urbain
L’étude à Orléans avait pour but de comparer la présence de pesticides dans l’air en milieu rural et en milieu urbain. Les premiers résultats montrent que les pesticides sont présents dans les deux zones. La concentration moyenne annuelle, tous pesticides confondus, est 1,7 fois plus élevée en milieu rural qu’en milieu urbain. Les chercheurs ont constaté des variations saisonnières sur la plupart des molécules détectées. Le printemps reste la saison la plus chargée en pesticides dans l’air ambiant, suivi de l’été. A contrario, l’hiver reste la saison la plus dépourvue. Seule la trifluraline a marqué son maximum en automne, étant donné qu’elle est pulvérisée fin août-début septembre.
Mesure dans les pluies d’ouest en est de la France
Une fois volatilisés dans l’atmosphère, les produits phytosanitaires retombent sur le sol par les pluies. Une équipe de recherche a réalisé des mesures de concentrations en différents produits phytosanitaires dans les eaux de pluie d’un bout à l’autre de la France selon une transversale d’ouest en est, suivant la direction des vents dominants. Les points de mesure ont été Ouessant (Finistère), Pleumeur-Bodou (Côtes-d’Armor), Paris, Coulommiers (Seine-et-Marne), Eclaron (Haute-Marne) et enfin Abreschviller (Moselle). Les eaux de pluies de Ouessant ne récèlent quasiment pas de pesticides, sauf quand le vent est orienté à l’est (pollution provenant du continent), ce qui montre que « la contamination atmosphérique est surtout d’origine nationale ». Seule une faible proportion des organochlorés pourrait provenir d’un transport longue distance, par leur persistance dans l’atmosphère. Les premières pluies de printemps sont les plus concentrées en pesticides. En ce qui concerne les herbicides mesurés, les sites les plus pollués sont Coulommiers et Eclaron, zones de grandes cultures, notamment par l’atrazine (jusqu’à 1 µg/l à Eclaron). Ces travaux ont confirmé que des émissions de lindane à partir des sols anciennement traités engendrent des pollutions des eaux de pluie dans tous les sites (sauf Ouessant), à des concentrations faibles (1 à 5 ng/l) quasiment toute l’année.