Abonné

Recherche Les moyens dédiés à l’étude des perturbateurs endocriniens manquent

- - 4 min

L’étude des perturbateurs endocriniens manque de moyens, a-t-on appris lors d’un colloque organisé au Sénat, le 11 avril. Pourtant, l’urgence du calendrier réglementaire et les effets pour la santé publique exigeraient de soutenir davantage ce type de travaux.

« La recherche en écotoxicologie est trop peu développée en France », a affirmé Roger Genet, directeur général de l’Anses, lors d’un colloque organisé sur les perturbateurs endocriniens à Paris, le 11 avril. Ces molécules, notamment utilisées dans certains phytos, sont l’objet de discussions à Bruxelles pour les définir d’un point de vue réglementaire en vue d’une interdiction. Nathalie Chaze, directrice adjointe du cabinet du commissaire européen en charge de la santé, a rappelé le contexte européen : « Les perturbateurs endocriniens sont interdits, mais nous ne les avons pas définis. »

Des substances à part

L’enjeu est de taille. Les perturbateurs endocriniens ne répondent pas à la règle « la dose fait le poison ». C’est un sujet de discorde qui marque la différence entre les toxicologues et les endocrinologues : « Pour les premiers, il existe, comme pour toute substance toxique, une dose maximale sans effet toxique observable. Pour les seconds, les PE peuvent avoir un effet néfaste même à très faible dose en fonction du moment de l’exposition », lit-on dans un rapport du Sénat publié en 2016 sur les perturbateurs endocriniens et l’enjeu de la santé publique. Loin d’être inexistante, la réglementation européenne en vigueur pour les substances chimiques (règlement Reach) n’est pour l’heure pas adaptée à ce type de substances. Dans leur rapport, les sénateurs citent une des conclusions qui a fait consensus lors d’une réunion entre toxicologues et endocrinologues d’octobre 2013 : « Il est nécessaire de revoir les méthodes de test permettant d’identifier les perturbateurs endocriniens. »

Manque de moyens

Face à l’urgence réglementaire, le manque de financements pour les étudier a été plusieurs fois soulevé au cours du débat. « Nous manquons de tests pour les définir », souligne Roger Genet qui a néanmoins annoncé la présentation « d’ici quelques semaines » d’un rapport sur la stratégie nationale des perturbateurs endocriniens qui combine des études sur la question. 5 M€ ont été alloués par les pouvoirs publics. Ces fonds ont été doublés par l’ANR, rappelle Roger Genet. Mais, c’est « insuffisant ». Face à une recherche publique aux moyens limités, la recherche privée ne rougit pas. Michel Urtizberea, responsable du service homologation chez BASF, explique que des moyens, « on en a ». Les laboratoires des entreprises privées investissent-ils dans l’étude des perturbateurs endocriniens ? Le responsable nous répond que BASF travaille sur des tests, des alternatives ou des façons de diminuer l’exposition.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Effet cocktail, une difficulté de plus

La complexité du problème va plus loin. Etudier les PE isolés est une chose. Mais ils sont nombreux et variés dans notre environnement et peuvent interagir entre eux. C’est ce que les scientifiques appellent l’effet cocktail. Il y a très peu d’études sur le sujet. « On ne pourra jamais étudier tous les mélanges possibles », affirme Michel Urtizberea qui ajoute qu’il faudrait rechercher les endroits où il y a des cocktails auxquels est exposée la population et les étudier. Autrement dit : impossible d’étudier toutes les interactions et les effets cocktails existants tant il en existe.

Au nom du principe de précaution

Urgence réglementaire, temps long et coût important des études scientifiques… l’équation est difficile à résoudre, mais elle doit l’être car la santé publique est en question. « Plusieurs études scientifiques ont mis en évidence les dangers des perturbateurs endocriniens présents dans certains produits », lit-on dans le rapport des sénateurs. Dans ce contexte, le principe de précaution a été plusieurs fois évoqué. Claude Huriet, professeur agrégé de médecine, résume ainsi son point de vue : « Je n’ai jamais rencontré de situation aussi complexe que celle des PE. Les citoyens refusent l’incertitude scientifique. Le principe de précaution doit répondre à cette incertitude. »