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Les multiples pouvoirs des levures alimentaires

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Parmi les levures testées par les chercheurs, certaines se retrouvent notamment dans le brie, le munster ou le pecorino Crédits : © ReinhardThrainer/Pixabay

En testant différentes levures couramment utilisées dans la production agroalimentaire, des chercheurs d’Inrae ont découvert que deux d’entre elles avaient des effets probiotiques potentiels sur l'inflammation intestinale. Ces résultats prometteurs contribuent à une meilleure compréhension de leur rôle sur le microbiote intestinal.

Connues pour leur utilisation dans la production alimentaire, notamment fermentée, les levures jouent également un rôle dans le fonctionnement du microbiote intestinal. Inrae, qui a travaillé en collaboration avec le groupe IFF (International Flavor & Fragrances) et l’AP-HP, a ainsi montré que deux levures couramment utilisées en agroalimentaire ont un effet anti-inflammatoire sur l’intestin. Les résultats de ces recherches qui ouvrent de nouvelles perspectives pour soulager les inflammations intestinales par l’alimentation, ont été publiés dans mSystems Journal (American Society for Microbiology) en octobre 2023.

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« Si l’utilisation des levures n’est pas nouvelle, certains procédés d’utilisation ayant été développés dans l’Antiquité pour la fermentation des aliments », rappelle l’Inrae dans son communiqué du 26 octobre 2023, elles n’ont pourtant « presque jamais été étudiées pour leurs rôles potentiels dans la santé humaine ». Le principal autour de l’étude, Mathias L. Richard, Ph. D., directeur de recherche à INRAE à l'Institut Micalis (acronyme pour MICrobiologie de l'ALImentation au service de la Santé) estime qu’« il y a beaucoup à apprendre en étudiant le rôle des souches fongiques dans le microbiote et la santé de l'hôte et également sur le fait que les espèces simplement utilisées dans les processus alimentaires peuvent être la source de nouveaux probiotiques ».

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Des résultats prometteurs

C’est dans ce cadre qu’une équipe constituée autour d’Inrae a mené ses recherches sur cinq levures (1) couramment utilisées dans différents procédés agroalimentaires, issus de la collection d’IFF pour tester « leurs effets sur des modèles cellulaires et sur des souris servant de modèle d’inflammation intestinale proche de la rectocolite hémorragique, l’une des deux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin connues », détaille le communiqué.

Deux des cinq levures étudiées, à savoir Cyberlindnera jadinii et Kluyveromyces lactis que l’on retrouve dans certains fromages, « réduisent la sensibilité à l’inflammation intestinale de la souris ». Si les différents tests n’ont pas permis d’identifier précisément les mécanismes impliqués, ils suggèrent néanmoins, dans le cas de Cyberlindnera jadinii, que « cette levure aiderait au développement de bactéries aux effets bénéfiques pour le microbiote », note l’Inrae. Et de conclure que ces résultats prometteurs restent à approfondir pour mieux comprendre leur rôle sur le microbiote intestinal et ouvrent de nouvelles perspectives dans l’étude de ce large catalogue, qui compte plusieurs milliers de microorganismes.

(1) Cyberlindnera jadinii , Debaryomyces hansenii , Kazachstania unispora , Kluyveromyces lactis et Pichia membranifaciens