Sujet constant d’inquiétudes pour la filière céréalière, les mycotoxines ont fait l’objet d’un colloque organisé par Arvalis le 3 avril. La réglementation qui s’est déjà beaucoup enrichie, pourrait encore évoluer. La vigilance reste de mise en ce qui concerne la production.
C’est un dossier à rallonge. Qu’on se le dise, les mycotoxines n’ont pas fini de faire parler d’elles. L’entrée en vigueur le 29 septembre dernier du règlement européen 1126/2007 aurait pu clore l’encadrement législatif de ces substances dans l’alimentation humaine. Il n’en est rien. La Commission prépare un nouveau texte sur les mycotoxines T2 et HT2. Le dernier projet de la Commission date de 2003. Il fixait des teneurs maximales à 500 microgrammes par kilo dans les avoines et à 100 microgrammes par kilo pour les autres céréales. Comme l’a signalé Bruno Barrier-Guillot, spécialiste de la qualité sanitaire chez Arvalis, lors du colloque organisé le 3 avril par l’institut, un forum d’experts s’est réuni à Bruxelles les 10 et 11 janvier sur le sujet. Un comité de scientifiques a suivi le 10 mars pour faire un point sur les données existantes. La commission ne devrait lancer la discussion sur les teneurs maximales en T2 et HT2 qu’après janvier 2009. « Mais c’est important de travailler d’ores et déjà le sujet pour avoir une vision la plus réaliste possible », a indiqué Bruno Barrier-Guillot. Si les teneurs envisagées en 2003 étaient maintenues, 30 % des avoines, 11 à 24 % des orges de printemps et 6 à 19 % des maïs franchiraient les seuils réglementaires.
Des toxines très mal connues
Des efforts de recherche sont nécessaires, car ces toxines restent mal connues. Les scientifiques ont détecté une opposition apparente entre les teneurs en T2/HT2 et en désoxynivalénol (Don). Elle pourrait être due à une compétition entre les espèces de fusarium productrices des toxines, mais rien n’est confirmé. Les T2 et HT2 semblent par ailleurs se développer davantage sur les orges de printemps, les risques étant plus grands avec un précédent blé ou orge. Une chose est sûre : elles ont des effets négatifs sur les processus de fabrication en malterie et brasserie. « On peut avoir une baisse de la germination de l’orge et une accumulation des toxines sur les levures », a indiqué Patrick Boivin, de l’IFBM (Institut français des boissons de la brasserie et de la malterie).
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Des Don dans le blé en 2007
Sur le front des Don, dont les seuils réglementaires sont déjà fixés, les inquiétudes demeurent. « En 2007, une libération exceptionnelle de spores a eu lieu en juin, ce qui explique les symptômes importants rencontrés cette année en blé », a indiqué Emmanuelle Gourdain, chez Arvalis. En blé tendre, 13 % des lots issus des parcelles enquêtées par l’institut présentaient une contamination supérieure au seuil réglementaire de 1 250 microgrammes par kilo, le pourcentage montant à 28 % en blé dur. La faute au climat, car globalement, le pourcentage des parcelles présentant un itinéraire technique à risque (non labour, précédent maïs ou sorgho) est faible : 8 % des surfaces de blé tendre seraient concernées et 3 % en blé dur. En maïs, en revanche, les contaminations sont restées très faibles. Un seuil supérieur aux limites réglementaires n’a été détecté que dans 6 % des parcelles enquêtées, ce chiffre tombant à 4 % pour la zéaralénone. Seules les fumonisines ont posé un peu plus de problèmes, les seuils étant franchis dans 13 % des cas.
Des variétés résistantes d’ici deux ans
Pour prémunir leur récolte contre ces toxines, les agriculteurs ont un nombre plus important d’outils à leur disposition, mais rien ne les met totalement à l’abri d’une contamination. Arvalis insiste en blé sur la réflexion autour de l’itinéraire technique, le choix des précédents et le réglage de la moissonneuse à la récolte, afin de faciliter la séparation des grains sains et fusariés. Les agriculteurs peuvent également utiliser des outils agro-climatiques afin de mieux positionner les traitements fongicides. En maïs, Arvalis met l’accent sur la gestion des insectes foreurs et des résidus. Autre voie de progrès : l’amélioration génétique. Grâce au marquage moléculaire qui permet aujourd’hui de caractériser les meilleures sources de résistances et de les introduire dans des lignées productives, la sélection avance à grands pas. Pour Laurent Gueerreiro, chez Arvalis, des variétés résistantes pourraient être disponibles à la commercialisation d’ici 2 ans.